
Pour avoir eu le bonheur de me trouver en juillet dernier au Folk Blues festival de Binic, – point de rendez-vous hexagonal de tous les adeptes de garage, de rock and roll et de punk -, je n’hésiterais pas une seconde à décerner la palme de la coolitude aux Straight Arrows. Avec d’autres groupes australiens à l’affiche comme Dom Sensitive ou Clamm, le quatuor de Sydney est même parvenu à relever le défi a priori impossible de me consoler de l’annulation de Tee Vee Repairmann, pour lequel j’avais traversé la moitié du pays. Menés de front par l’inépuisable Owen Penglis, enchaînant leurs innombrables tubes avec une énergie, un sens du fun et un enthousiasme sans limite, les quatre Sydnéens auront mis le public dans leur poche à chacune de leurs prestations (car à Binic chaque groupe doit jouer le vendredi, le samedi et le dimanche). Piochant dans tout leur répertoire, ils n’avaient que l’embarras du choix en matière de hits imparables. On n’aura pas non plus boudé notre plaisir de les voir reprendre What Do I Get des Buzzcocks ou l’excellente Ice Pick de Supercharger, transformée pour l’occasion en Dog Bite, en référence à la récente morsure de chien qui a valu à Owen de jouer de la gratte avec un bandage sur la main droite, sans que celui-ci ne semble en avoir été le moins du monde affecté.
Depuis 2010, année de la sortie de leur premier album, nous avions déjà été emballés par leurs nombreuses petites bombes garage pop, comme leurs désormais classiques Bad Temper, Something Happens, Make Up Your Mind, Don’t Shoot Me ou Out and Down, mais nous avons aussi pu profiter de leur très chouette nouveau single Middle Man (sorti en janvier dernier) au refrain tout aussi immédiatement entêtant. On ne manquera pas de recommander à ceux qui viendraient de les découvrir leur délectable disque Live at Lansdowne ‘21, qui a le mérite de restituer on ne peut plus fidèlement toute la puissance de leurs prestations scéniques. A peine de retour en Australie après la tournée des Straight Arrows, Owen a mis a contribution son expérience de DJ pour choisir pour Section26 une poignée de chansons plus ou moins obscures qui comptent dans son panthéon personnel.
1. The Street Cleaners, That’s Cool, That’s Trash
2. The Who, Can’t Explain
Le premier single des Who, et… le meilleur qu’ils aient jamais sorti. Un jeune groupe mod qui fait son meilleur numéro de Kinks rencontrant un girl-group de la Motown. Exceptionnel – et leur premier LP est peut-être aussi leur meilleur. Mais il serait ENCORE MEILLEUR si Can’t Explain y figurait.
3. Jacques Dutronc, Les Gens Sont Fous, Les Temps Sont Flous
Si Jacques Dutronc voulait faire une tournée en Australie (ou dans le monde) en jouant son premier LP (plus quelques morceaux choisis du second), je lui présenterais le meilleur groupe d’accompagnement qui soit. Allez Jacques, lance-toi !
4. Johnny Thunder, I’m Alive
Il ne s’agit pas de Johnny Thunders avec un ‘s’, mais bien du seul et unique JOHNNY THUNDER ! On trouve le même accompagnement que sur la version de Tommy James, et ça DÉTRUIT complètement l’original. En plus, c’est son seul disque sur le label suspect de Roulette, ‘Calla’, dirigé par le garde du corps de Morris Levy. Jouez ça à mes funérailles. « Pas de morceau de métal, les amis. »
5. Tommy James and the Shondells, Moses and Me
En parlant de Tommy James – celle-ci sort de l’album Travelling. C’est un disque un peu inégal, mais cette chanson rend l’achat valable. Des vocaux turbocompressés façon Leslie, et peut-être même meilleurs que sur l’autre tuerie de Tommy James, I Am a Tangerine.
6. The Premiers, Little Ways
Tout le monde connaît The Premiers grâce à leur inclusion dans Nuggets, mais ce morceau un peu plus tardif et sous-estimé est un morceau parfait pour commencer une fête, et une super chanson pour les amoureux aussi. Elle s’intercale parfaitement entre Farmer John et leur titre plus psyché Get On This Plane. Merci au DJ Jonathan Toubin de m’avoir fait découvrir ça tard un soir sur une piste de danse alors qu’on mixait ensemble.
7. The Goodies, Sophisticated Boom Boom
Il existe une version des Shangri-Las avec la même production de Shadow Morton, mais l’originale – régulièrement négligée – des Goodies la réduit en miettes !
8. Jean-Jacques Perrey, EVA
Un truc d’adolescent fumeur de marijuana. Ça flirte avec de la musique concrète sur Moog. Ce disque ne quitte jamais ma boîte de DJ.
9. Ngozi Family, Dancing Star
Ash de Straight Arrows (alias DJ Dingo Tracks) m’a fait découvrir ce 45 tours il y a quelques années, puis m’a aidé à dénicher un exemplaire jamais joué ; ce qui est plutôt difficile quand on cherche des disques zambiens ! Je ne suis pas vraiment un adepte du disco, mais ce truc sonne plutôt comme un disque funk brut accidentel avec un peu de punk dedans. Oooh yeah !
10. The Osmonds, Crazy Horses
C’est débile. Crazy Horses est une anomalie tellement excellente de la part des Osmonds. Tout l’album vaut largement les deux dollars qu’il coûte, mais le single est absolument ridicule : des bruits de synthé imitant des chevaux sur un morceau de hard rock accidentel. Regardez le clip, cette danse vraiment idiote ! Et mention spéciale à Redd Kross pour l’avoir repris lors de leur dernière tournée australienne en rappel !
11. Jimmy Jukebox, Motorboat
Personnage éternellement clivant, Kim Fowley a eu des dizaines de visages et des centaines de chansons à son actif, certaines horribles, et beaucoup brillamment horribles. Jimmy Jukebox le voit s’associer encore une fois à Michael Lloyd (l’un de mes producteurs préférés de tous les temps – un jour, Michael Lloyd, je veux qu’on fasse un disque des Straight Arrows ensemble !) pour sortir un single vite fait bien fait sur le thème du… nautisme. Pourquoi pas !
La discographie de Straight Arrows est disponible sur leur bandcamp