
La chronique du numéro d’été ou de rentrée des Inrockuptibles citait*, de mémoire, Big Star, Teenage Fanclub ou encore The Posies. Soit une part fondamentale de notre panthéon, finalement assez peu ébranlée depuis. Le label ne nous était pas franchement inconnu, puisque Mammoth abritait également notre dulcinée d’alors Julianna Hatfield ainsi que son groupe d’origine Blake Babies.
Et si cette rubrique a pour base de vous révéler LE morceau absolument génial d’un disque par ailleurs oubliable alors, Collapsis, morceau d’ouverture du troisième album de Dillon Fence (Chapell Hill, North Carolina), est un cas d’école. C’est même doublement une anomalie par le biais qu’il ne constitue de fait qu’un demi morceau. Mais alors quel tremblement, le grand jeu d’emblée, l’effondrement de bonheur, les genoux à terre en génuflexion extasiée devant l’autel de cette power pop mélancolique. Sur une mixtape dédiée, on peut coller Collapsis avant ou après le grand classico I Am The Cosmos de Chris Bell, ça ne changera rien au problème : c’est d’un même niveau de douleur, de génie et de joie mêlée. En tomber à la renverse à la première écoute n’était donc pas un exercice d’EPS trop matinal, c’était l’évidence même. On se souvient même avoir pensé sur le champ, ben tiens, il semblerait que Velvet Crush (autre formation d’Amérique criminellement sous-estimé de l’époque) ait de la concurrence.
Écoutez plutôt :
Alors vous l’avez remarqué comme moi, au-delà de cet absolue nécessité de la chanson, celle-ci, minutée d’à peine 3 minutes et 50 secondes s’arrête en fait au bout de 2 minutes et 20 secondes. Au lieu de reprendre, qui un couplet, qui un pont, voire même, soyons fous, un refrain, les gaillards ne s’en laissent pas compter. Sus à l’avant-garde, crotte à MTV. La fin du morceau n’est qu’un solo de guitare suivi d’un fade qui donne à penser qu’il en existe une version plus longue voire démocratiquement terminée dans les règles. Mais là, non, moitié du morceau, on fait péter le solo (lui aussi remarquablement igné, il faut dire) et on finit là-dessus, tout est dit, Ciao les nazes. Même J Mascis n’a jamais osé, quoique.
C’est peu de dire qu’après une trombe pareille, Dillon Fence peine à garder le niveau et même si One Bad Habit fait son petit effet dans un registre un peu nerveux pas loin de Dinosaur Jr voire d’Hüsker Dü et que Waking Up transmet une petite sensation burlesque mais virile digne de Cheap Trick, Outside In ne vaut que par son ouverture. Et les albums précédents (Rosemary, 1992) et suivants (Living Room Scene paru chez Atlantic en 1994) ne passeront d’ailleurs pas non plus à la postérité en dehors de quelque programmateur averti de station de radio estampillée College Rock. Et tant mieux car la cinglante anomalie de Collapsis y gagne peut-être finalement son immortalité.
Collapsis de Dillon Fence, extrait de l’album Outside In est sorti sur Mammoth en 1993
* On n’est jamais sur de rien à 100% mais je parie que c’était une chronique de Stéphane Deschamps.