Les années passent et les vraies rencontres avec la nouveauté se font implacablement rares. Un ultime dimanche de fin d’été qui coïncide avec un demi-siècle de vie : la juxtaposition était trop flagrante et elle aurait pu se dérouler, sans surprise, bercée par les réminiscences des enthousiasmes adolescents. The House Of Love et Suede ont refait surface quelques jours auparavant : de l’avis consensuel et plutôt légitime de ceux qui les ont toujours aimés, leurs albums sont même réussis. Suffisamment en tous cas pour qu’on s’autorise à entretenir en leur compagnie une nostalgie raisonnable et débarrassée de culpabilité. La tentation était donc forte de consacrer les premières heures de la cinquantaine au confort et à la rumination – deux valeurs qu’il ne s’agit nullement de dénigrer. Et puis The Beths s’en est étrangement mêlé. Il y a forcément une certaine incongruité à souffler symboliquement cinquante bougies en écoutant le nouvel album d’un groupe dont aucun des quatre membres n’était né alors qu’on s’extasiait pour les premières fois à l’écoute de Babe Rainbow, 1992 ou Dog Man Star, 1994 . Continuer la lecture de « The Beths, Expert In A Dying Field (Carpark) »
Catégorie : chroniques
Catégories chronique anniversaire, mardi oldie
Moose, …XYZ (Hut Recordings, 1992)
Depuis quelque temps – quelques années pour être honnête -, je m’aperçois que je reviens souvent vers les disques qui m’ont accompagné pendant les années d’adolescence – la peur de vieillir ou l’envie d’essayer de renouer avec l’insouciance des soucis de ces années-là (les filles, le match de foot du dimanche, le prochain concert, le prochain disque, Rumble Fish en boucle, la relecture de Kafka et/ou Camus et/ou Kerouac – et bientôt McInerney ET Easton Ellis). Et finalement, des années de la RPM – pour résumer, 20 ans menés tambour battant -, je ne réécoute pas tant d’albums que cela – mais quand même pas mal de chansons. Continuer la lecture de « Moose, …XYZ (Hut Recordings, 1992) »
Catégories chronique nouveauté
The Garden, Horseshit On Route 66 (Vada Vada)

Le nouvel The Garden est un marché, à prendre ou à laisser. À chaque nouvelle écoute, c’est direct 15 points de QI en moins, mais en échange, vous accélérez grandement votre transformation en gobelin halluciné et insouciant qui flotte à 500 pieds au-dessus du monde. Cinquième album en quasi une décennie et les frères jumeaux Wyatt et Fletcher Shears le tiennent enfin leur magnum opus, le résumé du raffut qui les a amenés ici, la somme de toutes les peurs : Horseshit On Route 66, 24 minutes du punk le plus jubilatoire, le plus insensé et le plus catastrophique que vous n’ayez jamais entendu.
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Youn Guv, GUV III & IV (Run For Cover Records)
Un double album hétéroclite. Vingt-quatre chansons qui flamboient dans tous les sens et une profusion de styles qui ne se laisse pas aisément replier sur une seule dimension. A défaut de prétendre avoir épuisé en quelques semaines d’écoutes l’ensemble des propositions et des pistes esquissées par le canadien Ben Cook sur ce diptyque passionnant, on se contentera donc de l’imiter un peu. Tourner autour de l’objet à dépeindre pour mieux observer, au passage, quelques-unes de ses facettes, renoncer à toute cohérence exhaustive, lâcher la signification globale au profit du plaisir partiel de l’instant : l’œuvre impose d’elle-même ses propres lois. Continuer la lecture de « Youn Guv, GUV III & IV (Run For Cover Records) »
Catégories Chronique en léger différé
The Lil’Hospital, Welcome to My (Strange) Jangle (autoproduit)
Kevin Alvir, le garçon plein de talent qui se cache derrière The Lil’Hospital, n’est pas vraiment un perdreau de l’année. Le premier album du groupe remonte déjà à 2001, c’est à dire presque au temps des dinosaures. Il était d’ailleurs sorti le 11 septembre 2001, alors qu’Alvir était encore ado. Quelques années après ses premiers faits d’armes, le New-Yorkais avait monté The Knight School, très recommandable groupe de pop DIY un peu plus bruitiste, qui avait malheureusement splitté après plusieurs très chouettes albums injustement passés sous les radars. Il est d’ailleurs bien triste de ne plus pouvoir écouter en ligne The Poor and Needy Need to Party ou Revenger, sur lesquels se trouvent pas mal de très bons titres. Continuer la lecture de « The Lil’Hospital, Welcome to My (Strange) Jangle (autoproduit) »
Catégories chronique nouveauté
Oneida, Success (Joyful Noise Recordings)
Depuis plus de vingt ans, Oneida fait partie des groupes les plus actifs de la scène indie new-yorkaise. Aujourd’hui, après quatorze albums d’expérimentations diverses et variées, la bande de Kid Millions fait le choix de se recentrer sur des formats plus courts et un registre plus direct qu’il lie aussi clairement (cf. le nom de l’album) à la recherche d’un nouveau public. Dès le premier titre, l’excellent Beat Me to the Punch, il est évident qu’Oneida a changé d’univers. Le mélange souvent habile et éclairé d’héritage psychédélique, de culture électro et de recherches élitistes a ainsi laissé la place à un rock noisy et typiquement velvetien qui se laisse submerger par un formidable déferlement de larsens, déchirants et assourdissants, sur plus de deux minutes. Le résultat est saisissant. Continuer la lecture de « Oneida, Success (Joyful Noise Recordings) »
Catégories chronique nouveauté
Abronia, Map Of Dawn (Feeding Tube)
Basé à Portland, en Oregon, Abronia est un groupe de rock psychédélique aux accents néo-hippie qui, par ses sonorités amples, ses orientations rétro-futuristes et son goût du métissage, n’est pas sans évoquer le Black Mountain des débuts. Auteur d’un premier album (The Whole of Each Eye) plutôt réussi en 2019, le sextet franchit à présent un palier supplémentaire avec ce remarquable Map of Dawn, véritable pépite de rock psychédélique gentiment allumé et, parfois, un brin grandiloquent. Continuer la lecture de « Abronia, Map Of Dawn (Feeding Tube) »
Catégories chronique nouveauté
Churros Bâtiment, Tendre macaque (autoproduction)
« J’écrirai un livre sur
les vacances de mon enfance,
un chef-d’oeuvre de la littérature,
il y aura 100 000 pages vides »
Après un très bon essai avec Poupard, duo domestique avec son amie Poupard (justement) il y a quelques mois, David Litavicki a rejoint son ami Gheno (peu importe le prénom, il change tout le temps) pour remettre Churros Bâtiment sur le métier. De Grenoble, le duo diffuse ce rock un peu sale, un peu grunge, remis vaguement au goût du jour : des boîtes à rythmes pour bébé, de l’autotune achetée sur le dark web… C’est sauvage, c’est libre, ça gueule (Esclave, hypnotique métal hurlant), ça rigole jaune (Médicaments), ça chante quand ça veut parfois. Le monstre à deux têtes de la capitale du suicide (je ne sais plus qui m’a raconté ça un jour, à cause des montagnes qui enserrent la ville, je ne sais pas si c’est vrai, à vérifier dans Wikipedia) nous envoie dix cartes postales dans la figure, sans adresse et sans timbre, directement dans l’œil. Il n’est donc pas question ici de s’enticher de styles ou d’écoles esthétiques, le groupe enregistre ce qui lui passe par une tête pas très bien faite. Continuer la lecture de « Churros Bâtiment, Tendre macaque (autoproduction) »