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Ariel Pink’s Haunted Graffiti : Le pot aux roses

Ariel Marcus Rosenberg Pink
Ariel Marcus Rosenberg

« L’avenir de la musique !? Le passé est tout ce que nous avons. Le futur est tellement ennuyeux… » Je me souviens que cette réponse du génial Ariel Rosenberg m’avait soufflé, alors que je réalisais ma première véritable interview — qui plus est avec l’idole qui m’avait donné envie d’écrire sur la pop moderne. Cette assertion inattendue, évidemment provocatrice, était bien aux antipodes du cool tel qu’il était défini en cette année 2010 alors que le monde connecté faisait encore mine de croire, chaque mois, à l’embryon d’une nouvelle révolution musicale. Continuer « Ariel Pink’s Haunted Graffiti : Le pot aux roses »

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Grouper, A I A : Dream Loss / Alien Observer (Kranky)

 

La fin de la décennie annonce le temps de la rétrospection et des bilans. La réédition d’A I A, composé d’Alien Observer et de Dream Loss tombe donc à point… Depuis dix ans (probablement quinze), à l’exception de Mount Eerie et Sore Eros, les seuls artistes folk dont j’ai aimé les disques de façon durable ont été composés par des femmes œuvrant en solo. Il est même curieux de parler de folk pour qualifier la musique créée par ces musiciennes tant celle-ci est mutante, faite de drone, d’ambient, de couches de réverbérations et de vapeurs tout en demeurant si évidente et limpide. Liz Harris, comme sa compatriote Tara Burke (Fursaxa) et la Finlandaise Lau Nau, appartiennent à ce petit groupe de musiciennes dont l’esthétique musicale est marquée par une forme de panthéisme et une approche très expérimentale du plus intime et dépouillé des genres musicaux.

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Gene Clark, No Other (4AD)

Gene ClarkAu milieu des années 1990, alors que la liste des deux cents plus beaux trésors cachés n’était pas encore devenue le prévisible marronnier de la presse musicale, le NME (RIP) fit paraître un assez fascinant supplément où les journalistes évoquaient des albums qu’ils avaient découverts par le plus grand des hasards, sur des faces B de cassettes, sur un vieux vinyle au fond du grenier, souvent indisponibles au format CD à l’époque. C’est là que je trouvais la trace perdue de No Other et le paragraphe semblait tellement élogieux que je me mis en piste. Continuer « Gene Clark, No Other (4AD) »

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Section 25, Always Now (Factory Benelux)

Des pylônes électriques en rase campagne, le reflet d’un visage atterré, une rythmique butée mais libre, une basse obsédante, lourde comme un nuage déversant ses miasmes sur un chenal de tungstène, une guitare fractionnée et des êtres humains presque normaux, extrêmement concentrés, qui n’ont déjà cure (sic) de l’uniforme cold-wave. Visible en ouverture de la VHS A Factory Video, parue en 1982 sous la référence FACT 56 avant qu’on ne la découvre religieusement quelques années plus tard, le clip de New Horizon de Section 25 nous aura presque autant marqué que sa ligne de basse pétrifiante, aussi énigmatique qu’emblématique. Des moutons, de la roche noire, trois types moins sinistres que prévu donc, et déjà des collines à perte de vue. Les mêmes collines que l’on retrouvera trois ans plus tard sur la pochette de From The Hip (1984), un album qui bénéficie de la production de Bernard Sumner, faisant entrer sur le tard Section 25 au panthéon des pionniers de la dance moderne. Continuer « Section 25, Always Now (Factory Benelux) »

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Contes d’Hoffman

Réédition de « Meggido », premier album de Lauren Hoffman

Lauren Hoffman
Lauren Hoffman

Lauren Hoffman fait partie des chanteuses iconiques de mon adolescence, dont la photo était punaisée au mur de ma chambre, à côté de celles de Kim Deal, Kim Gordon, Kazu Makino et Chan Marshall. Il aurait été presque criminel de ne pas célébrer, en retard mais en grandes pompes, la réédition de ce petit bijou de l’indie rock qu’est Meggido, sorti en 1997- réédition en vinyle « tout analogique » s’il vous plaît ! Continuer « Contes d’Hoffman »

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Jean-Louis Murat, Mustango (PIAS)

Jean-Louis MuratIl pleut, j’ai presque froid et c’est bon en ces temps caniculaires. L’ordinateur effectue péniblement ses mises à jour, manière de dire qu’il va bientôt me lâcher. Pour autant, l’obsolescence programmée n’attaquera pas ma quiétude dominicale. Tout est prêt dans la cuisine pour le retour de Zoé : le riz et le vinaigre japonais, le sucre et le sel, le soja et la coriandre, la soupe Miso, les avocats et le saumon. Ne manque plus que mon binôme culinaire pour attaquer les sashimis. Dans un mois pile, elle aura dix-huit ans. Forcément, je la vois de moins en moins. Mon oiseau prend son envol et ça m’émeut davantage que je ne le laisse paraitre. Pas de raison de se plaindre pour autant : nous partons encore en vacances ensemble, écoutons des vinyles, échangeons sur les trucs à ne pas manquer sur Netflix tout en mangeant japonais donc, assis en tailleur dans le salon. Autour de moi, peu de parents partagent encore ce genre de choses avec leur(s) enfant(s). Ce soir, si ça la tente et qu’elle ne s’est pas couchée trop tard hier – ce qui m’étonnerait –, on ira voir le film sur Daniel Darc. Faut dire que ma chérie aime la plupart des zouaves que j’écoute. Alors vraiment, oui, je m’en sors bien. Oserai-je affirmer que depuis que ma fille en devient une, je comprends mieux les femmes ? Allez savoir. Le travail de toute une vie, cette affaire. Continuer « Jean-Louis Murat, Mustango (PIAS) »

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Jean-Louis Murat, Dolorès (PIAS)

Jean-Louis Murat DolorèsOn ne pose pas impunément Dolorès sur sa platine. Il ne s’agit pas là de simplement écouter la plus belle musique jamais enregistrée par Jean-Louis Murat, mais d’un authentique plaisir masochiste. De quoi parle-t-on ? Du deuil amoureux, mes toutes belles. Et dans le genre, il n’y a guère que l’immense Blood On The Tracks de Bob Dylan pour dépeindre avec autant de justesse ce sentiment de perte abyssale. Pas un hasard si l’Auvergnat, à l’heure d’inventorier ses madeleines de Proust au sein des archives vinyles de Radio France, confiera au micro de France Culture au sujet de la sortie du chef d’œuvre de Zimmerman en 1975 : « je n’avais pas encore décidé de faire de la musique, mais là je me suis dit : ouah, c’est définitivement ça que je veux faire. » Mais là où le futur Prix Nobel sort ses couplets les plus acerbes et revanchards à l’adresse de son amour perdu, Murat opte de son côté pour l’opération à cœur ouvert. Dolorès pour douleur, donc. Continuer « Jean-Louis Murat, Dolorès (PIAS) »

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The Montgolfier Brothers, Seventeen Stars (Caroline True Records)

The Montgolfier BrothersIl est des disques dont on ne se souvient pas forcement sous la forme de classique en devenir, ni même d’une excitation mémorable au moment de leur sortie. Seventeen Stars des Montgolfier Brothers fait définitivement partie de cette catégorie. Pas réécouté depuis sa sortie, presque oublié depuis vingt ans. Le réentendre, au-delà de sa beauté formelle, fait appel à des souvenirs, ou plus justement à des souvenirs de souvenirs, d’instants fugaces ou de sentiments enfouis dont on se met à chercher le sens, à retrouver la trace. Continuer « The Montgolfier Brothers, Seventeen Stars (Caroline True Records) »