New Order (A Life), #4

Ou comment la musique de New Order infuse dans nos vies.

"Blow Up" de Michelangelo Antonioni (1967)
“Blow Up” de Michelangelo Antonioni (1967)

Je pose le CD sur la platine. La tiédeur du soir entre dans l’appartement. Les premières notes m’emportent toujours vers un autre espace, un autre temps. L’adolescence, oui, sûrement, mais sans que je puisse préciser les contours d’un instant précis. Nul objet ou souvenirs tangibles. Rien sinon l’intensité de la musique. I like walking in the park when it gets late at night. C’est Sub-culture et sa boucle synthétique. C’est Sub-culture et Low-Life, depuis toujours mon disque préféré de New Order, sans doute parce qu’il a été le premier à m’avoir vraiment bouleversé. La chronologie fait parfois toute la différence. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai toujours eu l’impression de n’avoir jamais retrouvé, dans aucun autre album du groupe, cet équilibre précaire et miraculeux à la fois, entre l’énergie rock de ses origines et les sonorités électroniques devenues sa principale signature. Sans doute aussi, jamais depuis Movement un disque de New Order n’a jamais été autant habité par la figure de l’absent, celle de Ian Curtis, de la vague puissante de Sunrise au sommet d’émotion que constitue Elegia. Sub-culture raconte l’histoire d’une possible déambulation urbaine et, comme souvent chez New Order, les paroles se fondent dans la musique. L’atmosphère dégagée par le titre, sur son lit synthétique, compte infiniment plus que le sens. D’ailleurs, celui-ci ne saurait jamais être trop appuyé, ou explicite, car le charme en serait rompu. Il est facile d’imaginer Bernard Sumner écrire quelques phrases sur un morceau de papier, faire coller les mots à la musique qui les précédent, dans l’ivresse de l’instant et toujours une certaine nonchalance. New Order, ou l’art de l’approximation.

Je pose le CD sur la platine. La tiédeur du soir entre dans l’appartement. I like walking in the park when it gets late at night. J’imagine un parc anglais et, étrangement, pense à celui de Blow-Up, à cette autre dérive nocturne, celle à laquelle se prête le personnage joué par David Hemmings dans le film d’Antonioni. L’un des plus beaux fantômes de cinéma, et cette scène, parmi les plus marquantes qu’il m’ait été donné à voir. Un regard à l’œuvre, celui du photographe tentant de vérifier la véracité de ce qu’il a cru voir dans la matière de ses images. La mise à jour d’un possible meurtre par la simple opération de l’agrandissement de quelques tirages papier. L’expérience aussi d’une révélation. Je me dis une nouvelle fois que chaque image est une mise à l’épreuve, et la mort d’un instant vécu aussi, forcément. I like walking in the park when it gets late at night. Les pensées dérivent à leur tour. Si Antonioni n’avait pas fait le portrait du Swinging London en 66 et filmé les Yardbirds, il aurait pu aller chercher l’énergie du rock là où elle se montrait la plus vive, treize ou quatorze années plus tard à Manchester. Filmer Joy Division lors de l’un de ses concerts du nord de l’Angleterre, et capter un peu de la tension inouïe que créait, sûrement, la présence de son chanteur. A la place de la lumière du printemps ou de l’été londonien, à la place des rouges et des verts saturés irradiant les plans de Blow-Up, une palette réduite à presque rien. Des matières charbonneuses, partout. Un monde de briques et de grisaille. Et une autre fiction, forcément.

I like walking in the park when it gets late at night. Souvenirs en pente douce. Danser au son de Sub-culture. Une fenêtre finit par claquer.

And when the sun goes down you’ve lost what you have found / What do I get out of this ?


Sub-culture figure sur Low-Life, troisième album du groupe publié le 13 Mai 1985. Succédant à The Perfect Kiss, le titre remixé sort en single en octobre de la même année, accompagnée d’une version instrumentale sur sa face B. Il apparaît naturellement sur Substance 1987, comme l’ensemble des singles de la première période du groupe.

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