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Crosby, Stills & Nash, Crosby, Stills & Nash (1969, Atlantic)

Crosby Stills & NashÀ n’en pas douter, le premier album du trio Crosby, Stills & Nash, sobrement intitulé Crosby, Stills & Nash (1969) figure dans de nombreuses discothèques de darons à travers le monde entier. Disque hippie par excellence, l’album est l’un de ces vinyles que tout le monde a sur ses étagères. S’il est devenu un point culminant de la culture classic rock, ce n’est pas uniquement parce qu’il est sorti à la bonne période. Crosby, Stills & Nash, hors contexte, reste un très grand disque, voire un chef d’œuvre.

Crosby, Stills & Nash
Crosby, Stills & Nash

Les trois chanteurs s’accordent merveilleusement bien. Ce n’est peut être pas les Beach Boys ou Simon & Garfunkel en termes d’harmonies vocales parfaites, mais ça sonne divinement. Musiciens aguerris, David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash enregistrent l’ensemble de l’album (guitares, basses, claviers etc.) à trois, à l’exception des parties de batterie confiées à Dallas Taylor, passé par le groupe psychédélique Clear Light. Le CV des intéressés est déjà, à l’époque, flatteur. David Crosby, bien que membre fondateur des Byrds, s’est fait virer de son groupe pour incompatibilité d’humeur avec le chef Roger McGuinn, seul membre permanent des Oyseaux. Stephen Stills commence à travailler avec le moustachu alors que son propre groupe, l’excellent Buffalo Springfield, part à vau-l’eau. Enfin Graham Nash, le seul Britannique (il est originaire de Manchester) de la bande, n’est pas heureux au sein des Hollies. Les trois forment une sorte de super groupe involontaire. Là où chez Blind Faith ou Cream la démarche semble recherchée, elle est ici presque subie, ou en tout cas due aux circonstances. Trois gros égos et d’énormes talents : l’assemblage ne brille pas par sa stabilité, mais la sauce prend très bien artistiquement.

Joni Mitchell, David Crosby, et Eric Clapton à Laurel Canyon, 1968
Joni Mitchell, David Crosby, et Eric Clapton à Laurel Canyon, 1968

Crosby, Stills & Nash est ainsi autant le témoignage du talent des trois intéressés que la retranscription d’une scène naissante, celle du Laurel Canyon, véritable havre bucolique dans les hauteurs de Los Angeles. La seule poudreuse que l’on y trouve est celle que s’enfilent les musiciens dans les narines. Paradoxalement, Crosby, Stills & Nash séduit surtout grâce une ambiance feutrée et délicate. Le tempo est généralement modéré. L’époque est à l’abandon progressif des oripeaux de modernité de l’explosion psychédélique, au profit d’instrumentations sobres et dépouillées. Si l’album n’est pas l’un des actes fondateurs du folk-rock, il en constitue un excellent exemple et ouvre aussi la voie au soft-rock qui fera les grandes heures de la radio nord-américaine dans les seventies en mêlant rock, folk, country et parfois un soupçon de soul.

Pour autant, Crosby Stills & Nash n’est pas un album timoré ou fade ; il contient une forte charge politique, témoigne de la contre-culture et de la lutte de la jeunesse américaine pacifique. Wooden Ships, écrite par Crosby et Stills avec l’aide de Paul Kantner (de Jefferson Airplane) est ainsi un assaut virulent contre la guerre au Vietnam. Elle dépeint les conséquences d’un holocauste nucléaire que Kantner reprendra aussi avec son groupe sur Volunteers (1969) dans une version largement remaniée. Si chacun des trois musiciens signent des chansons, Stephen Stills contribue à la moitié des morceaux. L’ex-Buffalo Springfield ouvre l’album avec l’excellente Suite: Judy Blue Eyes sur laquelle il assure le lead vocal. Temps fort de l’album, la composition est construite en plusieurs mouvements évoquant (indirectement) le goût pour les structures complexes du rock progressif sans pour autant en épouser la forme ou l’esthétique. Il s’agit d’un des morceaux les plus ambitieux et psychédélique du disque.

Autre morceau de choix de Stills, Helplessly Hoping, sur la face B, permet au trio un travail d’harmonisation touchant au sublime. L’accompagnement est réduit à une simple guitare acoustique, laissant tout l’espace aux voix de trois musiciens à leur zénith. Les deux autres larrons ne sont toutefois pas en reste. Graham Nash amène au trio une de ses chansons les plus emblématiques avec Marrakesh Express. Morceau refusé par les Hollies, il devient l’un des deux petits tubes de l’album. Il offre au groupe une vingt-huitième place du Billboard singles. Il ne s’agit pourtant pas de la meilleure contribution du musicien britannique à CS&N. La beauté et la délicatesse de Lady of the Island, inspirée de Joni Mitchell, irradie l’album. Morceaux folk, guitare voix de Nash, les harmonies de Crosby contribuent prudemment à ce moment intime. Le Britannique renvoie l’ascenseur à l’Américain sur Guinnevere. L’accordage inhabituel (EBDGAD) de l’ancien Byrds amène une couleur presque médiévale à cette magnifique chanson d’amour. Il réutilisera ce tuning dans d’autres morceaux en solo ou sur le second album du groupe (Déjà Vu). Si la répartition des crédits n’est pas totalement équilibrée, CS&N est cohérent. Rien ne semble vouloir troubler l’agencement des chansons et l’ensemble s’écoute parfaitement d’une traite. L’alternance entre chansons intimes aux arrangements dépouillés et morceaux choraux en groupe avec basse / batterie / orgue offre un rythme captivant à l’ensemble. CS&N est ainsi l’un des grands classiques de la musique pop de la fin des années soixante, un disque emblématique, représentatif de son époque mais qui garde largement de sa puissance cinquante ans après grâce à la qualité d’écriture, la sobriété des arrangements et de splendides harmonies. L’album mérite ainsi certainement bien mieux qu’être rangé à la va-vite dans la discothèque de papa.

Une réflexion sur « Crosby, Stills & Nash, Crosby, Stills & Nash (1969, Atlantic) »

  1. Merci pour cette belle chronique qui rend un bel homage a ce chef-d’ouvre du rock/folk US, on en voudrait des comme ca aujourd’hui.
    A quand la prochaine vague rock? Elle se fait attendre, viendra-t-elle un jour? Il y a encore quelques nouveaux groupes aujourd’hui mais c’est loin d’etre suffiseant. Le rock est devenu minoritaire aujourd’hui et a la marge. Cette chronique en est un peu le symbole.
    Mon debut de semaine en musique, David Bowie dans ses jeunes annees, puis Scarry Monster, Lou Reed: Berlin, les trois premiers Velvet. Cette periode de confinement m’a fait comprendre que la course a la nouveaute vinylistique est vaine, et que plutot que de rechercher la pepite disco, funk ou house oubliee ou de courir apres la derniere nouveautee jazz-afro groove chroniquee sur mes blogs preferes, je devrais plutot redecouvrir les 5000 galettes qui sont sur mes etageres comme celui-ci du trio Crosby, Stills & Nash et toutes ces merveilles qui ont ete produites ces annees-la. Je tiens a souligner que les derniers albums albums de Bob Dylan et Jonathan Wilson sortis cette annees sont exceptionnels et que j’attends un vrai dossier Section 26 sur Fiona Apple.
    Cordialement!

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