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Saint Etienne, Foxbase Alpha (Heavenly Recordings / PIAS)

Saint Etienne Fox Base Alpha1991. Pas vraiment une année comme les autres pour le milieu indie britannique. Pourtant, un presque trente ans après les faits, on a oublié. Oublié à quel point elle s’est s’avérée déterminante dans la définition des canons musicaux d’une décennie à peine amorcée… En plein mois de novembre, le label Creation Records, pas encore “anobli” par la découverte d’Oasis, publie trois albums qui vont faire date. My Bloody Valentine force le bruit à se mettre au service des mélodies le temps du rougeoyant Loveless ; sous un ciel étoilé, Teenage Fanclub revisite le classicisme des années 60 avec l’imparable Bandwagonesque ; Primal Scream, enfin, se réinvente grâce au lumineux Screamadelica, où il fait convoler rock et house en justes noces et invite la musique de danse sur la platine du salon.
Ce disque est, pour beaucoup, l’équivalent d’une année Zéro : il anéantit les dernières frontières et ouvre de nouveaux horizons à des adolescents qui deviendront plus tard The Chemical Brothers ou Daft Punk. Mais Bobby Gillespie et ses acolytes ne sont pas les seuls à dessiner les contours d’un néo(n)-futur. Continuer “Saint Etienne, Foxbase Alpha (Heavenly Recordings / PIAS)”

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Arab Strap, The Week Never Starts Round Here / Philophobia (Chemikal Underground)

Deux ploucs. Deux sales ploucs indignes et cradingues, à première vue un groupe de nazes, de pouilleux complets, d’alcoolos malpropres insortables, de pue-la-bite en maraude. Telle est notre première réaction amusée devant l’arrivée de The Week Never Starts Round Here, premier album d’Arab Strap, un sombre jour de novembre 1996. Car ils n’ont pas fière allure, les deux zouaves de Falkirk, petite ville écossaise paumée au Nord de Glasgow, plus connue pour son passé industriel et sa célèbre bataille qui, en 1298 mit fin aux velléités indépendantistes de William Wallace, que pour son présent morose et dont la seule contribution à l’histoire du rock tient, à l’époque, dans le fait qu’elle soit la ville natale d’Elisabeth Frazer des Cocteau Twins. Continuer “Arab Strap, The Week Never Starts Round Here / Philophobia (Chemikal Underground)”

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Jay Reatard : La fièvre dans le sang

Retour sur l’une des grandes figures cultes du garage-punk américain des années 2000

Jay Reatard
Jay Reatard

Le 4 août 2009, Jay Reatard sortit son tout dernier album ; le disque s’intitulait Watch Me Fall (1). Le chanteur avait alors expliqué (2) que ce titre était une sorte de message adressé à certaines personnalités “toxiques” de son entourage : “Un jour, je me suis rendu compte qu’un bon nombre des personnes que je côtoyais n’avaient plus rien à faire dans ma vie. Cela concernait autant des amis de longue date que des personnes avec lesquelles j’avais l’habitude de traîner ou de travailler. Les gens deviennent souvent amers et aigris lorsqu’ils ont le sentiment d’être délaissés. Or je n’ai plus de temps à perdre avec ce genre de problèmes. Ce titre, Watch Me Fall, est un peu ma réponse à ces anciens amis qui rêvaient de me voir échouer.

Jay Reatard, "Watch Me Fall"
Jay Reatard, pochette de “Watch Me Fall”

Jusqu’à cet été 2009, la carrière musicale de l’impétueux Jimmy Lee Lindsey (3) s’était déroulée à une vitesse fulgurante, puisqu’il avait trouvé le moyen d’enregistrer pas moins de dix-huit albums (4) ainsi qu’une pléiade de 45 tours et d’EPs en moins de douze ans. Pour lui, le point de bascule fut la réalisation du foudroyant Blood Visions, son premier disque solo, en octobre 2006. Enregistré en complète autonomie au cours de l’été 2005 entre sa maison de Memphis et l’appartement d’Alix Brown, sa petite amie d’alors, à Atlanta, ce disque avait été une sorte de coup de maître, une œuvre visionnaire construite sur une quinzaine de giclées punks, frénétiques, étourdissantes et terriblement accrocheuses. À l’époque, pris dans le flux continu des sorties, le disque ne connut qu’un succès mitigé, mais sa réputation grandit peu à peu au point de finalement lui permettre d’être considéré comme l’un des grands albums cultes de la décennie. En 2009, Jay Reatard avait déjà rattrapé une importante partie de son retard en termes de notoriété. Watch Me Fall, son deuxième album solo, sortait chez Matador, ce qui lui ouvrait de fait un horizon commercial bien plus vaste que celui dont il avait pu bénéficier pour ses sorties chez Goner ou Empty (5) notamment. Après des années de production stakhanoviste au sein des circuits secondaires du rock américain, cet héritier turbulent des Oblivians et de tous les héros plus ou moins maudits de la scène garage-punk américaine se retrouvait enfin en pleine lumière, prêt à se révéler au plus grand nombre. Malheureusement, le 13 janvier 2010, soit quelques semaines seulement après la sortie de son second album solo, Jay Reatard décédait dans son sommeil des suites d’une mauvaise combinaison d’alcool et de cocaïne. Il avait 29 ans. Continuer “Jay Reatard : La fièvre dans le sang”

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Vaughan Oliver par ceux qui l’ont aimé

Une célébration du travail de l’immense graphiste pour le label 4AD

Vaughan Oliver
Vaughan Oliver / Photo Giles Revell via Designboom

Il est rare que les fans de musique pleurent la disparition d’un artiste n’ayant jamais enregistré la moindre note. C’est ce qui s’est passé fin décembre avec le décès du designer Vaughan Oliver. Ses pochettes de disques inventives, intrigantes, parfois dérangeantes pour les Pixies, Cocteau Twins, Lush et tant d’autres ont transporté les auditeurs dans un univers unique. Parfois plus que celui de la musique des artistes pour lesquels il travaillait. Section26 a voulu lui rendre hommage en recueillant les témoignages de quelques-uns de ses collaborateurs, amis ou fans. Autour de leur pochette préférée de Vaughan, ils évoquent pour nous des expériences de travail insensées, les traits de caractère bien marqués de l’un des plus grands graphistes de sa génération, ou simplement le choc de la découverte de son travail. Continuer “Vaughan Oliver par ceux qui l’ont aimé”

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Vaughan Oliver by the ones who loved him

A celebration of the work of 4AD’s unforgettable art director

Vaughan Oliver / Photo Giles Revell via Designboom
Vaughan Oliver / Photo Giles Revell via Designboom

It is very rare that music fans mourn the loss of an artist who has never recorded a single note. Yet this is exactly what happened when we lost the designer Vaughan Oliver at the end of December. His inventive, intriguing and often downright disturbing album covers for Pixies, Cocteau Twins, Lush and so many others, transported listeners to his unique universe. Sometimes more so than the very music of the artists for whom he worked.
Section26 wanted to pay tribute to him by collecting the memories of some of his collaborators, friends and fans. It’s by remembering the album design which marked them most that they recall their extraordinary experiences of working alongside him, his singular character traits or simply the shock of discovering his work for the first time. Continuer “Vaughan Oliver by the ones who loved him”

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Selectorama : A Girl Called Eddy

Erin Moran / A Girl Called Eddy
Erin Moran / A Girl Called Eddy

C’était il y a quinze ans, pendant l’été – et la saison était plutôt bien choisie : le premier album d’une chanteuse américaine dont le nom d’artiste avait tout pour (me) plaire – A Girl Called Eddy, en clin d’œil même pas dissimulé à A Girl Called Dusty – sortait un premier album formidable de pop vintage. Un album qui devait beaucoup à la période charnière des années 1960 et 1970, aux filles dont le prénom se terminait par le son « i » et au savoir-faire d’un admirateur métamorphosé en producteur, le toujours hautement recommandable Richard Hawley. D’une voix légèrement voilée, Erin Moran chantait avec cette pointe de mélancolie qui rythme si souvent la vie des mélodies jolies comme des cœurs, parfaitement servies par des arrangements d’un autre temps. En dix compositions et une reprise, la jeune femme surgie d’un peu nulle part signait le genre de disque qui allait faire que nos nuits allaient être pendant plusieurs mois plus belles que vos jours. Continuer “Selectorama : A Girl Called Eddy”

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Holiday Ghosts

Holiday Ghosts
Holiday Ghosts

Du côté de Falmouth, petite ville des Cornouailles située en bord de mer au sud-ouest de l’Angleterre, Katja Rackin (chant et batterie) et Samuel Stacpoole (chant et guitare) ont su apporter un joli bol d’air frais dans le monde de la pop à guitares avec leur formation Holiday Ghosts. In my Head, premier single en 2017, très inspiré par The Clean, a instantanément figuré dans ma playlist du moment. Continuer “Holiday Ghosts”

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Corte Real, Pays Vaincus (La Souterraine)

Corte RealIl est toujours facile de moquer les tops et autres listes de préférences qui fleurissent chaque fin d’année, quand on est toujours sûrs de ses goûts bien arrêtés, que rien, ni personne, ne pourra jamais bousculer. C’est un peu l’inverse chez moi, la musique restant pour toujours ce matériau bien mystérieux, comme des sables mouvants sur lesquels j’avance continûment et imprudemment, au risque d’être aspiré ici ou là, sans crier gare… Mon cœur d’artichaut, baigné de ce spleen de fin d’année, n’attendait que ça : être englouti, à quelques heures du minuit fatal, par le très beau disque de Corto Real, repéré, entre autres, dans le top de Baptiste W. Hamon pour les amis de Pop News, Pays vaincus. Continuer “Corte Real, Pays Vaincus (La Souterraine)”