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Selectorama : Fly Ashtray

Fly Ashtray back in the days / Photo : DR
Fly Ashtray back in the days / Photo : DR

Un obscur webzine américain a décrit à raison Fly Ashtray comme “le meilleur groupe dont vous n’avez jamais entendu parler du monde”. S’ils n’ont étrangement jamais atteint la notoriété de formations esthétiquement proches comme Pavement, Sonic Youth, Half Japanese, Sebadoh ou Yo La Tengo, les quatre New Yorkais originellement formés dans le Bronx ont néanmoins toujours fait l’objet d’un micro-culte de la part de quelques fidèles. Alors qu’ils ont commencé à jouer en… 1983 ! Et en une bonne vingtaine de disques sortis depuis, les quatre vétérans sont pourtant très loin d’avoir dit leur dernier mot. La preuve avec leur tout dernier album Most of All Have Fun, qui impressionne par son souffle et son inspiration, comme si le groupe avait gardé intacte sa sève créatrice et que ses membres infatigables se faisaient plaisir comme à vingt ans. Continuer la lecture de « Selectorama : Fly Ashtray »

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P. Hux, Purgatory Falls (Nine Eighteen Records, 2001)

Richard Willett Miller, un peu moins inconnu sous le pseudonyme de Parthenon Huxley, est mort vendredi dernier, quelques jours à peine après son soixante-dixième anniversaire. Dans la longue liste des faire-part mortuaires de saison, il y a toutes les raisons pour que celui-ci passe plus inaperçu que beaucoup d’autres. C’est injuste mais c’est logique. Pour la plupart des amateurs de chez nous, les occasions d’entrapercevoir ce nom peu familier – a fortiori celles d’entendre ses compositions – ont été rares : une invitation à jouer du tambourin sur Cynical Days sur Oranges & Lemons (1989) de XTC, une participation en tant que musicien, producteur et co-auteur de quelques morceaux sur A Man Called (E) (1992) et Broken Toy Shop (1993), les deux albums solos de Mark Oliver Everett alias E, avant qu’il ne se lance dans l’aventure Eels. C’est à peu près tout. Il y a pourtant bien des richesses à redécouvrir dans les fragments d’une discographie confidentielle, qui s’est étendue par intermittence sur cinq décennies. Continuer la lecture de « P. Hux, Purgatory Falls (Nine Eighteen Records, 2001) »

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Good Flying Birds, Talulah’s Tape (Carpark)

Décidément, le Midwest nous aura bien gâtés en 2025. Tandis que du côté de Chicago, Sharp Pins aura fait les délices des fans des Beatles et d’Alex Chilton en publiant son somptueux Balloon, Balloon, Balloon, les Good Flying Birds – basés à Indianapolis – n’auront pas non plus démérité en sortant leur enthousiasmante compilation-rétrospective Talulah’s Tape. Thurtson Moore himself a d’ailleurs récemment fait figurer leur album dans son monumental top 350 de 2025 (oui vous avez bien lu, son top 350 !!!) S’ils se sont formés en 2021, les Good Flying Birds étaient passés sous les radars, du fait de n’avoir fait connaître leurs enregistrements que par l’intermédiaire de posts sporadiques sur Youtube et via une cassette 4 titres plus ou moins introuvable. Continuer la lecture de « Good Flying Birds, Talulah’s Tape (Carpark) »

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Lael Neale, Altogether Stranger (Sub Pop)

Lael NealeOn imagine que Lael Neale écrit à l’aube, dans le silence de Los Angeles, perchée sur les hauteurs de Sunset Boulevard. Ce troisième album chez Sub Pop creuse sa découverte de l’Omnichord — cet instrument un peu primitif et futuriste à la fois, une sorte de boussole fêlée qui porte en lui l’écho de l’autoharp de Dolly Parton et June Carter. Et à Lael de nous offrir ce double retour étrange d’un hybride analogique et proto-synthétique. Le disque défile depuis sa voix singulière qui se glisse dans un vaste creux de l’histoire de la musique américaine pour y tracer sa propre ligne. Comme ces routes sinueuses dans les films, le travelling ici est en VHS, le montage sonique avec son acolyte Guy Blakeslee. Continuer la lecture de « Lael Neale, Altogether Stranger (Sub Pop) »

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Les 100 bonnes choses de Jeffrey Lewis

Jeffrey Lewis
Jeffrey Lewis / Photo : DR

Arrivé à la fin de la deuxième face du dernier disque de Jeffrey LewisThe Even More Freewheelin’ Jeffrey Lewis – qu’une jolie bien inspirée m’a offert à Noël-, je me maudissais intérieurement de ne pas avoir fait figurer cet album dans mon top de fin d’année. Comment avais-je pu passer à côté de ces dix titres plus admirables les uns que les autres ? Et comment mes camarades de Section26 avaient-ils eux aussi pu n’en faire aucune mention ? Quoi qu’il en soit, je ne pouvais que constater que le génial New Yorkais, seul rescapé du mouvement anti-folk à avoir conservé intacte son éthique, n’avait peut-être jamais autant maîtrisé son art, parvenant comme il en a toujours eu le secret à marier une lucidité un peu désespérée avec l’humour et l’autodérision d’un Woody Allen, comme un Woody Guthrie qui se serait fait l’émule de Schopenhauer mais aurait su surmonter son blues grâce au rire. Continuer la lecture de « Les 100 bonnes choses de Jeffrey Lewis »

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Now, Now Does the Trick (K Records / Perennial)

NowLumière de fin d’après-midi. Cassettes criblées. Films en 8 mm. Bordées sans fin de ces trottoirs américains qui sont à peine des surfaces sur lesquels marcher, des portes de garage ouvertes ou fermées. Ça, c’est pour le décor. NowWilliam Smith (Cindy), Hannah Forrester (Thunder Boys), Oli Lipton (Cindy, Violent Change) — c’est un trio DIY de la baie de San Francisco avec une prédilection les romans pulp, les beat groups, le glamour et les films de série B. Un premier disque, Saturday’s Child, masterisé par Saint-Kramer. Maintenant : K/Perennial en badge de scouts de l’indie. Douze poèmes mélodisés — The Ballad of Joy Bang, Careening, In Pathécolor, Pointe Shoes — des titres qui sonnent comme des rêves épinglés sur des murs de papier peint à motifs. Une pop onirique-érudite. Il faut aimer les maniéristes, moi j’adore. Continuer la lecture de « Now, Now Does the Trick (K Records / Perennial) »

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Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp)

La musique électronique, dans ses formes les plus modernistes et avant-gardistes, a toujours eu une dimension conceptuelle. Que l’on évoque, au hasard, Chiastic Slide d’Autechre (1997) ou Prototypes d’Alva Noto (2000), un rigorisme formel s’impose à l’auditeur.rice. On pense à ce qu’écrivait Jonas Mekas à propos du cinéma « structurel » (Michael Snow, Ken Jacobs) : la « manipulation consciente » (1) de formes. Un art qui se définit par un haut degré de réflexivité, par la place centrale qu’il accord au matériau – ici le medium électronique. Or c’est précisément depuis ce bord le plus souvent spéculatif, mais en empruntant une voie qui lui serait légèrement oblique, que Daniel Lopatin élabore depuis une grosse vingtaine d’années l’une des œuvres les plus importantes du répertoire contemporain – sous différent allias (Chuck Person, Ford & Lopatin, etc.) mais aussi et surtout avec Oneohtrix Point Never, son projet le plus célèbre et marquant. Continuer la lecture de « Oneohtrix Point Never, Tranquilizer (Warp) »

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The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976)

Flamin GrooviesDes groupes américains ou anglais ont parfois trouvé davantage de résonance en France que dans leur pays d’origine. Des Real Kids en passant par les Inmates, nombreux furent ceux à trouver un public enthousiaste dans l’Hexagone. Les Flamin’ Groovies font indéniablement partie de cette formidable confrérie informelle d’esthètes et de dandies. Groupe poissard par excellence, les Californiens ne pouvaient que fasciner les Français. En effet, il y a chez ces groupes un truc qui colle parfaitement à l’éthos franchouillard : cette passion pour les perdants magnifiques. Nous avons d’ailleurs les nôtres avec les géniaux Dogs. Les amateurs de rugby ne nous contrediront pas, le french flair, l’esprit de combativité et tous ces honneurs sans médaille sont intrinsèques à un certain esprit français. Le parcours des Flamin’ Groovies présente ainsi quelques similitudes avec le XV de France : premier dans les cœurs, jamais sur le podium. Continuer la lecture de « The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976) »