Maxwell Farrington & Le SuperHomard, Window Tax (Talitres)

Oui. L’album est en effet sorti au printemps dernier mais après tout, pourquoi toujours confondre vitesse et précipitation – encore plus à une époque où il n’existe plus d’ailleurs que la précipitation –, comme si un nouveau disque, après tout, avait une date de péremption – et qu’en parler quelques  semaines, mois, voire années après sa sortie relevait de l’incongruité et que cela revenait à se ridiculiser pour n’avoir pas crié avec les loups… De toute façon, je m’en fous car cela s’imposait pour moi comme une évidence et la pochette disait beaucoup : ces feuilles mordorées qui jouent des coudes pour imposer leur reflet dans l’eau faisaient forcément de cet un album un disque d’automne ou d’été indien. Un disque de lumières plus douces, d’air plus léger, de nuits qui tombent ni trop tard ni trop tôt, de conversations qui se murmurent.

Photo : Phlippe Mazzoni

Les faits, d’abord. Window Tax est le troisième album d’un tandem qu’on peut, tout de même et encore, qualifié d’improbable,  formé par un cuisinier amateur de vins rouges bio – ce qui m’avait permis une comparaison sans doute un peu forcé avec l’un des héros des romans abracadabrants du grand Vasquez Montalbán –, né en Australie mais résident breton, et un quinqua du sud, moderniste jusqu’au col de sa veste Levis, multi-instrumentiste, compositeur, arrangeur qui compte parmi les quelques personnes sur Terre avoir réalisé certains de leurs rêves – l’homme a travaillé avec Paul Weller, l’un de ses héros d’adolescence. De cette rencontre donc, sont nées des chansons épatantes aux parfaits accents anglo-saxons (une faute de frappe m’a d’abord fait écrire « anglo-sexons », et finalement, c’est aussi très pertinent), aussi bien dans les mots et les mélodies (forcément, étant donné la nationalité du prénommé Maxwell) que dans les couleurs musicales – car si Christophe Vaillant était né de l’autre côté de la Manche, je crois ne pas trop me tromper en écrivant que ce type-là collaborerait à peu près avec tous les artistes qui comptent (et pourrait même composer pour Taylor Swift outre-Atlantique). Les douze chansons et les quelques 45 minutes  (soit une mi-temps de foot avant l’invention de ces conneries de pauses fraicheur) confirment tout cela avec une facilité assez déconcertante et une élégance de tous les instants. Oui, bien sûr, il y a peut-être ici l’ombre de quelques figures tutélaires – nonobstant, pas forcément celles qu’on cite à l’envi un peu par fainéantise ou pour tenter d’épater la galerie (j’ai connu ça, mais je suis trop vieux maintenant pour y jouer encore) – mais ce qu’on oublie de dire trop souvent, c’est que ces chansons-là sont parfois / souvent / toujours (rayer les mentions inutiles) supérieures à leurs supposés modèles.

Enregistré en Angleterre sous la houlette de Mike Lindsay, entre autres membre éminent de Tunng (je dis ça pour les connaisseurs parce que je ne suis pas bien familier du travail du bonhomme, en particulier en tant que producteur), Window Tax jongle avec le grandiose (l’irrésistible chanson éponyme, qui mériterait de remporter toutes éditions futures de l’Eurovision) et l’intime (la superbe ballade The Architect, qui sonne comme la confession d’un groupe pop ; la guitare toutenbois de Good Company), célèbre le mariage de claviers organiques et de cordes, se tient avec une certaine facilité en équilibre entre acoustique et électrique et sert toujours la voix profonde et touchante de Maxwell Farrington. Parfois, oui, on pense aux débuts de Broadcast, au single magnifique The Book Lovers qui avait épaté Bob Stanley avant les autres ; parfois, surtout, on se dit que cet album est un album qui ne vieillira pas, un compagnon parfait pour les jours d’hésitation, de doute, de fatigue, de plus-que-marre où seule la beauté sera encore capable de redonner encore un peu d’espoir. Alors, on trouve une chanson dont le titre rappelle The Police ou Trio, Do Da Da Da, mais qui est un fait l’un des deux duos masculin-féminin du disque (elle, c’est la voix de Lily Buchanan, la compagne de Mike Lindsay) et surtout une très jolie promenade aux accents bucoliques ; on trouve aussi une intro presque italo-disco en guise de leurre (Gap Year), une valse conjuguée au présent (Euphoria) – un peu comme The Stranglers l’avaient réussi au XXe siècle en chantant la gloire d’une bière ambrée  – et une ballade un peu noire dont le titre est un prénom féminin, Lorène – et ça, c’est quand même toujours un très bon signe – et dont le refrain devient la bande originale du vague à l’âme. Et puis, il y a Supermarket, cette chanson à tiroirs (à rayons ?), qui nous emmène à peu près là où l’on souhaite (les cinq notes au synthé que reprennent les violons, une splendeur absolue comme décor pour la voix à la fois grave et légère cette fois de Maxwell Farrington) mais qui surtout résonne comme la meilleure chanson de Pulp que Jarvis Cocker n’a jamais eu l’idée d’écrire. Ce qui serait normalement un  élément suffisant pour que Window Tax passe à la postérité, petit chef d’œuvre de mélancolie rétrofuturiste qui, si jamais il ne change pas votre vie (on verra bien), métamorphosera au moins votre quotidien.


Window Tax par Maxwell Farrington & Le SuperHomard est sorti chez Talitres
Le groupe commence ces jours-ci une tournée française automnale.

Jeudi 01 octobre – Cabaret Théâtre L’etoile Bleue, Marseille
Vendredi 02 octobre – Les Vinzelles, Volvic
Samedi 03 octobre – Théâtre Chaoue, Allonnes
Mercredi 07 octobre – Le Grand Mix, Tourcoing
Jeudi 08 octobre – Théâtre La Piscine, Chatenay Malabry

 

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