Dans un entretien avec Julia Eckhardt, l’artiste sonore et compositrice Éliane Radigue explique en ces termes sa passion pour le synthétiseur ARP 2500 : « Le jour où je suis tombée sur l’ARP, c’était évident. Je n’avais plus à chercher. (…) le top du top du synthétiseur ARP 2500 était sa « voix » reconnaissable entre toutes, si délicate. C’est ce qui a déterminé mon choix. » Un éloge d’un instrument mythique par l’une de ses praticiennes les plus importantes qui souligne le caractère profondément singulier de son timbre, sa sophistication et richesse légendaires. Les travaux électroniques de Radigue, basés sur la pratique du son tenu et de la micro-tonalité, n’auraient à coup sûr pas pu atteindre la même rigueur formelle ni la même intensité sans l’architecture et la matrice de modulation particulièrement originales du synthétiseur. Continuer la lecture de « Machines #10 : ARP 2500, matrice analogique »
Elle refusait d’être filmée par des hommes. Sa directrice photo revient sur les tournages des premiers clips, avec des photos inédites.
Sinéad O’Connor sur le tournage du clip « 3 Babies » par Dominique Le Rigoleur / Photo : Seamas McSwiney
Tout n’a pas été écrit sur I Do Not Want What I Haven’t Got, le deuxième album de Sinéad O’Connor. Produit par Nellee Hooper à Dublin, ce disque fut publié le 20 mars 1990 alors que le monde entier écoutait Violator de Depeche Mode sorti la veille. La machine de guerre conçue par Martin Gore n’éclipsa pas I Do Not Want What I Haven’t Got qui fut l’un des disques les plus vendus des années 90. Enregistré avec Andy Rourke (The Smiths), Jah Wobble et Marco Pirroni (qui avait été embauché par Adam & The Ants pour Kings of the Wild Frontier), I Do Not Want What I Haven’t Got consacrait l’Irlandaise qui avait déjà marqué des points avec The Lion and the Cobra (1987). Tout n’a pas écrit sur I Do Not Want What I Haven’t Got. La photographie (ou plutôt le photogramme) utilisée par Chrysalis pour la pochette est signée, Dominique Le Rigoleur, une directrice de la photographie française. John Maybury, le réalisateur du clip, a recruté cette directrice de la photographie française car Sinéad O’Connor refuse d’être filmée par un homme. Ce premier clip sera un prélude pour Dominique Le Rigoleur. Continuer la lecture de « Sinéad et moi »
Certains profitent de la pause estivale pour rattraper le retard accumulé tout au long de l’année en matière de lecture ou pour se rendre à Arles pour prendre leur dose annuelle de photographies. D’autres profitent de leur été pour tenter de courir après Robert Pollard et ses Converse. Les Guided By Voices ont encore publié un disque, les Guided By Voices ont donc encore enregistré des chansons hautement recommandables. Welshpool Frillies est le trente-huitième disque du groupe de Robert Pollard et « seulement » le deuxième disque de l’année 2023. Continuer la lecture de « Guided By Voices, Welshpool Frillies (Guided By Voices Inc.) »
À la charnière des XXe et XXIe siècles, il y eut une ribambelle de disques — ou de chansons et/ou remixes – qui ont définitivement démocratisé les influences de la house sur la musique pop (et vice versa). Entre l’inusable Missing d’Everything But The Girl, les productions de The Chemical Brothers ou les tics eighties de Jacques Lu-Cont (pour faire bref), il y eut aussi les deux hymnes lascifs et hédonistes signés Moloko. Derrière le nom emprunté à la boisson fétiche des très mauvais garçons d’Orange Mécanique, se cachaient depuis Sheffield, l’Irlandaise Róisín Murphy et l’Anglais Mark Brydon, bricoleurs de sons qui se sont retrouvés presque malgré eux sous le feu des projecteurs et des boules à facettes et paillettes. Alors que la chanteuse sort ces jours-ci un nouvel album épatant – le bien nommé Hit Parade – et que son ancien alter-ego a lui disparu des radars, retour en deux temps (une interview réalisée en l’an 2000 et la chronique par Estelle Chardac de la compilation Catalogue, parue en 2006) sur le parcours en dents de scie du tandem. Continuer la lecture de « Moloko : Le temps, c’était maintenant »
Le morceau tourne depuis quelques jours déjà, mais s’affiche tellement comme un compagnon d’été parfait qu’on n’a pas résisté à l’envie de vous le partager. La meta diva irlandaise Róisín Murphy a encore frappé. Oui, celle dont on parlait au siècle dernier dans les pages de notre défunt magazine lorsqu’elle sévissait dans son duo Moloko avec Mark Brydon via des hits pop absolument implacables comme Sing It Back ou The Time Is Now n’a largement pas fini de faire parler d’elle. A l’instar d’une Cindy Sherman de l’ère digitale, elle mute régulièrement pour notre plus grande joie. Sa nouvelle incarnation apparaît aux côtés du teuton DJ Koze, entendu chez Kompakt, pour un bien nommé nouvel album Hit Parade, premier de sa collaboration avec Ninja Tune. Et surtout, pour ce You Knew étourdissant, aux confins du dub, où les paroles parlées chantées accélérées (tellement raccord avec tous ces tubes passés en 78 tours sur Tik Tok…) vont jusqu’à former des boucles incompréhensiblement géniales et tourbillonnantes façon samples de voix hachés et déformés dans certaines vieilles scies house (tchumotchumotchumotchumo ketriketriketriketri aniemaniemaniemaniem, ce genre). Aussi envoûtant qu’expérimental, avec un beat minimal dub au clavier un tantinet mélancolique, pas si loin des épures de l’allemand Maurizio dans ses M-Series mi-90. On repeat depuis quinze jours. Continuer la lecture de « Róisín Murphy là où on ne l’attend jamais »
Une fois de plus, Jeffrey Lewis est en tournée. Depuis la fin des années 1990, lorsqu’il a commencé à se produire sur scène aux côtés d’autres pionniers de l’anti-folk comme les Moldy Peaches, l’infatigable troubadour folk-punk new-yorkais ne semble pas avoir pris une minute de repos. Il vient ce mois-ci de sortir Asides & B-Sides (2014-2018), compilation de vieux titres exhumés de sa malle aux trésors. On y trouvera nombre de chansons délectables, comme Till I Get a Diamond, What I Like the Most in England is Food, et même une surprenante mais très bonne reprise de l’indispensable Wow & Flutter de Stereolab. Continuer la lecture de « Selectorama : Jeffrey Lewis »