Raisa Khan écrit dans des interstices, à vrai dire entre deux stations de métro, pendant la pause déjeuner, au square pendant que les enfants jouent. Affectionately, son premier album toute seule — en collectif indispensable et à côté on la retrouve chez les merveilleux Good Sad Happy Bad — fait sur laptop à Londres, griffonné donc dans les trains et les bus, pendant les pauses du jour comme une fabrication advenant dans le temps volé au quotidien, c’est cet interstice là qui imprègne chaque morceau d’une douceur un peu usée, d’une tendresse un peu abîmée. Raisa Khan écrit des chansons comme on glisse des petits mots sous une porte — sans signature, sans preuve, sans but, mais avec cette certitude qu’une personne va les trouver. Continuer la lecture de « Raisa K, Affectionately (15 love) »
Étiquette : Lieu : Angleterre
Catégories mardi oldie
The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976)
Des groupes américains ou anglais ont parfois trouvé davantage de résonance en France que dans leur pays d’origine. Des Real Kids en passant par les Inmates, nombreux furent ceux à trouver un public enthousiaste dans l’Hexagone. Les Flamin’ Groovies font indéniablement partie de cette formidable confrérie informelle d’esthètes et de dandies. Groupe poissard par excellence, les Californiens ne pouvaient que fasciner les Français. En effet, il y a chez ces groupes un truc qui colle parfaitement à l’éthos franchouillard : cette passion pour les perdants magnifiques. Nous avons d’ailleurs les nôtres avec les géniaux Dogs. Les amateurs de rugby ne nous contrediront pas, le french flair, l’esprit de combativité et tous ces honneurs sans médaille sont intrinsèques à un certain esprit français. Le parcours des Flamin’ Groovies présente ainsi quelques similitudes avec le XV de France : premier dans les cœurs, jamais sur le podium. Continuer la lecture de « The Flamin’ Groovies, Shake Some Action (Sire, 1976) »
Catégories sunday archive
Edwyn Collins, l’adieu aux armes

Le 8 octobre dernier – vingt ans après les deux AVC qui l’ont rendu handicapé mais jamais à court d’idées –, il est monté pour la dernière fois sur scène dans sa Grande-Bretagne natale. En tout cas, aucun signal ne semble passer au vert pour une éventuelle venue sur le Vieux Continent, mais si tel était le cas, je crois qu’on serait quelques-unes et uns (au hasard, Pascal Blua et Ibon Errazkin en tête) bien décidés à parcourir plusieurs kilomètres pour le (re)voir. Edwyn Collins est pour certaines et certains d’entre nous l’un des acteurs essentiels de cette période où la musique s’est mise à prendre une part bien trop (?) importante dans nos vies – Michel Valente me prête une déclaration fracassante à ce sujet, dans laquelle il serait aussi sujet de foot et de filles, mais je crois qu’il affabule –, une période où il arrivait souvent que nous découvrions un groupe par ses photos, ses interviews ou les mots qu’écrivaient des journalistes britanniques à leur sujet – c’était souvent la course chez New Rose le samedi après-midi pour acheter le dernier exemplaire du Sounds, du NME ou du Melody Maker qui restait de l’arrivage du jeudi précédent (je crois que c’était le jeudi). Continuer la lecture de « Edwyn Collins, l’adieu aux armes »
Catégories mardi oldie
Mark Tranmer (Gnac / The Montgolfier Brothers) à travers ses disques

Il s’en est passé bien des choses depuis ce jour de novembre 2021 où l’on avait brisé les routines mornes d’un énième jour de confinement au fil de cette conversation à distance avec Mark Tranmer. Quelques dizaines de minutes – forcément trop brèves – pour tenter de dresser un bilan synthétique d’un parcours musical qui s’étend désormais sur quatre décennies et au cours desquelles il avait évidemment été question de The Mongtgolfier Brothers, ce duo essentiel formé avec le très regretté Roger Quigley et qui, le temps de trois albums incrustés à proximité du cœur, avait incarné l’une des formes musicales les plus précieuses de la mélancolie. Continuer la lecture de « Mark Tranmer (Gnac / The Montgolfier Brothers) à travers ses disques »
Catégories documentaire
« Pauline Black : A 2 Tone story » de Jane Mingay

Programmé lors du festival de documentaires musicaux de Bordeaux, Musical Écran, le film consacré à Pauline Black, chanteuse de The Selecter, révèle une figure atypique et offre un visage original de l’explosion du ska two-tone en Angleterre. Il retrace surtout le destin d’une femme noire au sein de la pop culture — une dimension souvent occultée. Le ska two-tone connaît un regain d’intérêt. En tout cas, il se patrimonialise avec succès. Série télé, documentaire sur Madness sur Arte, livre sur Terry Hall… Ce courant dit revival, né à la fin des années 70 dans la traînée de poudre du punk, ne se résume plus à un simple sous-genre, une hybridation entre l’héritage jamaïcain et la culture british. Il a acquis ses lettres de noblesse dans la discographie idéale du streaming triomphant. Continuer la lecture de « « Pauline Black : A 2 Tone story » de Jane Mingay »
Catégories mardi oldie
The Cure, The Head On The Door (Fiction / Polydor, 1985)
Ah c’est déjà fini ?
Profitant d’un abrutissement dit du nouveau variant (je me retape un Covid) je me suis permis de me retaper aussi un joyau de l’adolescence, The Head On The Door, paru le 30 août 1985 soit il y a, oui, quarante ans. Et si je suis encore amusé voire sidéré par un certain nombre de choses, c’est surtout sa brièveté qui m’étonne aujourd’hui. Trente-sept minutes et quarante-sept secondes. Qui passent en fait comme un quart d’heure bien agencé d’une convers(at)ion en bonne et due forme. Pour les puristes, fort marris de voir leur groupe chéri au Top 50, une purge, une trahison communautaire. Pour les nouveaux venus, que les autres appelleront bile en tête curistes* une véritable porte d’entrée vers quelque chose de plus important. C’est un disque de réconciliation, de concorde nouvelle, d’un nouveau départ. Continuer la lecture de « The Cure, The Head On The Door (Fiction / Polydor, 1985) »
Catégories interview
Studio Electrophonique : « Je voulais tenter autre chose »

Dans un monde où tout va à cent à l’heure, il n’est pas nécessaire de convaincre James Leesley, seul maître à bord de Studio Electrophonique, que prendre son temps peut rendre nos existences plus riches. Avec seulement vingt-deux titres publiés en sept ans, Leesley a pourtant réussi à s’imposer comme un des songwriters les plus singuliers de sa génération avec une musique minimaliste, flirtant parfois avec le lo-fi, mais avec une vision forte et des idées bien arrêtées. Pour preuve, ce premier album éponyme enregistré sur un huit pistes avec du matériel trié sur le volet qui est accompagné de vidéos somptueuses tournées en système D. Continuer la lecture de « Studio Electrophonique : « Je voulais tenter autre chose » »
Catégories hommage
Soft Cell, beauté osée

Soft Cell, au casque, en arpentant à grandes enjambées la nuit un peu morne d’une ville un peu fade. La rue se voudrait moderne et fun, cool, insouciste, égoissive et jouissante. A cet instant, abandonnée au ressac sans fards de sa réalité revenue avec la nuit, elle n’est que le décor parfait de cette expérience urbaine presque pure, en tous cas intense.
Chorégraphiés par le pulse idéal de machines motownisées avec autant de talent que d’amour, mes pas parcourent la série de fantaisies synthphoniques cruciales qui déploient en moi, une nouvelle fois, leur électricité lyrique, leurs synthèses romantiques. Continuer la lecture de « Soft Cell, beauté osée »