Impossible de ne pas repérer la silhouette de Tim Burgess au beau milieu du bar de son hôtel pourtant copieusement fréquenté. A l’approche de la cinquantaine, l’ancien poster-boy lippu des années Madchester à certes perdu un peu de sa superbe juvénile. Mais il arbore toujours cette inimitable coupe de bolet peroxydé qui le fait ressembler à l’improbable rejeton hybride d’André Glucksmann et Debbie Harry. Avec une bonhommie sereine, il se penche sans détour ni fausse pudeurs sur les principales étapes du parcours heurté de The Charlatans, un des groupes les plus importants et les plus sous-estimés de ces trente dernières années. Une histoire peuplées d’amis, d’escrocs et de quelques fantômes mais surtout de sacrés bons albums, de Some Friendly, 1990 à Modern Nature, 2015. Bilan de santé d’un premier quart de siècle, réalisé en 2015. Continuer la lecture de « The Charlatans – Discographie commentée (2015) »
Aujourd’hui, la conscience professionnelle me guide à donner tort à mon ministre (et à ses conseillers à la noix) et à travailler un peu plus que de coutume – ça me dérange pas, j’ai un emploi du temps fait pour ça. Hier, cette même conscience professionnelle pouvait être synonyme de frustration : pour cause de bouclage, elle me faisait rater des rencontres avec des gens qui avaient bercé une partie de mon adolescence – ce qui était d’ailleurs un peu con vu que, de toute façon, on bouclait toujours en retard). Pour cette raison, je n’ai donc pas rencontré Jacno en cette après-midi de 1998 pour discuter de la sortie de son nouvel album d’alors, La Part Des Anges. Mais avec Nicolas Plommée, missionné pour mener à bien cette histoire, on avait préparé un blind test sur mesure pour que l’homme revienne sur cette vie plutôt ahurissante. Parce qu’au-delà des disques, des chansons, Jacno reste pour moi l’un des musiciens les plus fascinants de la musique moderne et sans doute pour cela, l’acteur de l’une de mes interviews favorites, parue dans le mensuel Best au début des années 1980 – oui, à l’heure des listes à tout va (les dix meilleurs disques, les dix meilleurs livres, les dix meilleurs, films, les dix baisers parfaits, les dix plus drôles décisions de Blanquer), je pourrai dresser la liste de mes dix interviews / articles préférés, responsables, peut-être autant que les chansons, de mon désir d’écrire un jour sur la musique –, dans laquelle il détaillait ses passions (The Who, les grands crus de Bordeaux, le végétarisme, les scooters…). Ce blind-test a paru à l’origine dans le numéro 28 de la RPM, puis republié dix ans plus tard, agrémenté de la longue intro qui suit, au moment de la disparition de Jacno. En 2020, ses réponses restent toujours aussi drôles. Et passionnantes. Continuer la lecture de « Blind Test : Jacno »
Damon Gough, alias Badly Drawn Boy / Photo : Olivier De Banes
Il est des chansons qui, dès l’intro, vous font réaliser une impressionante culbute spatio-temporelle. Disillusion, l’un des singles extraits du pléthorique premier album de Badly Drawn Boy, The Hour Of Bewilderbeast, paru en l’an 2000, est de celles-là. Alors, dès que retentit le premier roulement de batterie, c’est un vendredi ou un samedi soir dans la cave du Pop In (11 rue Amelot, à Paris), à une époque où je fumais cigarette sur cigarette – au grand dam de Robert qui voyait la cendre tombée sur les vinyles, les platines et la console – en sirotant du vin blanc – certaines légendes parlent aussi de pintes de whiskey orange ou de vodka pamplemousse mais je crois que ce ne sont que des légendes. Continuer la lecture de « Badly Drawn Boy, année 00 »
De toutes les années passées à la RPM (et son ancêtre magic mushroom), je garde une affection particulière pour les années charnières des ancien et nouveau millénaires : nous étions de plus en plus nombreux dans les locaux de cette adresse finalement assez dingue que fut le boulevard de Ménilmontant (mention très particulière à nos camarades de Repérages, avec lesquels nous multiplierons les relations incestueuses) et ont paru quelques (parfois presque) premiers albums de haute volée — pour preuve, je les réécoute encore aujourd’hui, quelque vingt années après leur sortie. Dans le désordre, je pense tout de suite à Phoenix, Badly Drawn Boy, I Am Kloot, Ed Harcourt, Richard Hawley, The Strokes… Et donc, Kings Of Convenience. Continuer la lecture de « Kings Of Convenience, année 01 »
Pour les 30 ans de Heavenly Recordings, retour sur les immenses Doves
Doves / Photo : Olivier de Banes
Cette histoire, elle aurait bien pu être un scénario destiné aux garants du Nouvel Hollywood. Et elle aurait sans doute donné naissance à un beau film, réalisé en noir et blanc par Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola. Imaginez un peu : il y aurait été question d’amitié et de gars comme vous et moi, d’ascension surprise, de chute vertigineuse, de scoumoune et de mauvais œil, de disparitions, de détermination et de réincarnation. De loyauté. Une belle histoire donc, à laquelle on aurait peut-être eu du mal à croire d’ailleurs. Si elle ne s’était en fait déroulée sous nos yeux… Car tout cela, et même un peu plus, est bel bien arrivé aux Doves, formation née en 1998 en guise de coup de poker, groupe de la dernière chance pour ses membres Jimi Goodwin et les jumeaux Jez et Andy Williams, animés d’une foi intacte malgré les déboires de leur précédente aventure sous le nom de Sub Sub. Continuer la lecture de « Doves – Vague à l’âme »
Traîtres à la cause, tâcherons, ignobles, vulgaires et bourrins. Les indie popeux n’auront pas de mots assez durs pour dézinguer Primal Scream à la sortie de leur second album éponyme en 1989. Il faut dire que Bobby Gillespie en a déjà sous le coude lorsque paraît, deux ans plus tôt, Sonic Flower Groove, le premier LP de son groupe. Avant cela, il avait joué le faire-valoir au sein de The Wake et un peu plus que ça chez The Jesus And Mary Chain. Sonic Flower Groove, donc, disque aussi brillant que rétro, déjà culte avant même sa sortie, faisant la part belle aux obsessions sixties de ses auteurs (Love, The Byrds) et érigeant Bobby Gillespie en sex-symbol improbable d’une nation indie en anorak. Autant dire que le passage du soleil californien à la rudesse rock de Detroit fait jaser… Et pourtant. Au milieu de ce disque rétrograde, et plutôt bon rétrospectivement (avec The Stooges et MC5 en ligne de mire), trônent quelques déchirantes ballades sous haute influence Big Star. Par exemple, la pépite I’m Losing More Than I’ll Ever Had, devenue Loaded sous les ciseaux avisés mais pas encore experts d’Andrew Weatherall, va transformer leur vie et la nôtre. Continuer la lecture de « Primal Scream, Screamadelica (Creation) »