Catégories chroniquesÉtiquettes ,

Kim, Les sessions du Carreau capturées par Cléa Vincent (auto production)

J’ai rencontré Kim à Colmar dans une autre vie, fin des années 90 sans doute, il venait tel un baladin jouer au Grillen, et rencontrer ses pairs de la grande international pop underground. Depuis nos échanges ont toujours été espacés mais constants : le lien était ténu, tenant pendant longtemps (avant internet) dans de petites cassettes démo, témoins des innombrables enregistrements dans lesquels le très fin musicien bordelais se perdaient parfois. Ce caractère hyper actif était déjà présent, chez lui, ce choix indiscutable de grandir en toute transparence, avec le risque de se planter, d’y laisser des plumes de crédibilité, de se perdre, et paradoxalement de disparaître. Mais Kim s’en moque, car il ne s’adresse pas à un public, mais à plusieurs, à des individus même (il réalise des concerts par Skype et ce depuis longtemps, sans attendre de circonstances exceptionnelles), un par un. Pour cela, il a besoin de se réinventer constamment, d’ajouter un instrument à son arc, d’explorer de nouveaux styles, de nouvelles géographies, de multiplier les collaborations (musiciens, labels) et comme s’il n’y en avait assez, de s’inventer de nouvelles identités pour inonder présentement les plateformes de faux tubes, de détournements comico-situationnistes. Il faudrait consacrer une vie à cette œuvre labyrinthique, et écrire une encyclopédie pour recoller les bouts de carrières qu’il ajoute tous les mois quasiment à son art total. Chacun peut construire son Kim préféré, et tel un Monsieur Patate, on peut lui ajouter telle ou telle extension, en pointillé, au fil du temps : le mien, c’est d’abord la chanson disco déchirée, 1974, suivi de sa balade électrique Sébadohesque Good Friend, qui ouvraient son double album Radio Dub. C’est ensuite quelques années plus tard, un concert intense et habité à la tête de son escouade post yéyé sixties (Kim et la formation éclectique) où Kim révélait son incroyable agilité en guitariste nerveux et inspiré au service d’un psychédélisme bien senti (on retrouve une trace enregistrée ici). C’est aussi un télé concert à la médiathèque du Centre Ville à Strasbourg, mon ordinateur perso branché sur le WIFI du magasin de jeux vidéo d’à côté pour bien recevoir Kim, qui nous expliquait les mutations de son métier au choc du numérique. C’est enfin, cet album instrumental de 2012, Play, composé pour un spectacle vivant qui m’avait accompagné longtemps par ses paysages sonores miniatures sculptés à l’Omnichord… Son œuvre protéiforme est de toute façon capable de surprendre, à tout moment, n’importe qui, même les plus endurcis.

J’étais à la fois surpris et finalement pas tant que ça de retrouver Kim dans l’entourage de Cléa Vincent, à la fois comme musicien accompagnant et ami d’écriture. Il était même l’auteur de deux chansons pour elle sur son premier album perdu par Polydor. Et c’est à peine deux mois après un album instrumental et hypnotique, Omnichordia, qu’il réapparait, invité par la même Cléa Vincent, dans le rôle d’ingénieure du son, dans un studio dont elle est propriétaire, pour une session piano-voix. D’après Kim, il s’agit avant tout d’une captation d’un moment d’amitié de studio, de complicité, réduit à sa plus simple expression. Et qu’est ce que ça lui va bien ! Cet exercice de déshabillage révèle chez lui une fragilité (qu’on devinait) qui s’exprime en français au cœur de l’album, soient trois chansons qui s’enchaînent, magiques : avec sa voix très haute, androgyne, à la limite de la brisure, Kim se fait bouleversant, dans une proximité avec l’auditeur comme jamais. C’est Simon, puis Soulevant, une de mes chansons préférées de Cléa Vincent déjà, et puis les presque trois minutes de Sur que le monde, ballade de fin du monde (amoureux). Les autres chansons (dans diverses langues exotiques, italien, russe, anglais) et les plages instrumentales finissent d’esquisser une atmosphère rêveuse intemporelle, parfaite pour de longues soirées de confinement pré estivales. Situation qui a d’ailleurs interrompu les Sessions du carreau (c’est leur nom) que Cléa Vincent veut étendre à d’autres invités pour cette collection qui s’annonce prometteuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *