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Arpanet, Wireless Internet/Inertial Frame (Record Makers/Bigwax)

Dans More Brilliant than the Sun (1), livre considéré comme culte et étude définitive sur l’afrofuturisme, le théoricien et critique Kodwo Eshun élabore la catégorie de “Sonic Fiction” pour rendre compte du potentiel narratif et fictionnel de tout un pan de la musique afro/anglo-saxonne. Du jazz à la Jungle, en passant par le Dub, le Hip Hop et bien évidemment la techno, autant de courants qui ont en effet pu participer à la configuration d’un continuum esthétique marqué par une grande tonalité SF et futuriste. Que l’on évoque les fantasmagories cosmiques et l’imaginaire spatial de Sun Ra, ou les assauts militaro-cyberpunks et militants du label Underground Resistance, la puissance de configuration fictionnelle portée par ces musiques apparaît comme l’une de leur caractéristiques essentielles. Continuer la lecture de « Arpanet, Wireless Internet/Inertial Frame (Record Makers/Bigwax) »

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The Strokes, Is This It (Rough Trade, 2001)

Il y a 20 ans jour pour jour sortait le premier album des new-yorkais.

Eté 2001, retour du classico Benicassim/Route du Rock pour rédiger un mémoire de DEA (MTV : Reflet ou création d’une jeunesse américaine ?) sur mon Imac turquoise, un an de travail délaissé pour la table du Pop In ou le dancefloor du Pulp à effectuer en trois semaines. Les affiches des deux festivals reflètent parfaitement l’époque, un mélange de passé et de présent, rarement de futur. Il y a des groupes « britpop » qui essaient coûte que coûte de se débarrasser de cette étiquette gênante, venus présenter sans enthousiasme « l’album de la maturité » (Pulp, The Divine Comedy), des routiers (Mogwai, Ash, James, Belle & Sebastian), des américains cultes (Big Star, Frank Black, Low, The Flaming Lips), des artistes « dépressifs » (Clinic, I Am Kloot pour les britanniques, Yann Tiersen et Françoiz Breut pour les bretons) et de sympathiques groupes électro-pop que les vingt dernières années auront presque effacé de la mémoire collective (Superheroes, Ladytron, Zoot Woman). L’excitation est plus à chercher du côté de la scène « électronique » (Basement Jaxx, The Avalanches, Freestylers) ou pour les amateurs du genre, des groupes rétro-pop espagnols qui ont le mérite de ne pas se prendre au sérieux et de s’habiller correctement. Les seuls non-ibères à cocher ces deux dernières cases sont les New-Yorkais d’Interpol, ravis d’être là alors qu’ils n’ont pas encore sorti d’album.
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The Reds, Pinks & Purples, Uncommon Weather (Tough Love / Slumberland)

Par deux fois, on a cru qu’il se produirait. La première, c’était en 2008 au moment de la sortie de Gorgeous Johnny, puis lors de la parution de Rough Frame en 2010.  Depuis You Might Be Happy Someday, le miracle tant attendu semble enfin s’être réalisé. Glenn Donaldson reçoit enfin l’attention qu’il mérite depuis 20 ans. Ses disques se vendent comme des petits pains et font l’objet de rééditions. Aussi, la moitié de l’année 2021 ne s’est pas encore écoulée que le Franciscanais a déjà fait paraître trois nouveaux albums. Commençons donc par des excuses, car les très beaux disques de Painted Shrines avec Jeremy Earl de Woods et Vacant Gardens aux côtés de Jem Fanvu méritent également leurs chroniques.  Mais voilà, puisque faute de temps, il ne faut en choisir qu’un, et parce que c’est probablement le plus singulier, le plus intime, à la fois le plus dénudé et le plus mystérieux – comment peut-on faire d’aussi jolies chansons avec si peu de moyens sans jamais lasser ? – c’est à nouveau d’un album de The Reds, Pinks & Purples dont il s’agira. Continuer la lecture de « The Reds, Pinks & Purples, Uncommon Weather (Tough Love / Slumberland) »

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Rain Parade, Emergency Third Rail Power Trip (1983, Enigma)

1983 est une année importante pour la musique pop. La sortie du synthétiseur DX7 contribue à drastiquement changer le son de la pop mainstream. Les synthétiseurs font certes de régulières apparitions dans les charts depuis les années soixante dix, mais ils sont souvent utilisés dans un contexte organique. Au début des années quatre-vingt, le paradigme change. Il est possible d’envisager des productions réalisées à 100% avec des outils électroniques, comme des boîtes à rythmes, des samplers (pour ceux qui en ont les moyens), des séquenceurs. La bascule est radicale. Au zénith de la culture yuppie et de la célébration de la réussite, tout le monde adopte ce nouveau son. Signe de modernité triomphante, il ringardise instantanément le reste. Un village gaulois résiste cependant dans l’ombre. Continuer la lecture de « Rain Parade, Emergency Third Rail Power Trip (1983, Enigma) »

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Adrianne Lenker, Songs / Instrumentals (4AD)

I cover you with questions
Cover you with explanations

On va faire en sorte de ne pas.
On va faire en sorte de décrire sans couvrir.
Adrianne Lenker – incontournable depuis le coup double commis avec Big Thief, deux albums infinis publiés en six petits mois du monde d’avant –, dans la parenthèse imposée à ce qui semblait devenir un Never Ending Tour, a enregistré un double album solo qui semble devoir être son Blood on the Tracks.
Semble-t-il.
On n’est pas bien sûr mais la référence, si elle biaise, n’écrase même pas car c’est là.
C’est ça.
C’est un album dont la toute première écoute est l’occasion du surgissement entre deux portes, entre deux autres chansons, de Zombie Girl, qu’on va tenter avec toute la conscience de notre présente mission de ne pas jouer en boucle durant une petite semaine – vous, vous pouvez, vous êtes libre de, et de ne pas en rester là.

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La roue de l’enthousiasme

Quatre singles signés Big Thief, Aimee Mann, Hand Habits et Shannon Lay dans la moulinette des sorties

"Sparrow", Big Thief.
“Sparrow”, Big Thief.

Vous vous en sortez avec les réseaux ?

Moi, non, d’ailleurs j’ai arrêté. C’est impossible. Ce n’est pas tenable. Ce n’est pas possible de s’en tenir à – je regarde – les cerveaux brûler – les cerveaux brûler.

J’ai passé des lustres à contempler et à me contempler, moi, ou des idées de moi, ou des idées d’un moi, dans les réseaux, sans parvenir à apercevoir toujours les chansons, ni qui les écrit. Pas toujours ne veut pas dire – jamais – pas toujours veut dire – pas toujours.

On y trouve de belles amitiés, beaucoup de chevaliers blancs – et le plus grand des chevaliers blancs, le moi, qu’il se tienne au-dessus de la bataille, le fier, ou qu’il y plonge – comme s’il y avait une bataille. Comme s’il y avait toujours quelque chose à rectifier. Continuer la lecture de « La roue de l’enthousiasme »

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V/A, Back From The Grave Vol. 1 (Crypt Records, 1983)

En 2014, dix-huit ans après le précédent volume, sortaient les compilations Back From The Grave 9 et 10 : un événement tant cette série a marqué profondément la scène garage. L’histoire démarre au début des années quatre-vingt. À cette époque, la compilation Nuggets fait de nombreux émules. Parmi eux, la série Back From The Grave s’impose comme une des références absolues pour le garage-rock cru et brut. Le premier volume paraît en 1983. Il fait suite à des disques tels que les Pebbles de Greg Shaw (1978), Off The Wall (1982) ou la série Mindrocker (1981). Si l’objectif de l’anthologie créée par Lenny Kaye et Jac Holzman était de mettre ensemble des bons morceaux à moitié oubliés, souvent des petits tubes, celui de Tim Warren est un peu différent. L’Américain est en mission. Il cherche dans les tréfonds de la production états-unienne, des morceaux pas du tout professionnels, portés par un esprit sauvage et débraillé. Continuer la lecture de « V/A, Back From The Grave Vol. 1 (Crypt Records, 1983) »

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Big Star, #1 Record (Ardent, 1972)

Big Star est le groupe préféré de vos groupes préférés (The Posies, Teenage Fanclub, REM, The Replacements, Wilco, Primal Scream, The Bangles, Elliott Smith, etc). Comme Nick Drake ou le Velvet Underground à d’autres époques, la formation de Memphis est culte, avec ce que cela comporte de gloire et de tristesse. Pourtant, il est très facile de passer à coté de la beauté de Big Star tant leur approche a quelque chose de modeste et d’épurée. L’épiphanie ne viendra peut être pas à la première écoute, mais si vous aimez une certaine idée de la musique pop, elle finira fatalement par arriver. Nous vous gardons bien au chaud une carte de membre du fan club zélé. Continuer la lecture de « Big Star, #1 Record (Ardent, 1972) »