Black Box Recorder, Londres 1998 / Photo : Ramón Escobosa
Le temps passe toujours un peu plus vite mais il reste quand même quelque chose de rassurant : se dire que finalement, tout (oui, ou presque) reste possible. En tout cas, c’est à peu près (oui, ou plutôt très exactement) ce que j’ai pensé quand j’ai appris un peu plus tôt cette année la reformation de Black Box Recorder le temps d’abord d’un concert londonien, puis d’un concert parisien – ce vendredi 24 septembre, mais c’est complet je crois. Aujourd’hui, je ne suis pas certain que tout le monde se souvienne de Black Box Recorder. Mais dans les bureaux de la RPM canal historique, la découverte de l’existence d’un tel projet avait sans doute été fêté par une semaine d’apéritifs – non pas parce que dans ce trio mixte, figurait le spécialiste de l’humour vache et noir, Luke Haines, enfant presque chéri des critiques (de part et d’autre de la Manche, mais surtout sur nos rivages) qui avait su faire sien l’art du contre-pied : d’un disque sous très forte influence The Go-Betweens à un album produit par l’ascétique Steve Albini, il n’y avait pour lui qu’un pas. Mais dans les locaux de la RPM, c’est surtout la présence de John Moore qui avait provoqué une certaine excitation. Continuer la lecture de « Black Box Recorder : noir, c’est noir »
Le dossier de presse du nouvel album de Tricky annonce rapidement la couleur : Different When It’s Silent est son meilleur album depuis son tout premier, Maxinquaye. Des annonces comme ça, les rédacteurs en reçoivent plusieurs par mois dans leur boîte mail. Dans le meilleur des cas, le disque s’avère plaisant. Mais pas cette fois. Sans être le meilleur depuis Maxinquaye, comment dépasser le chef-d’œuvre claustrophobique Pre-Millennium Tension, Different When It’s Silent se place d’office dans le haut du panier de sa longue et prolifique carrière. Il aura pourtant fallu l’intervention d’Alan McGee, son nouveau manager et ancien boss de Creation Records (Oasis, Teenage Fanclub, My Bloody Valentine, etc.), pour que ce projet sorte sous son nom. En deuil depuis le décès de sa fille en 2019, Tricky voulait se faire discret et travaillait pour d’autres ou sous un autre nom. Le deuil est encore présent sur ce disque ; il crée une tension inédite qui, ajoutée à un côté brut et à la voix de Mitch Sanders, donne toute sa force à Different When It’s Silent. Car, pour la première fois, Tricky sort un disque où les voix masculines dominent. C’est autour d’une table, en terrasse d’un café parisien, que nous avons rencontré un des artistes les plus en marge du business. Habité, honnête, direct, généreux et dénué d’ego, il revient à la fois sur son passé, le music business et la genèse de ce nouvel album. L’interview a été préparée avec la collaboration d’Yves-Loïc Tépho. Continuer la lecture de « Tricky : « Le plus grand fléau pour les musiciens, c’est de trop réfléchir » »
Et si la meilleure chanson d’indie pop jamais enregistrée était l’œuvre d’un groupe dont même bien des vétérans des eighties n’ont jamais entendu parler ? Bon ok, je démarre peut-être un peu fort là, mais je n’exagère qu’à moitié, car je tiens vraiment Big Pink de The Cudgels pour une de ces merveilles cachées dont on se demande comment elle n’a pas pu devenir un classique. Continuer la lecture de « « Big Pink » par The Cudgels (1989) »
La première fois, c’était au printemps 2001, au téléphone, dans les bureaux de la RPM : nous avions reçu le mini-album de ce gars dont le nom nous disait bien quelque chose sans savoir où nous l’avions croisé – le principal intéressé nous a rafraichi la mémoire en racontant ses excès avec Longpigs : les sept chansons avaient un gout d’avant, à l’instar d’une pochette au charme suranné et de cette voix à la gravité rassurante. L’homme n’allait pas chômer, en réalisant quelques mois plus tard un premier album aussi magnifique que son titre pouvait le laisser présager, Late Night Final. Nous nous sommes dits alors qu’avec Richard Hawley, ce serait pour la vie – et entre nous, nous n’avions pas vraiment tort. Nous avons alors souvent croisé sa route, comme pour cette interview croisée avec son ami Jarvis Cocker, attablés dans un PMU de la rue Amelot, quelques heures avant que les deux acolytes ne passent des disques dans la cave du légendaire Espace Couleur… Continuer la lecture de « Richard Hawley, au nom du père »
James Hoare (Penny Arcade) / Photo : Titouan Massé
Malgré un des CV les plus impressionnants de l’indie pop de ces dernières années (The Proper Ornaments, Ultimate Painting, Veronica Falls, Your Twenties), James Hoare a pris la décision de se lancer en solo sous le nom de Penny Arcade. Il sort aujourd’hui son deuxième album Double Exposure, album à humeurs variées qui s’est construit autour de deux instruments, l’orgue et la boîte à rythmes. La magie de Hoare est de faire passer des chansons qui pourraient chez d’autres être considérées comme simplement rudimentaires pour des classiques instantanés. Tout a été enregistré dans son home studio, souvent spontanément, et c’est cette impression de proximité avec l’auditeur alliée à la chaleur du son et la mélancolie qui s’en dégage qui fait que Double Exposure se classe parmi les meilleurs enregistrements de Hoare à ce jour. Habitant depuis peu le sud de la France, Penny Arcade va beaucoup s’y produire lors d’une tournée qui commencera par une date à Paris le 4 juin prochain. C’est dans ce cadre que nous l’avons rencontré, au Chaton Indépendant rue Amelot à Paris, dans un des fiefs de l’indie parisienne, pour une interview basée sur ces premières années en solo, mais aussi les Beatles et le vieux Rock’n Roll.Continuer la lecture de « Penny Arcade : « J’utilise ce que j’ai sous la main pour mes morceaux » »
Formé en 1980 et signé sur l’un des meilleurs labels indépendants de l’époque, Creation Records, The Loft avaient tout pour eux. Leur pop, initialement sous influence The Velvet Underground, commençait à gagner en personnalité et en originalité. Les médias et le public commençaient à suivre lorsque le groupe, alors en pleine friction, s’est séparé sur scène, au milieu d’un concert, alors qu’il n’avait sorti qu’un single et un EP. Il n’en fallait pas plus pour que The Loft devienne un groupe culte. Continuer la lecture de « Selectorama : The Loft »
Rachel « Love » Bor avait bien caché son jeu. On connaissait évidemment ses qualités de guitariste, de violoncelliste et bien sûr de chanteuse au sein de Dolly Mixture, groupe de filles solaires qui en pleine ère du punk avait préfiguré la vague indie pop qui allait suivre. Rachel, Hester et Debsey avaient à leur insu fait œuvre de pionnières. A la fin du groupe, en 1984, les fans avaient heureusement pu se consoler avec les disques solos de Debsey Wykes et son groupe Birdie. Mais nous n’avions pu découvrir que très tardivement les talents de compositrice de Rachel, dont le premier disque Picture in Mind n’avait vu le jour qu’en 2021, soit presque 40 ans après la fin officielle de Dolly Mixture ! C’est à cette occasion que Section 26 a eu le privilège d’interviewer Rachel qui avait un peu éclairci le mystère de sa disparition et de sa réapparition. Continuer la lecture de « Selectorama : Rachel Love »