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Matt Low – La Ruée vers l’or

Matt Low
Matt Low / Photo : Louise Courtial

S’il y a trois ou cinq personnes dont je suis proche dans la musique, Matt en fait partie.
Avant de le rencontrer, j’enregistrais des bizarreries sur un huit-pistes et je faisais des relevés de toutes les parties de toutes les chansons que j’aimais. Après échange de riffs de Think Tank contre riffs de Neil Young autour d’une bouteille de vodka sifflée à deux, on a filé dans la nuit de 2003 pour conquérir le monde les années suivantes, approximativement. Continuer la lecture de « Matt Low – La Ruée vers l’or »

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Kate Fletcher’s Orlando, Theories of Entanglement (Le Paradoxe du singe savant / What a Mess !)

Kate Fletcher’s Orlando, Theories of Entanglement (Le Paradoxe du singe savant Records / What a Mess! Records)Une autre métaphore, par Jupiter !

Virginia Woolf, Orlando

Les vies, et ce qu’on en fait, ou pas.

Pour parapréciser : elles nous font, et nous défont.

Et ainsi, depuis que l’une de mes vies a croisé la route de l’une des nombreuses, formidables et inspirantes vies de Kate Fletcher au hasard d’une journée brestoise, au hasard d’un des plus beaux concerts auquel j’ai pu assister, certaines de ses vies me font et me défont — les deux sont formidables — se faire et se défaire, même mouvement — chaque fois que je les croise — en quelques mots, en quelques notes déraisonnablement étirées, répétées, suspendues, en quelques chansons, en quelques bières et cafés aussi. Continuer la lecture de « Kate Fletcher’s Orlando, Theories of Entanglement (Le Paradoxe du singe savant / What a Mess !) »

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GY!BE dans le train Saint-Flour-Chaudes-Aigues / Béziers

Un disque, un train.

Photo : Clément Chervrier
[Aumont-Aubrac]

La première fois, ce fut pour eux.
La première fois que j’écrivis plus loin qu’une chambre, ce fut pour eux.
Il y avait longtemps déjà qu’on n’espérait plus les voir. On appelait ça le hiatus. On avait pas mal besoin d’eux, on ressentait ce besoin.
Je les avais vus un soir d’avant, tournée Yanqui U.X.O., à l’affiche avec (smog), c’était à Clermont-Ferrand et ça n’arrive plus. Une soirée dédiant la poésie à l’intelligence, ou l’inverse, je ne sais plus trop. J’étais allé seul à ce concert. On est un peu seul dans cette musique, seul et pas seul, seul et complètement là, complètement dans le tout de la masse sonore, dans la durée, comme dans une chanson qui est le monde.
Je n’en parlai pas. Continuer la lecture de « GY!BE dans le train Saint-Flour-Chaudes-Aigues / Béziers »

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Eliane Radigue, Trilogie de la mort 1988-1993 (Experimental Intermedia)

Eliane Radigue
Eliane Radigue

Invisible habitant l’invisible
Philippe Jaccottet

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre
Paul Verlaine

C’est Éliane Radigue elle-même qui le dit (*) : « L’écoute est une chose merveilleuse. »
Toute la littérature qui s’accumule sur et autour de l’œuvre d’Éliane Radigue ne peut exonérer de l’expérience fondatrice, originelle, improbable de l’écoute de son œuvre. Il est préférable de commencer par là, même si on sait que la curiosité sera motivée par tel ou tel passeur, tel ou tel passage, qu’elle sera donc nourrie de biais, d’idées, d’une certaine idée de soi aussi – si légère soit-elle, cette idée de soi, croisée avec un certain désœuvrement, sera ce qui permettra de lancer la première écoute de Kyema, le premier des trois morceaux qui forment la Trilogie de la mort. Continuer la lecture de « Eliane Radigue, Trilogie de la mort 1988-1993 (Experimental Intermedia) »

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04. La Tombe de Jim

En deux jours, un texte sur chaque chanson du nouvel album de Chevalrex, “Providence” (Vietnam)

On avait pu s’échapper, quelques décennies en arrière, sous les océans, mobiles dans le mobile, et vous pouvez me voir venir, par cette guitare slide, sorte d’écho qui annonce la même ampleur : d’une Affaire à un Cheval, on rencontre toujours la chanson comme on rencontre un toit où se chauffer. Mais chez de tels amis, la terre est-elle si morte alentour ?
Autre question : d’où vient ce frisson qui pousse spontanément à s’abriter dans l’un de ces grooves de milieu de tempo ? Continuer la lecture de « 04. La Tombe de Jim »

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03. Tant de fois

En deux jours, un texte sur chaque chanson du nouvel album de Chevalrex, “Providence” (Vietnam)

Ça te cogne comme on n’ose pas, le rythme, ça s’assouplit avec la voix qui sait, les mots qui savent, puis la guitare de science, puis déjà le refrain, à peine, sans peine. Ce n’est pas un tube, ni un rouleau, ni ce genre d’engin, c’est d’un autre genre, celui de la chanson aux contours internes plutôt qu’externes, qui tremblent en dedans plutôt qu’ils n’arrêtent en dehors, ce genre de contours. Continuer la lecture de « 03. Tant de fois »

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Buck Meek : “L’enregistrement a été une guérison”

Rencontre avec le guitariste de Big Thief pour la sortie de son second album solo.

Buck Meek
Buck Meek / Photo : Adrianne Lenker

Reconnaître.
On a quelques nuages devant soi, l’arrière du crâne doucement enfoncé dans la pelouse, et on reconnaît. Si l’on a devant soi des nuages, on peut reconnaître des formes. Ou les laisser venir sans les associer à quoi que ce soit, et les apprécier tout aussi tranquillement, apparitions, disparitions.
Si l’on a dans les oreilles un nouveau disque – je pense souvent au plafond de ma chambre, à l’encadrement de la fenêtre et au ciel bleu de l’été tandis que je découvrais et reconnaissais infiniment Washing Machine l’été d’après sa sortie, interdit par l’émotion, c’était mon premier –, on peut y reconnaître ou non des formes. Continuer la lecture de « Buck Meek : “L’enregistrement a été une guérison” »

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Pain-Noir et Balzane reprennent “Je Pense Encore à Toi” de Francis Cabrel (inédit)

Outdoor ceremony at the church, ca. 1900 / Photo : Charles R. Pratsch

On avait peu de nouvelles depuis ce qui paraissait des lustres de l’ami Pain-Noir, une grande chanson, des échos de déménagements, quelques mots de chaleur lors du premier confinement, ce moment que des majorités silencieuses ont dédié, comme souvent le font les majorités silencieuses, à la fraternité.

On a le droit d’aimer ces silences-là, apparents, calmes. Ça va bien avec l’idée que je me fais de Pain-Noir, peu de bruit et peu de fureur, mais des chansons qui de loin en loin, quand on s’y attend le moins, vous explosent en plein cœur.

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