Ce que j’ai toujours préféré chez Patrick Bateman, c’est le critique musical. J’ai, bien sûr, conservé de mon unique – et très lointaine – tentative de lecture intégrale d’American Psycho quelques souvenirs marquants et horrifiés des turpitudes yuppo-sado de son anti-héros. Mais, bloc W.C nappé au chocolat et rongeurs mis à part, ce sont encore les quelques pages consacrées par Brett Easton Ellis aux passions musicales du golden boy/tueur en série qui m’ont toujours semblé les plus puissantes et les plus pertinentes. Au-delà de ce qu’elles expriment du goût particulier d’une époque et du personnage qui l’incarne pour des produits culturels aisément consommables et dépourvus de toute aspérité morale ou politique, ces chroniques exhaustives et pointues de la discographie de Genesis, Whitney Houston ou Huey Lewis interrogent de toute leur ironie vigoureuse, presque indétectable, le sens commun et les normes convenues sur lesquelles se reposent presque inévitablement tous ceux qui ont, un jour, tenté de partager leur enthousiasme pour les chansons pop. Continuer la lecture de « Arnaud Choutet, Soft Rock – Yacht Vibes & California Grooves (Le Mot Et Le Reste) »
Catégories classics, disques rares et oubliés
The Bongos, Drums Along The Hudson (PVC)
Drums Along The Hudson, premier album de The Bongos, raconte en filigrane les tâtonnements de la scène indépendante américaine des années quatre-vingt. Si Murmur de R.E.M., publié en 1983, est généralement considéré comme l’an zéro de l’indie-pop étasunienne, de nombreux groupes développent, en marge du punk ou de la new-wave, les fondations de l’indie au début de la décennie, notamment de ce son jangle-pop, compilé récemment par Captured Tracks (Strum & Thrum: The American Jangle Underground 1983-1987). Menés par Richard Barone et originaires d’Hoboken dans le New Jersey, The Bongos relient en effet les dBs aux Feelies. Les trois groupes déploient une certaine idée de la pop à guitare au son clair, un peu sèche et sans fioriture.
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Catégories classement
2020, les choix des disquaires

Pour clore dignement cette effusion de classements tous azimuts, voici celui des disquaires indépendants, que nous avions célébré ces dernières semaines dans notre série Première Nécessité. Histoire de célébrer une fois encore ces vaillantes échoppes sans qui nous ne serions rien, voici leurs disques préférés de cette année cauchemardesque. Continuer la lecture de « 2020, les choix des disquaires »
Catégories transmission
TRANSMISSION #50 Spéciale récap 2020
Spéciale récap 2020
Émission du 20 décembre 2020, la sélection de la rédaction avec Thomas Schwoerer, Viktor der Panini Joe, David Jégou, Étienne Greib, Matthieu Grunfeld et Pauline Nuñez.
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Catégories mixtape
Le club du samedi soir #27 : les recalés du Top 2020

Il y a ceux qui brillent en haut avec l’insolence d’une tête de gondole, très souvent malgré eux (The Apartments, c’est quand même pas le disque le plus frime de l’année, on peut l’admettre) et ceux que l’on ne cite pas assez pour qu’ils parviennent à se hisser au sommet. Nos petits pref’ à nous, les trop ou les pas assez, les obscurs ni d’Eve ni d’Adam, les un seul single brillant sur un album passable, ou ceux qu’on a écouté, oubliés, retrouvés. Les voici, dans le désordre, avec peu de cohérence stylistique, mais pas mal d’amour derrière leur sélection.
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Catégories classement
2020, les choix de la rédaction.

Mon Top 6 des bonnes raisons de s’intéresser cette année aux palmarès de Section26 : 1/ Parce que le contexte. Un choix évident, inutile de broder davantage. Même si, à titre très personnel, je reste une peu surpris que ce que j’ai toujours considéré comme mon style de vie habituel, d’autres appellent ça un confinement… Passons. La musique demeure plus que jamais une valeur refuge et il en est beaucoup question ici. 2/ Parce que c’est déjà la troisième fois, la troisième année et que, franchement, aucun d’entre nous n’aurait jamais misé sur une régularité aussi durable. 3/ Parce qu’on peut y retrouver à la fois le résultat du consensus collectif ET les orientations très singulières de chacun. Et que c’est donc un résumé pas si mauvais de ce que nous essayons de présenter tout le reste de l’année. 4/ Parce que, pour ce qui est justement des tocades individuelles, souvent les plus passionnantes, beaucoup des œuvres citées me laissent d’un froid quasi-polaire – c’est comme ça pour tout le monde, non ? – alors que je me souviens très précisément du plaisir éprouvé à la première lecture des comptes rendus enthousiastes rédigés par mes camarades. Et je crois que c’est bon signe. 5/ Parce qu’il y a des anciens et des nouveaux – bienvenus, toujours. 6/ Parce que, contrairement à ce que déplorent parfois les esprits chagrins – «Et la musique, c’est pas un concours ! » ; « Et puis les albums qui sortent le 23 décembre, vous en faites quoi alors ? », et autres jérémiades inégalement pertinentes – ces listes n’ont aucune vocation à refléter une quelconque vérité objective et définitive. Et que le plaisir de les faire et de les défaire est, à chaque fois, étalé dans l’inachevé : excitation de l’incomplétude, saveur du regret instantané, inévitable. Le meilleur album est toujours celui qu’on oublie ou celui qui s’impose au dernier moment. Tout le reste est secondaire.
Matthieu Grunfeld
CLASSEMENT COLLECTIF
1. The Apartments, In And Out Of Light (Talitres)
2. Fontaines D.C., A Hero’s Death (Partisan Records)
3. Andrea Laszlo De Simone, Immensità (Ekleroshock / Hamburger Records)
4. King Krule, Man Alive ! (Matador/True Panther/XL)
5. Cindy, Free Advice (Paisley Shirt)
6. Cabane, Grande Est La Maison (Cabane Records)
7. Lesneu, Bonheur ou Tristesse (Music From The Masses)
8. The Strokes, The New Abnormal (RCA Sony)
9. Thousand, Au Paradis (Talitres)
10. The Red, Pinks and Purples, You Might Be Happy Someday (Tough Love Records)
11. The Proper Ornaments, Mission Bells (Tapete)
12. Bob Dylan, Rough And Rowdy Ways (Columbia Records)
13. Cindy Lee, What’s Tonight To Eternity (W.25th)
14. Sonic Boom, All Things Being Equal (Carpark Records)
15. Tapeworms, Funtastic (Cranes Records / Howlin’ Banana)
NDLR : Tous les albums sont écoutables en cliquant sur leur titre.
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Catégories affichage libre
Un conte de Noël – Chilly Gonzales, Frédéric Pajak, Jean Eustache
Collage sauvage et de mauvaise foi de l’actualité culturelle de la semaine

« Au revoir la ville entière, la visite est finie. »
Charles Trenet
J’étais, là, dans mes derniers jours nantais. L’appartement vide, juste un poste radio et quelques cartons à refermer. Fenêtre sur un ciel pur et bleu – la neige, les nuits profondes cisaillées par des néons multicolores, la buée sur les vitres, les parfums de cannelle, les lourdes écharpes enroulant des visages aux joues en feu et la Loire aux reflets vert-givré… tout cela, c’est un vague souvenir. Continuer la lecture de « Un conte de Noël – Chilly Gonzales, Frédéric Pajak, Jean Eustache »
Catégories cover
Samara Lubelski reprend « ¡Que Vida! » de Love (inédit)

« J’ai assouvi un plaisir de fan en reprenant ¡Que Vida! de Love. Un morceau en apparence enjoué et fantaisiste, mais les paroles sont piquantes et, au-delà de ça, il y a la voix douce et la posture assurée d’Arthur Lee, et comme toujours, les arrangements magnifiques, qui atteignent dans ce cas, une pop au sens littéral. Extrait de Da Capo, qui a toujours semblé être l’album de transition de Love entre le garage à la pop sans son apparat le plus entier – c’est la même chose – ¡Que Vida! est un des indices qui montrent ce qu’on pourra attendre de Forever Changes. Je l’ai enregistré à la maison dans le Lower East Side à NYC pendant ces cycles de répétition infinie, et concrétisé avec l’aide de mon collaborateur de toujours Moritz Finkbeiner (Metabolismus et Monsieur Morio). Depuis sa ville natale de Stuttgart, il ajouté les pistes d’orgue, de Pianet, de glockenspiel et les cloches de Noël. Les photos ont été prises en 2010 par Lisa Biedlingmaier au Wagon à Stuttgart, en Allemagne, le dernier jour d’une tournée européenne avec Moritz Finkbeiner, Werner Nötzel et Josh Stevenson (tous deux absents de la photo). »
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