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Les (bons) coups de Ash

Ash, 1994.

Grandir sans renoncer tout à fait à être soi. Pas facile, tout particulièrement lorsque l’on a connu la reconnaissance publique avant même d’atteindre sa majorité et que l’on a publié ses meilleurs albums – Meltdown, 2004 et Twilight Of The Innocents, 2007 – alors  que fans et critiques les accueillaient avec une indifférence croissante. Il a fallu presque huit ans pour que Tim Wheeler et Ash parviennent enfin à inventer la meilleure manière de vieillir sans se laisser flotter sur l’air du temps. Huit ans de tâtonnements plus ou moins approximatifs – une flopée de singles numérique inégaux enregistrés en 2010 puis, en 2014, pour le chanteur, un album solo à la Tchao Pantin, ambitieux mais inabouti consacré au décès de son père – avant de renaître, presque à l’identique. Brutalement interrompue en 2007, pour ce qui concerne les albums, la discographie du trio irlandais a donc fini par retrouver une nouvelle jeunesse, sonique et fougueuse, avec le détonnant, Kablammo !  (2015) suivi cette année par l’excellent Islands. Désormais exilé aux USA, Ash semble avoir accepté son identité en enregistrant encore une fois un LP qui ressemble à s’y méprendre au rêve le plus fou de ses admirateurs : un condensé de power pop ultra-efficace, regorgeant de mélodies imparables et de refrains bébêtes à souhait, et où les guitares métalliques – Flying V en tête – rivalisent d’intensité. Mais c’est encore sur scène que le groupe sait le mieux nous faire partager sa joie insouciante du jeu collectif. Et réapparaître, pour notre grand bonheur, sous les traits inaltérables de l’éternel adolescent qu’il n’aurait jamais du cesser d’être. Continuer « Les (bons) coups de Ash »

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Red : Décrocher la Lune

Les mille et une pochettes de « Felk Moon » (Bisou Records)

À l’heure où Felk Moon – son huitième et meilleur album à ce jour – paraît sur Bisou Records, force est de constater que Red ne fait décidément rien comme tout le monde… Réenregistrer son disque une seconde fois pour cause de découverte d’une nouvelle pédale d’effet, illustrer cinq-cents pochettes l’une après l’autre, proposer le principe d’une interview par messageries interposées où, pour une fois, l’Artiste posera les questions tandis que le plumitif tentera comme il peut d’y répondre. Pour finir par constater qu’assurément, cet hiver sera rouge ou ne sera pas.

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Trier sélectif

Joachim Trier et Nicolas Plommée / Photo : Hannah Molin Delafosse

La quarantaine juvénile, le réalisateur norvégien Joachim Trier s’enflamme comme au premier jour à l’évocation de sa découverte 35 ans plus tôt du Planet Rock d’Afrika Bambaataa & Soulsonic Force. Sa passion de la musique, et plus précisément de celle à l’honneur dans Section26, n’est évidemment pas exclusive parmi les cinéastes contemporains. Mais votre serviteur avait beau avoir retenu le “bon goût” évident de la B.O. d’Oslo, 31 août, le film qui l’a fait connaître en France en 2012, c’est bien la vision ultérieure du précédent Reprise, rebaptisé ici Nouvelle Donne, son premier long-métrage, qui mettait la puce à l’oreille. Tant de signaux aussi ostensibles ne sauraient être innocents : il ne s’agit plus de (se) donner un genre et adopter une pose “rock”. Joachim Trier sait de quoi il retourne, et ses personnages en train de courir en t-shirt Joy Division dans un parc, en train d’échanger dans un salon où peuvent être distinguées pochettes des Smiths comme des Cramps et capables de reprendre en chœur un refrain obscène en norvégien lors de concerts “pour de faux” paradoxalement plus vrais que nature, sont faits du même bois que vous et moi. Norvegian Wood indeed. Continuer « Trier sélectif »

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Tunng : Secondes noces

Tunng : Secondes noces
Tunng / Photo : Eva Vermandel

À l’échelle de notre petit monde, la nouvelle a presque fait figure d’événement : onze ans après avoir mis un premier terme à leur fructueuse collaboration, Sam Genders et Mike Lindsay sont enfin parvenus à se rabibocher et à publier conjointement le premier album de Tunng arborant leur double signature depuis l’inusable Good Arrows (2007). Et même si les deux compères avaient su, tout au long de leurs années divergentes, développer chacun de leur côté deux carrières également passionnantes, la sortie en fin d’été de Songs You Make At Night (2018) est venu nous rappeler à quel point leur apport demeure essentiel dans un registre qu’ils ont plus que largement contribué à défricher, et où les structures folk traditionnelles se mêlent harmonieusement aux explorations électroniques contemporaines. À la veille d’un concert parisien scellant cette réconciliation longtemps espérée, on leur a demandé de revisiter les souvenirs, parfois aigres-doux, des cinq jalons discographiques de leur union musicale. Continuer « Tunng : Secondes noces »

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Agnès Gayraud : « La dialectique que je décris, je l’ai constamment trouvée formulée dans la critique rock. »

Agnès Gayraud Dialectique de la pop
Agnès Gayraud / DR

Assurément, Dialectique de la pop est un livre important. Tant par son caractère inédit et novateur que par l’ampleur de son propos : élaborer une théorie de la pop,  qu’il faut ici comprendre non pas de manière étroite comme un genre particulier, mais dans son acception générale de « musique populaire enregistrée ». Car il s’agit pour Agnès Gayraud ‒ que nous connaissons aussi par son projet musical La Féline ‒ de penser l’objet « pop » en tant que philosophe. C’est-à-dire d’en définir le statut et la portée esthétiques, de tenter de cerner sa « singularité en tant qu’art », de cerner ses formes et ses conditions de production-diffusion. Autrement dit, s’attacher à prendre toute la mesure de ce qui s’est imposé comme l’une des formes culturelles majeures de ces soixante dernières années, de ses expressions les plus mainstream au plus pointues. Une entreprise importante, répétons-le, qui mérite donc bien de revenir avec l’auteure sur certaines de ses grandes thématiques.  Entretien. Continuer « Agnès Gayraud : « La dialectique que je décris, je l’ai constamment trouvée formulée dans la critique rock. » »

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The Blank Tapes : « J’adorerais sortir 3 ou 4 albums par an. »

Matt Adams / The Blank Tapes

Multi-instrumentiste, producteur et dessinateur de talent, Matt Adams incarne cet idéal de l’artiste complet, totalement indépendant, qui n’a attendu ni d’être suivi par des labels ni d’être adoubé par la scène psychédélique de la côte Ouest pour tracer son chemin. En quinze ans de carrière et bientôt autant d’albums, le Californien pure souche s’est imposé avec son projet The Blank Tapes comme un incontournable pour les amateurs de folk-rock et les nostalgiques des sixties. Rencontre avec un homme à l’enthousiasme grisant le 28 septembre dernier au Levitation France, à Angers.

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La Luz : « On n’a pas besoin d’un homme pour partir en tournée. »

Lena Simon (basse), Shana Cleveland (guitare et chant), Marian Li Pino (batterie) et Alice Sandahl (clavier). Photo : Andrew Imanaka

Un récent départ pour Los Angeles, machine à rêves, et des heures passées sur les routes le nez à la fenêtre ; c’est certainement dans un sommeil paradoxal que Shana Cleveland, voix de La Luz, a composé Floating Features. Cigales géantes, aliens et autres créatures surréalistes planent sur ce troisième album, paru au printemps chez Hardly Art. Fidèles à leur marque de fabrique – batterie tonitruante, mélodies ensorcelantes et harmonies spectrales – les filles de Seattle nous rassurent : le soleil californien n’a pas encore ôté à leur surf rock son charme sombre. A des lieues de l’enregistrement DIY d’It’s Alive (2013) et de l’urgence insufflée par la production de Ty Segall sur Weirdo Shrine (2015), Floating Features se distingue par la variété et le détail de ses arrangements. Un album plus recherché, peut-être plus mature, qu’elles défendaient le 21 septembre dernier au Levitation France à Angers. Quelques minutes avant leur montée sur la scène du Quai, elles ont abordé en toute honnêteté leur vie sur la route, de la monotonie des stations essences à la nécessité, pour s’accomplir, d’avancer sans trop se retourner. Continuer « La Luz : « On n’a pas besoin d’un homme pour partir en tournée. » »

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Go-Kart Mozart : Rock Me Amadeus (1999)

Lawrence / Photo : Olivier De Banes

Lors de l’hiver 1999, nous partions à Londres retrouver l’excentrique Lawrence, porté disparu depuis deux ans et la compilation de Denim, Novelty Rock, épitaphe malgré elle d’un projet rétrofuturiste incompris. Ce génie pop précurseur de nombre de tendances était alors sur le point de revenir avec sous le bras un disque farfelu mais addictif, Instant Wigwam And Igloo Mixture, enregistré sur son propre label sous le nom de Go-Kart Mozart. Dans son minuscule appartement londonien, l’ex-tête pensante de Felt – et l’un des artistes le plus doué et respecté de sa génération – racontait alors dans le détail un itinéraire semé d’embûches, sans oublier de parler des femmes et de Lou Reed. Continuer « Go-Kart Mozart : Rock Me Amadeus (1999) »