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Charles Salles, Alain Pacadis, Face B (La Table Ronde)

Alain Pacadis, c’était le “Reporter de l’underground”, celui qui avant tout le monde et mieux que quiconque avait su capter l’énergie du punk et l’amener jusqu’en France, chroniquer les nuits folles et scintillantes du Palace ou des Bains-Douches pour embarquer tout lecteur des articles de nightclubbing (dans Libération) avec lui vers la fin des seventies, de concerts branchés en soirées disco décadentes, entrer en bonne compagnie entre les enfers et paradis artificiels. L’homme a marqué de son empreinte les années 1980, musicalement et journalistiquement, incarnant l’exubérance de la mode et les folies du nightclubbing. Mais comme tout être intense, il peut avoir plusieurs visages dont un plus intime, plus réservé, moins connu puisque moins mondain. Et ce (premier) roman nous offre cette délicieuse Face B d’Alain Pacadis, en évitant la biographie amalgamant les stéréotypes, en nous plongeant dans une vie trouble, claire, touchante, via une écriture étonnante et très littéraire. Continuer la lecture de « Charles Salles, Alain Pacadis, Face B (La Table Ronde) »

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Cat Power Sings Dylan: The 1966 Royal Albert Hall (Domino)

Dès les premières secondes de l’une des chansons les plus chéries, une autre voix, la même voix pourtant, les mêmes accords, la même évidence, et tous les fils sont tirés, on aperçoit la trame, on la voit, on ne voit qu’elle, rien d’autre que ce moment, une chanson. On ne se demande rien, on ne fait pas mine d’être surpris·e : c’est tellement là.

Elle porte une bague égyptienne, qui brille avant qu’elle ne parle.

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Mike Johnson, Bon Vivant (autoproduit)

C’est la bonne nouvelle de ce mois de novembre : une compilation de Mike Johnson. Vivant en France depuis des années, l’ex-bassiste de Dinosaur Jr. n’a rien publié depuis 2006. Il sort, via son Bandcamp, une cassette composée de démos enregistrées avec Jack Endino et Tim O’Heir entre Seattle et Boston en 1993. Guitariste des Snakepit à la fin des années 80, Mike Johnson accède la Ligue des Champions au début des années 90 en intégrant le poste de bassiste de Dinosaur Jr., le temps de trois albums. Mais coincé entre un Lou Barlow et un J Mascis, Mike Johnson est confiné dans l’ombre. Continuer la lecture de « Mike Johnson, Bon Vivant (autoproduit) »

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Charlene Darling, La porte (Disciples)

« Des regards tout mous de demi hommes, d’enfants de 30 ans, de demi hommes, pas comme les hommes d’avant, ceux dont on parlait dans les films »

Là où il semblait que son précédent effort Saint Guidon, paru en 2019, cherchait à arrondir les angles en trouvant une hypothétique et fantasmée voie de sortie vers une sorte de variété apaisée, La porte s’ouvre vers un territoire moins balisé et pas moins intéressant. Clairement défini par son introduction comme un disque de rupture amoureuse, il permet une catharsis âpre à son auteure qui – on s’en doutait – n’est pas là pour jouer les demoiselles en détresse. Continuer la lecture de « Charlene Darling, La porte (Disciples) »

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Melenas, Ahora (Trouble In Mind / Mushroom Pillow)

Il y a un an jour pour jour (ou peu s’en faut), nous avions pris des amis et moi ma voiture direction le sud et la Ville Rose pour fêter l’anniversaire de la joyeuse Association La Chatte À La voisine, pourvoyeuse de concerts plutôt très fréquentables et/ou au poil depuis deux décennies. Au Metronum, cinq groupes jouaient façon ping-pong entre les deux salles du lieu et à la tête d’affiche de la soirée, Stereolab, il incombait aux quatre Espagnoles de Melenas de donner la réplique. Pari risqué – et si tout le monde rentrait chez soi après le clou du spectacle ? – mais pari tenu. Continuer la lecture de « Melenas, Ahora (Trouble In Mind / Mushroom Pillow) »

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Suzanne Ciani et Jonathan Fitoussi, Golden Apples of the Sun (Transversales / Obliques / Atmosepheric)

Dès les premiers instants de Golden Apples of the Sun, un constat s’impose : une forme de classicisme synth porté à sa perfection. Par deux figures aujourd’hui incontournables de la scène néo-ambient : Suzanne Ciani, évidemment, pionnière de la synthèse et du sound design sur système Buchla, et Jonathan Fitoussi, représentant d’une nouvelle garde de musiciens soucieuse de se réapproprier l’âge héroïque de la lutherie électronique – de EMS à Buchla, en passant bien évidemment par Moog ou ARP. Une collaboration qui prend toute sa signification par la manière dont elle réinvestit les codes esthétiques d’un genre emblématique, celui d’une early electronic minimaliste qui, à la différence des avant-gardes, aura toujours assumé un compagnonnage avec le modernisme pop. Continuer la lecture de « Suzanne Ciani et Jonathan Fitoussi, Golden Apples of the Sun (Transversales / Obliques / Atmosepheric) »

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Fleur Bleu.e, Unrequited Love (Pan European Recording)

C’est toujours étonnant de se rendre compte que des gens qu’on ne connait pas vraiment nous connaissent suffisamment. Suffisamment pour se permettre de recommander un disque – et recommander un disque, c’est chose risquée quand la musique occupe depuis plusieurs décennies une place démesurée dans une vie. L’histoire commence donc par un message reçu sur les réseaux sociaux, message d’un ami “virtuel” avec lequel on échange depuis des années sans jamais s’être croisés – alors qu’il nous est arrivé de fréquenter les mêmes lieux, les mêmes concerts –, un ami virtuel nommé Frank G. qui écrit juste : “Je pense que tu devrais aimer”Continuer la lecture de « Fleur Bleu.e, Unrequited Love (Pan European Recording) »

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John Douglas, s/t (Reveal)

Il y a les albums dont on guette la sortie avec une vigilance impatiente et ceux qui débarquent par surprise. Plus rares sont ceux que l’on découvre en éprouvant cette sensation étrange qu’ils viennent combler un manque diffus, un vide béant mais jusque-là dissimulé. Qu’ils répondent très précisément à une attente bien réelle que l’on n’avait pourtant jamais pris la peine de formuler explicitement. Le premier album solo de John Douglas est de ceux-là. On mentirait, en effet, en prétendant avoir vécu les premiers mois de 2023 dans l’espoir empressé de recevoir les nouvelles plus ou moins fraîches du guitariste de The Trash Can Sinatras. En dépit de toute l’admiration portée aux vétérans écossais et à leurs œuvres, on avait fini par se résigner au deuil ou plutôt à la seule contemplation épisodique et rétrospective d’une discographie qui s’était effilochée au long de trois décennies. Un dernier album en 2016, tout aussi réussi que ses prédécesseurs, mais qui avait achevé de nous convaincre qu’il n’y aurait plus que de l’émerveillement pour le passé et des regrets éternels. Continuer la lecture de « John Douglas, s/t (Reveal) »