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Ela Orleans – Movies For Ears (Night School Records)

C’est une histoire un peu embrumée où circulent un écrivain argentin, Dante Alighieri, deux Gustave (Moreau et Doré), Paris, Glasgow, une chanteuse itinérante, pas mal d’eau de vie et une chronique de disque… Avouons-le,  certaines sont de véritables purges à écrire. Parfois, on oublie ce qu’on a raconté une semaine après avoir posé le point final, puis on se relit honteusement (« Ce n’est pas moi, tout de même, qui ai écrit ça ! »). Rarement, quand l’évidence s’impose, c’est tout l’inverse. La première fois que j’ai rencontré une telle évidence, c’était il y a dix ans. Depuis, si ma chronique s’est égarée dans l’amnésie du web, je n’ai jamais cessé de réécouter Lost (2009), le disque confidentiel qu’un précieux petit label nommé La Station Radar avait eu la gentillesse de m’envoyer. Continuer la lecture de « Ela Orleans – Movies For Ears (Night School Records) »

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Selectorama : Malik Djoudi

Malik Djoudi
Malik Djoudi / Photo Hannah Molin

Si on le voit dériver hors du monde sur la barque instable du clip de Tempérament, le single déjà connu qui ouvre son deuxième disque et lui donne son titre (Tempéraments, au pluriel), gageons que la carrière multiple de Malik Djoudi a déjà tangué et visité des océans d’indifférence, avant que sa musique ne se fasse véritablement remarquer. Le Poitevin d’origine en a eu des projets divers, des groupes anglophiles du cru Alan Cock, Kim Tim ou Moon Pallas, à une commande pour la télé-réalité, lui permettant de déranger ses influences indies anglo-saxonnes pour trouver son style en retrouvant son chant (en français) pour dévoiler en son nom propre un premier album auto-produit Un (2017). Continuer la lecture de « Selectorama : Malik Djoudi »

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Lucille Furs, Another Land (Requiem Pour Un Twister)

On en revient, une fois de plus, à l’époque – la fin des années 1970 – où Paul Weller se trimbalait avec cette pancarte autour du cou, en réponse aux accusations d’une certaine presse britannique lui reprochant déjà d’être allé piocher sa garde-robe et ses références musicales parmi les archétypes remisés du mouvement Mod : “ How can I be a fucking revivalist when I’m only eighteen ? ”

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À Trois Sur La Plage, À Trois Sur La Plage (Gone With the Weed)

Le Disquaire Day se profile dans quelques jours, l’occasion d’aller traîner du coté du Point Éphémère pour faire ses emplettes chez les maisons de disques indépendantes hexagonales. Parmi les nombreux noms (Howlin Banana, Buddy Records, Le Turc Mécanique, Third Coming Records), un label jamais évoqué ici : Gone With The Weed.  À travers des K7, 45 tours ou flexi, Erika et Émile ont construit un catalogue passionnant traçant des parallèles entre diverses scènes à travers le monde (Australie, France, États-Unis).

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Portfolio : The Young Gods à La Maroquinerie, le 22 mars 2019

The Young Gods, La Maroquinerie

Le 22 mars dernier, The Young Gods étaient à Paris, à La Maroquinerie, pour la seconde date de la tournée de présentation de leur nouvel album, Data Mirage Tangram.

Ça s’est passé à Rennes en 1987 et c’était à l’Ubu. Je me souviens d’être entré dans la moiteur de l’arène déjà bondée et d’être resté figé, saisi par le concert, stupéfait. Je me souviens encore du son, de ce sentiment de connaître soudain la puissance absolue. Compressée, la petite foule se tenait face à la scène, écrasée dans sa masse compacte, totalement sidérée. Je me souviens de cet homme qui se tenait face à nous, les bras comme de larges ailes, suspendu dans le couloir du temps. Ils n’étaient presque rien : un trio de jeunes dieux mais inconnus de tous. Ils avaient le pouvoir de déchaîner une tourmente de cordes à partir d’un clavier. En 1987 les Young Gods entraient dans la légende. Continuer la lecture de « Portfolio : The Young Gods à La Maroquinerie, le 22 mars 2019 »

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Shaun Ryder, Wrote For Luck : Selected Lyrics (Faber & Faber)

Bez Shaun Ryder Happy Mondays
Bez et Shaun Ryder, Happy Mondays.

À 56 ans, Shaun Ryder continue régulièrement à tenir le micro sur scène lors de reformations de ses groupes Happy Mondays et Black Grape. Le livre en langue anglaise Wrote For Luck : Selected Lyrics édité par Faber & Faber réunit 28 des textes des chansons de celui en qui feu Anthony Wilson, responsable du label Factory, jamais en retard d’un compliment ou bien d’un bon mot pourvu que cela fasse parler, distinguait un poète égal de William Butler Yeats. Une comparaison dans un premier temps difficile à confirmer, faute de paroles imprimées avec les disques, tout comme l’aptitude naturelle à déchiffrer l’accent de Manchester, de toute façon guère évocatrice de ce côté-ci de la Manche…

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Alexis Hache, Eagles – Life In The Fast Lane (Le Mot Et Le Reste)

Eagles, avec Glenn Frey, Don Felder, Don Henley, Joe Walsh et Timothy B.Schmitt

L’étonnante vérité a resurgi le 18 janvier 2016, au moment du décès de Glenn Frey. A longueur de posts, sur des réseaux sociaux pourtant prompts à célébrer à titre posthume les figures musicales les plus secondaires pour mieux étaler leurs R.I.P.’s à l’air libre, ne s’affichaient quasiment que proclamations hostiles et déclarations de détestation ostentatoire. On ne pouvait manquer d’être surpris en constatant à quel point il semblait toujours aussi cool de témoigner publiquement, en plein XXIème siècle, d’un rejet radical des créateurs d’Hotel California. Un tel dégoût, en effet, ne permet même plus depuis bien longtemps – si tant est que cette possibilité ait jamais existé – de recueillir les bénéfices symboliques associés aux prises de position outrageusement distinctives et paradoxales, celles qui accompagnent communément l’exercice désormais ritualisé et convenu consistant à exploser à coup de grenades rhétoriques les vaches sacrées. Disserter sur un ton péremptoire à propos de la nullité absolue des Beatles, pourquoi pas ? L’art du contre-pied peut encore amuser quand il demeure teinté d’audace et qu’il n’est pas systématique. Pour ce qui est des Eagles en revanche, le consensus est depuis trop longtemps gravé dans le marbre des certitudes officielles pour que l’opération de démolition présente le moindre intérêt. Continuer la lecture de « Alexis Hache, Eagles – Life In The Fast Lane (Le Mot Et Le Reste) »

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Simon Clair, Lizzy Mercier Descloux, Une Eclipse (Playlist Society)

Lizzy Mercier Descloux
Lizzy Mercier Descloux, NYC, 1979 / Photo : Michel Esteban

La chronique récente d’Accident parue dans ces pages fut également un prétexte pour évoquer des blogs devenus labels. Nous aurions tort de négliger l’apport culturel de ces sites, bricolés sur des plateformes de publication comme blogger ou wordpress. Ces symboles des années deux-mille ont en effet marqué, par leur ouverture et leur curiosité, un paysage journalistique peut-être un poil conservateur. Comme le fanzine précédemment (et à nouveau?), toute une génération de rédacteurs, critiques, passeurs et autres pigistes s’est formée dans ces médias à forme libre, largement personnelle. Certains des plus doués sont passés du coté de la presse traditionnelle et y ont amené leur spontanéité, d’autres ont, quant à eux, choisi de prolonger l’expérience sur d’autres supports. Continuer la lecture de « Simon Clair, Lizzy Mercier Descloux, Une Eclipse (Playlist Society) »