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Axolotes Mexicanos, :3 (Elefant Records)

Axolotes MexicanosFou comme on croit parfois se targuer d’écouter régulièrement de la pop, jusqu’au jour où l’on se retrouve réellement le nez dedans. Avec du sucre plein la figure, terrassé par un torrent de mélodies si franches et si bubblegum qu’elles filent du rose aux joues et des constellations dans la pupille. Avec Axolotes Mexicanos, ça se passe comme ça. Trente secondes chrono avec eux et voilà le cœur qui flagelle, foudroyé par la timidité. On se trouve tout embrassé face au sourire franc et radieux d’un album si coloré et si puissamment jovial, qu’aucune once de morosité ou d’ironie ne pourrait abimer. Un album si indubitablement pop qu’on lui laisserait bien l’exclusivité de l’étiquette. Continuer la lecture de « Axolotes Mexicanos, :3 (Elefant Records) »

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Deerhoof, Love-Lore (autoproduit)

Love-Lore DeerhoofC’est une constante rassurante de l’existence : quoiqu’il arrive, il y a toujours un disque de Deerhoof qui vient de sortir. Et privé de ses habituelles tournées mondiales, le groupe a été fort occupé cette année : un live, une compilation de raretés, et, au printemps dernier, leur album Future Teenage Cave Artists, sympathique retour aux affaires du quatuor après une légère traversée du désert – et encore, à peine un désert, plutôt un terrain vague. Mais avec leur second LP de 2020, Love-Lore, sorti en totale indépendance fin septembre, c’est sans aucun doute l’une de ses plus incroyables démonstrations de force que balance comme si de rien n’était Deerhoof, sa plus belle réussite depuis des lustres (Breakup Song en 2012, plus loin que ça si vous faites la fine bouche). Et c’est un… album de… reprises ?!? Continuer la lecture de « Deerhoof, Love-Lore (autoproduit) »

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Good Sad Happy Bad, Shades (Textile Records)

Good Sad Happy BadPour une formation aussi habituée à la transmutation, la réapparition de Micachu & The Shapes sous le nom de Good Sad Happy Bad (entamée dès 2016 pour ceux qui suivent) donne presque l’impression d’une évolution naturelle. Ayant toujours préféré faire valdinguer son centre de gravité, passant tout naturellement de projet semi-solo électronique maniaque à organisme punk flou à trois têtes, le groupe formé par Mica Levi, Raisa Khan et Marc Pell n’a fait que dériver tête baissée vers l’incertain et le vaporeux au fil des années (avec quelques merveilles en chemin, comme ce Never en 2012, niché haut dans notre top décennal). Et ce retour inattendu derrière un patronyme chipé au titre de leur dernier album sorti en 2015 (et avec une personne de plus dans l’équipe, CJ Calderwood au saxophone) est donc l’occasion rêvée pour eux d’être autre chose, ailleurs, différemment, encore une fois. Continuer la lecture de « Good Sad Happy Bad, Shades (Textile Records) »

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Katie Dey, mydata (Run For Cover)

La discographie de Katie Dey est une lente révélation. Progressivement, dans l’écoulement de quatre albums parus depuis 2015, les épaisses couches érigées en forteresse autour de sa musique se détachent peu à peu, se creusent, deviennent perméables à notre regard. Placées à la suite, les pochettes elles même semblent raconter l’histoire de cette dissipation continue. La silhouette est devenue regard, puis visage. La cacophonie sursaturée et intérieure de asdfasdf s’est vidée de ses parasites pour ressembler à la texture chaude et sereine d’un ciel aux couleurs irréelles. Continuer la lecture de « Katie Dey, mydata (Run For Cover) »

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Kate NV, Room for the Moon (Rvng Intl.)

Pochette de Room for the Moon, par Kate NV

Le songwriting de Kate NV est une sorte de grand baromètre. À l’extrémité gauche, on y trouve l’indication « Tempête pop », à l’extrémité droite, « Ambient très sec ». Ne jamais choisir clairement entre l’un ou l’autre de ces climats est désormais devenu une passionnante marque de fabrique pour la compositrice russe, nous laissant sans cesse dans l’hésitation entre le pas de danse et pas de danse du tout. En 2016, c’est au milieu du catalogue ésotérique et surréaliste de l’excellent label Orange Milk Records que l’on avait eu la surprise de tomber sur son premier album, Binasu. Un disque merveilleux où se succédaient échos VHS d’une synthpop nostalgique du japon des 80’s et vagabondages plus abstraits dans d’autres mondes verts à la Brian Eno.

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I Like To Stay Home #44 : From Gardens Where We Feel Secure

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Alors que le monde extérieur semble tâché par le sourde anxiété des jours, la pulsion de l’air libre continue d’irriguer les rêveries, avec des envies de cultiver de grands jardins intérieurs, où nous pourrions nous retrouver dans la tranquille indifférence d’un monde de sève et de pollen. Lits d’herbes, torrents de pétales, bouquets kaleidoscopes, couronnes pour le souvenir, branches tordues vers l’astre solaire, méditations à la chlorophylle. Un petit parc botanique dans la tête. Voici le mien, pas très grand, mal taillé, mélange d’espèces semées au hasard, avec des allées de ritournelles aérées, quelques pieds exotiques qui cohabitent à côté des rosiers (qui n’est pas la seule fleur bonne à chanter, qu’on se le dise), des pelouses sereines où la marche est évidemment autorisée, et juste assez d’ombre pour déraper vers le sommeil si besoin est.

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I Like 2 Stay Home #8 : Hosono Time

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Folk, easy listening, synthpop, ambient, techno kayô, city pop, loudge : des brises tropicales des années 70 aux synthétismes futuristes ahurissants des années 80 et 90, la discographie d’Haruomi Hosono s’étire en tache d’huile, d’une obsession à l’autre, laissant dans son sillage des merveilles par paquets. Bref tour d’horizon de la carrière d’un type qui semble derrière tous les meilleurs coups de la pop japonaise, aussi bien en solo, avec ses divers groupes (Happy End, Tin Pan Alley, Yellow Magic Orchestra…) ou derrière les manettes pour différents artistes, dont ceux de son label Yen Records. Continuer la lecture de « I Like 2 Stay Home #8 : Hosono Time »

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King Krule, Man Alive! (Matador)

Grain vibrant du film numérique venu d’un autre siècle. Un type est assis sur une chaise au milieu d’un champ où se sont éparpillées quelques touffes de neige grise. Caressant du doigt une guitare taille enfant, sa voix perce le souffle muselé de la tremblante captation. Il dit : « You’re my everything, you make me feel alright. You’re the only thing that makes me feel alright ». L’atemporalité du fragment est peut-être ce qui envoute le plus. Ce chant hors d’âge, cette supplique tranquille et immuable pour un être aimé – comme des milliers ont déjà été négligemment marmonnée par d’autres rêveuses et rêveurs. La beauté en apnée. C’est comme ça que l’on est retombé sur King Krule, en novembre dernier, deux ans après son grand The Ooz, à l’occasion d’un court-métrage en guise de retrouvailles, collection vidéo de démos acoustiques fredonnées en pleine nature face à l’objectif de la photographe Charlotte Patmore, sa compagne. Intitulé Hey World!, il enveloppait avec la chaude familiarité d’un vieil ami, égaré puis réapparu dans la brume des jours qui fuient. Un peu plus vieux, un peu plus sage, mais dont un souffle seul suffit à faire jaillir quelque chose d’intime et d’incassable. Lui, instantanément. Continuer la lecture de « King Krule, Man Alive! (Matador) »