
Rappel des faits : une ville, Madrid – l’un des creusets les plus fascinants des explosions culturelles de la fin du XXe siècle (et je n’ai peur ni de le dire ni de l’écrire, qui n’a rien à envier à Londres, New York, Manchester, et surtout Paris) ; un nom littéraire, emprunté à une nouvelle de l’écrivain argentin Julio Cortazar ; un groupe-polygone, deux fratries accompagnées par deux amis, soit six musiciens fiers de leur statut revendiqué d’“amateurs” et unis par un “équilibre instable”. Et une filiation nord-américaine qu’il n’a pas été difficile d’établir : les deux reprises au générique d’un premier album en noir et blanc, de sa pochette jusqu’à ses arrangement, Diciembre 3AM : Fade Into You de Mazzy Star et Moon River d’Henry Mancini ; et bien sûr, ses accointances avec le très respecté Will Oldham – histoire d’alimenter les débats de fin de nuit, je pourrais préciser ici que pour ma part, ce que je préfère de lui, c’est la photo qu’il a prise pour la pochette du Spiderland de Slint –, que nos amis espagnols accompagnaient parfois sur scène dans la Péninsule… Moins de dix ans d’existence et cinq albums – avec pour certains des destins internationaux : Labels et PopLane pour la France, Sub Pop aux États-Unis. Voilà pour les présentations. Continuer la lecture de « Migala, le feu à sa vie »

Depuis longtemps, je me demande si nous sommes nombreuses et nombreux à réagir de la sorte – mais j’oublie toujours de poser la question. Oui, je me demande si comme moi, parfois, il suffit des quelques secondes d’une intro, un simple changement d’accord, l’esquisse d’une mélodie pour que déjà, vous sachiez qu’une chanson a (entre autres) été écrite pour vous, qu’elle va tourner en boucle pendant plusieurs jours / mois / semaines / années (rayez la mention inutile si tant qu’il y en ait une) et qu’elle ouvre un album que vous allez aimer adorer (la formule “adorez aimer” fonctionne aussi)… Depuis longtemps, j’ai ce rapport à la musique – pour le meilleur, mais pour le pire aussi : l’intro de la première chanson d’un disque attendu avec une certaine impatience déçoit, et son sort en est scellé…
Je n’ai jamais trop su comment me saper, ni d’ailleurs cherché à corriger ce handicap social. Au « prime » de ma jeunesse, je me suis converti à une culture musicale idoine pour un gars dépourvu de la moindre appétence pour le vêtement (malgré un fort tropisme familial du côté du Sentier). Un uniforme succinct et finalement passe-partout. Peu de marques, ni trop de réflexion, ni trop de variables : polo
Musique instrumentale de pleins, de déliés et de vides, cette Lyonnaise des eaux troubles nous plonge dans un monde de l’attente : d’un trajet sur une route de montagne, d’une planque dans un quartier chelou, d’une salle du même nom d’un dentiste ou d’un doc, d’un rendez-vous dans un café désert, d’une journée fériée… C’est tout un univers cinétique quasi immobile qui s’ouvre dans sa lenteur et sa masse, devant nous.
Les années 2010 s’éloignent de nous. À mesure que les saisons filent, des groupes apparaissent et disparaissent des radars. Certaines formations émergent à la faveur d’une chanson bien troussée quand d’autres se faufilent plus discrètement dans notre quotidien.
Ça y est, yeah, ça me refait le coup, l’obsession. Le morceau qui ne me lâche plus. Que je suis obligé d’écouter plusieurs fois par jour tant je l’aime, tant je l’adore, tant il me porte, tant il m’obsède. Et il porte assez mal son nom :
Je crois pouvoir écrire que j’ai assité à pas mal de concerts, depuis le 18 aout 1980 – The Police (avec