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Providence

Impressions sur le nouveau titre de Chevalrex sorti aujourd’hui.

Pochette du prochain album de Chevalrex, « Providence » (Objet Disque / Vietnam) à paraître en 2021.

C’est un printemps où la lenteur se mêle à l’impatience, c’est un printemps où les corps restés longtemps captifs n’aspirent qu’à retrouver la rue à nouveau vivante, les visages souriant à l’ombre des terrasses, les silhouettes dansantes dans la nuit qui descend. C’est un printemps pour se rencontrer et se plaire, et laisser derrière nous ce qui déborde de colère et de haine, c’est un joyeux recommencement. C’est un printemps qui ressemble déjà à l’été où le soleil s’applique à nous réchauffer le cœur et nous piquer les yeux, où le thermomètre affole la température de nos peaux d’un désir caniculaire. C’est une chanson qui s’écoute en boucle, une chanson qui nous tourne autour, une chanson sucrée et obsédante. C’est l’histoire de l’amour qui débarque soudain et qui nous prend par la main et par surprise. C’est beau, c’est si beau, on ne le sait pas encore et pourtant c’est déjà là.  Continuer « Providence »

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Le club du samedi soir #1 : Wes Anderson Fan Club

Wes Anderson, « The Darjeeling Unlimited », 2007.

Parce que j’ai toujours voulu être Margot Tenenbaum, son carré blond parfait retenu par une simple barrette, sa micro-robe sous son manteau de fourrure, écrivaine qui pleure dans sa baignoire avec une classe folle. Parce qu’il s’agit d’histoires de familles compliquées et que pour moi aussi, la famille, c’est compliqué. Parce que j’aime retrouver à chaque film cette troupe d’acteurs, ces visages que je connais bien, ni tout à fait les mêmes ni tout à fait ceux des autres. Parce que cette fidélité aux comédiens, le réalisateur la voue aussi à ses compositeurs, Mark Mothersbaugh et Alexandre Desplat, qu’il convoque de film en film. Parce que toutes les chansons figurant au générique démontrent le goût sûr d’un gars sûr, d’ailleurs l’élégance du mec, excusez-moi du peu. Parce que c’est un cinéma dans lequel tous les adultes sont des enfants à qui les enfants montrent le chemin à suivre. Parce que j’ai beaucoup lu Roald Dahl et que je ne m’en lasserai jamais. Parce que c’est un cinéma très écrit et dans lequel l’écrit tient une place essentielle, partout des livres, des notes manuscrites, des lettres, des messages codés, des chapitres et une histoire romanesque. Parce que la voix de Georges Clooney quand il dit autre chose que What else ? Parce que j’ai eu un labrador pendant 14 ans et que j’adore les chiens. Parce que j’ai toujours rêvé de déambuler dans les couloirs d’un palace, où des grooms en tenue à boutons dorés m’accompagneraient dans l’ascenseur et où il y aurait des coffre-forts cachés avec des trésors dedans. Parce que j’ai toujours été un peu amoureuse de Jason Schwartzman. Parce que mes enfants rient aux éclats quand Tilda Swinton déclare : Action Sociale, j’écoute. Parce que ces deux gamins sur la plage, lui avec sa toque en raton-laveur et elle qui transporte son mange-disque dans une valise, s’embrassent pour la première fois avant de se déhancher sur Le Temps de L’Amour. Continuer « Le club du samedi soir #1 : Wes Anderson Fan Club »

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I Like 2 Stay Home #34 : Highschool Lovers

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

L’idée m’est venue en parcourant le journal d’adolescente de ma mère, journal que j’ai découvert près de son lit après son décès. J’ai tout d’abord été surprise de trouver ce cahier d’écolière à petits carreaux encore en sa possession, mais surtout à son chevet, comme si ces souvenirs l’avaient accompagnée pendant ses derniers moments. J’y ai découvert la liste des prénoms des amoureux de ma mère au lycée, Bruno, Michel, Pascal, Claude (mon père) … ainsi que le récit de ses premières fois. Autant d’histoires d’amour qui m’étaient inconnues et qui lui appartenaient à elle, dans sa jeunesse. A la lire, il me semble qu’elle évoque un paradis perdu, ce moment où l’insouciance et la légèreté l’emportent sur le réel, ainsi elle écrit : « Comme mon cœur bat fort, comme je suis inquiète aussi … mais peu importe car il fait si beau et je suis si jeune ». Alors que la vie nous apprend souvent que les premières amours ne sont pas toujours les plus intenses, elles ont pour elles l’immense avantage d’être les premières. Continuer « I Like 2 Stay Home #34 : Highschool Lovers »

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Hugues Blineau, Le jour où les Beatles se sont séparés (Mediapop Editions)

Beatles Hugues Blineau
Photo : Hugues Blineau via la page facebook du livre

Le 10 avril 1970, je ne suis pas née. Je ne suis même pas encore à l’état de projet pour mon père et ma mère qui, par ailleurs, ne se sont pas encore rencontrés. En avril 1970, ma mère fait l’amour pour la première fois, je le sais car j’ai retrouvé son journal d’adolescente lorsque j’ai vidé son appartement après sa disparition. Le 10 avril 1970, les Beatles se séparent et si je ne suis pas sûre que cette nouvelle perturbe beaucoup ma mère, je suis en revanche certaine que mon père, ses cheveux longs et sa guitare en sont assez peinés, lui qui adorait George Harrison à qui il ressemblait vaguement. Mais de tout cela, je me fiche pas mal, je n’ai jamais été très fan des Beatles, même si comme tout le monde je peux citer un certain nombre de leurs chansons. Il y a celles que je déteste comme Ob-La-Di, Ob-La-Da ou Let It Be, et celles que j’aime beaucoup comme Sexy Sadie ou Come Together, mais il faut bien avouer que je ne me relève pas la nuit pour les écouter. Je me souviens d’avoir entendu les démos du White Album avec un garçon et d’avoir trouvé que Happiness is a warm gun était meilleure ainsi. Mais j’ai aussi souvent discuté avec un autre garçon qui qualifie les Four Guys de baltringues. Et, comme il est du genre persuasif, il a fini par m’en convaincre. Continuer « Hugues Blineau, Le jour où les Beatles se sont séparés (Mediapop Editions) »

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I Like 2 Stay Home #14 : En lisant, en écrivant.

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Depuis quelques temps, nous passons des journées intérieures, confinés en nous-mêmes, à l’écoute du silence de la rue. C’est un silence intrigant, il dilue le temps et inonde les pensées, nous tournons en boucle dans nos quelques mètres carrés, inventant d’ingénieux itinéraires qui nous mènent du lit au canapé, du canapé à la chaise de cuisine, de la chaise de cuisine à la baignoire, de la baignoire au lit. Curieuse épopée que cette vie devenue un voyage immobile. Quelques-uns d’entre nous (beaucoup, oserais-je le souhaiter) en profitent pour revenir à l’écrit, aux mots, au récit. Nous redécouvrons nos bibliothèques, nous sortons peu à peu du Tsundoku, nous entreprenons de rédiger le journal de ces jours du dedans. En lisant, en écrivant, comme le formulait Julien Gracq, nous demeurons vivants. Continuer « I Like 2 Stay Home #14 : En lisant, en écrivant. »

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Who the fuck are you Baxter ?

Baxter Dury
Baxter Dury au Silencio, ce soir-là / Photo : Hannah Molin Delafosse

La dernière fois que je t’ai vu Baxter, c’était au Silencio, tu portais un tee-shirt qui avait dû être blanc et dans lequel tu avais sué, tu buvais une bière au bar avec ton copain Jarvis et tu n’en avais rien à foutre que je me tienne debout devant toi. C’était l’année dernière, il faisait chaud sous les lumières artificielles du club lynchien et partout ailleurs, les peaux collaient, les regards brûlaient, ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça, la nuit ça te connaît. Je ne sais pas exactement quand tu es devenu celui que j’aime appeler l’homme-fantasme, Baxter, mais ça fait un petit moment que ça dure entre toi et moi. C’est que je suis fidèle et je me faisais une joie d’aller te revoir bientôt sur scène, pour la cinquième ou sixième fois, quand on aime on ne compte pas. Continuer « Who the fuck are you Baxter ? »

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Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus)

Une chanson : Cabane, « Tu ne joueras plus à l’amour »

Lisa Balavoine
Photo : Lisa Balavoine

J’avais pris l’habitude d’envoyer chaque jour à quelqu’un une chanson, mais depuis quelques semaines je ne le fais plus, or ces gestes et ces pensées qui nous animent mécaniquement sont, on le sait, ceux dont il est le plus difficile de se défaire. Le hasard des douces amitiés fait que ce matin, un lundi de février qui ressemble à un dimanche de novembre, je reçois un message et dans celui-ci dix chansons. Je ne les écoute pas tout de suite, d’abord je remonte la couette sur moi, parce que je n’ai pas envie de me lever, parce que je n’ai pas réussi à dormir, parce que j’ai envie d’un café sans avoir le courage d’aller jusqu’à la cuisine, parce que ce sont encore les vacances, parce que je veux finir le roman que je suis en train de lire, parce que je remets toujours les choses à plus tard. Continuer « Je ne dors pas alors j’ai écouté cette chanson (et j’ai écrit dessus) »

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Still Raw

Réédition de « Raw Like Sushi » de Neneh Cherry pour les 30 ans de sa sortie

"Raw Like Sushi" photoshoot, par Jean-Baptiste Mondino
« Raw Like Sushi » photoshoot par Jean-Baptiste Mondino

Je me souviens de 1989. C’est l’année où des étudiants sont massacrés sur la place Tian’anmen, où on regarde le mur de Berlin tomber depuis nos écrans de télé, où Ceausescu et sa femme sont arrêtés et exécutés presque en direct et où le Dalaï-Lama reçoit le Prix Nobel de la Paix. C’est une année où la lumière perce parfois derrière les ombres. Continuer « Still Raw »