Dona Casque, Le Reflet de Maman (Turbo Discos)

Dona Casque se sont d’abord fait connaître par leurs concerts, parmi les meilleurs des souterrains parisiens, et au-delà, car Dona Casque (dont on vous avait déjà parlé ici) se carapate partout : France, Europe, côte Ouest des États-Unis cet été, et présentement l’Allemagne. Rapide, coriace et endurant, Dona Casque est à la conquête du monde, sur le terrain, et pour cause, c’est un excellent groupe de scène. Déjà, ce n’est pas le trentième guitare/basse/batterie que l’on voit passer dans l’année ; c’est plutôt le premier, et probablement le dernier voix/clavier/basse + voix/batterie/clavier : Maë Favory d’un côté, Danny Kendricks de l’autre. Ce n’est pas que visuel, leurs concerts sont instables et efficaces, chaotiques et maitrisés, vivifiant. Le public a moins mal aux jambes. La buvette marche. Les deux ami⋅es font cinq choses en même temps et racontent des choses incohérentes et drôles entre chaque morceau. L’atmosphère se vide des jours qui passent, d’hier et de demain, se remplit du soir.

Dona Casque / Photo : instagram
Dona Casque / Photo : instagram

Leur premier album, sorti l’année dernière, était déjà très bon. On pouvait vérifier la qualité de l’écriture. Dona Casque ne tartine pas les mêmes thèmes, Dona Casque déteste les platitudes, Dona Casque fait rentrer l’humour, la politique, les animaux et l’existence même. À la fois franc et raide, bizarre, comme Country Teasers, dont ils reprennent le fameux Golden Apples. La K7 est super, mais on se dit qu’il ne manque pas grand-chose pour que ça s’universalise un peu plus, pour que maman et papa soient content⋅es aussi — c’est souvent le cas de la musique fait par des gens très inventifs aux poches trouées. On se le dit, et on l’oublie assez vite parce que, fondamentalement, c’est une esthétique qui marche comme ça.

Le Reflet de Maman continue sur le même chemin, très peu fréquenté ; mais je dirais qu’il est encore mieux produit. Un bordel bien dessiné. Est-ce la faute à Paul Trigoulet, de Boutique Studio, stakhanoviste du mixeur analogique ? Cela frappe dès les deux premiers morceaux, deux attaques coordonnées et bien tranchantes, où tous les instruments sont à leur place : LSD Sound System et 800m & Marguerite. Danny et Maë cassent la joie et la remontent à l’envers : Déconstruction/Reconstruction en mieux, comme pour leurs titres d’ailleurs — le premier, trop drôle, vous avez la référence à LCD Soundsystem je pense ? Le second titre, sans doute, détourne Le Maître et Marguerite (oui j’explique les blagues, je suis désolé, promis je ne fais pas ça d’habitude, c’est le contexte, je veux bien faire mon travail). Deux tubes, le premier doux et mélancolique, le second rêveur. S’ensuivent un bain à moitié chaud, délicat, mais qui se termine à la hache (Hot Tube) et l’énigmatique Z.O.I., à la fois punk vigoureux et complainte sincère où émerge brièvement une savoureuse citation de Katy Perry, elle aussi Déconstruite/Reconstruite, ce qui n’empêche pas un fond de véritable premier degré. La très belle pochette, réalisée par Tessa Kugel, sied au disque, fantôme rouge sur fond blanc entouré d’étoiles, observant son reflet : humour narquois et vérité cachée dans une étrange vallée.

Quatre morceaux bien denses, gorgés de changements de rythme, des citations-pastiches, d’énergie et de douceur aussi. Comment résumer ? L’EP tient d’un gros collage bizarre mais pas insensé, fin sans prétention à la finesse, hectique, extatique, erratique, tic tic tic. Synth punk ludique et contaminé, équilibre précaire, comme Urinals, comme le Temporary Secretary perdu dans la discographie de Paul McCartney, comme Psychic TV, comme un tas de trucs oubliés et mélangés.

Emparez-vous de ce disque, un disque de pur vinyle cette fois, sorti sur Turbo Discos, un sacré label allemand au passage (cette année, ils ont ressorti le faramineux album de Jacques Grèle et les Fausses Fuites, du même Danny Kendrick, s’occupent des pressages européens de Twisted Teens).

Emparez-vous de cet EP, parce qu’il est quelques kilos plus lourd, quelques rivières plus tumultueuses, quelques oiseaux inconnus plus haut dans le ciel plus sombre, et qu’il est BIEN.


Le Reflet de Maman par Dona Casque est sorti chez Turbo Discos

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