Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , , , ,

Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7)

« As-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux ? »

C’est une vieille question qui revient à l’écoute de Tour de France 2022, l’ultime album – à date – de Jean-Louis Murat, et le premier posthume de ce que les fans les plus insatiables espèrent voir devenir une série – une nouvelle carrière, peut-être.

Le rêve d’un coffre aux merveilles, d’un vault comparable à celui de Prince à Paisley Park, a été entretenu par l’Auvergnat lors de ses interviews. Il aimait gloser sur la discipline de l’artisan, sur l’écriture quotidienne, et les comptes montent vite : malgré le rythme effréné de publication adopté à partir des années 2000, des montagnes de chansons inconnues dorment quelque part – peut-être. Continuer la lecture de « Jean-Louis Murat, Tour de France 2022 (Scarlett, Wagram, Cinq7) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records)

Douze ans après Allombon (2014) quelle surprise de revoir le groupe parisien Dorian Pimpernel avec Flowers Too, un nouvel album dans sa besace. Si étonnant que soit ce retour, Dorian Pimpernel a joué la carte de la continuité : même label (Born Bad), même peintre (Silvia Idili) et même contenu.

Oui, Flowers Too est la suite logique d’Allombon. La formation française y explore les contrées reculées de la moonshine pop ; ils en sont les thurifères et inventeurs. Dorian Pimpernel aime à pratiquer l’uchronie sur leur temps libre. En effet, ils imaginent une suite à la sunshine pop des années soixante, comme si la musique avait évolué dans une direction légèrement différente des voies progressives qu’elle empruntait alors. Continuer la lecture de « Dorian Pimpernel, Flowers Too (Born Bad Records) »

Catégories chronique nouveauté, livresÉtiquettes , , , , , ,

Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville)

Le Disque De Ma Mère / Photo : Lisa Balavoine
Le Disque De Ma Mère / Photo : Lisa Balavoine

C’est un disque qui relève de la magie, je ne sais pas comment le dire autrement. Une femme écrit des textes de chansons entre 1984 et 2018. Cette femme ne les chante pas, ne les met pas en musique mais elle écrit des chansons comme on écrit sa vie, pour ressentir plus fort, pour dire plus intensément. Elle écrit des chansons comme des consolations, comme des tempêtes aussi. Elle écrit des chansons parce qu’elle ne peut pas faire autrement. C’est elle qu’elle y dépose, c’est là qu’elle se confie. Continuer la lecture de « Superpoze, Blandine Rinkel et Valérie Lefèvre, Le Disque de ma Mère (Banville) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Meryll Ampe, Two Daughters (CROUX records)

Les musiques bruitistes, qu’elles soient industrielles, harsh, Power Electronics ou acousmatiques, engagent quasi-systématiquement une expérience de la matérialité du son. Car il s’agit d’éprouver à leur écoute quelque chose de l’ordre d’une résistance du format- noise. Le bruit n’est pas seulement ce qui excède les contraintes de la production pop, il est aussi ce qui rappelle que la densité des textures et l’épaisseur des timbres sont parties prenantes d’une logique des intensités qui résiste à l’abstraction des esthétiques numériques. Harsh Noise Wall dans ses formulations les plus radicales, mais aussi drone ou brutalisme percussif. Avec Two Daughters, son nouvel LP, l’artiste sonore Meryll Ampe approfondit une logique de manipulation du matériau pour en faire un principe de composition. Continuer la lecture de « Meryll Ampe, Two Daughters (CROUX records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Noir Boy George, Polytoxicomane de toi (Pan European Recording)

On attendait un retour en fanfare un peu plus bling pour la légende NBG, genre la même écurie que son compagnon galérien et sa Citroën Visa jaune par exemple, Jessica93, mais bon, Pan European Recording, c’est pas mal aussi. On n’a pas les bonnes sources, note pour plus tard.

A dire vrai, que ce soit sur cette maison sérieuse ou en cassette automaison dans une boîte de médoc recyclée (d’ailleurs on attend encore celle qu’on avait précommandée il y a des mois, si jamais y’a moyen, s’il vous plaît, merci bien), ça changerait pas grand chose au mythe qu’est devenu Nafi, sans le vouloir vraiment consciemment. On avait pu constater en plus lors de ces derniers concerts à Strasbourg que loin d’attirer les mêmes barbons et groupies habituels, la figure messine réunissait autour de lui un public plus intergénérationnel que jamais (des cheveux bleus à côté de dos gris dans la foule, ça ne trompe pas), ce qui ne l’empêchait pas de fumer ses clopes, concentré sur son synthé toujours un peu pareillement, à notre plus grande joie. Continuer la lecture de « Noir Boy George, Polytoxicomane de toi (Pan European Recording) »

Catégories Chronique en léger différéÉtiquettes , , , ,

Real Estate, The Wee Small Hours (Domino Records)

C’était les derniers mois que je passais à la RPM – canal historique. C’était les derniers mois mais je ne le savais pas encore – désolé pour l’analogie mais comme le titre d’un film culte, je suis parti sur un Coup de Tête. C’était les derniers mois, donc, et il se passait pas mal de choses sur le front des nouveautés. Il se passait surtout que, tout à coup, tous nos groupes britanniques préférés étaient en fait originaires des États-Unis – le phénomène exactement inverse de la toute fin des années 1970 et du début des années 1980, quand bon nombre de groupes britanniques tentaient de sonner comme le Velvet Underground ; ou, oui, Lou Reed. Continuer la lecture de « Real Estate, The Wee Small Hours (Domino Records) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Les Louanges, Alouette ! (Bonsound)

« Qui est-ce que je suis
si je ne suis pas mes défauts ? »

Alors que je me tenais bien à l’écart de toute la littérature autour d’Angine de Poitrine, voilà-t-il pas que je subis indirectement les retombées de la célébrité éclair du duo aux petits pois, ces princesses : je m’apprêtais tranquilou à prendre ma place pour le festival près de chez moi – on en a tous un – patatras, c’est complet. Juste le samedi où je voulais voir un jeune québécois dont les extraits (Je confirme ma présence, GODDAM !…) de l’album à venir m’avaient captivé. Bah oui, en même temps, gros débile, c’est le soir où se produit le duo microtonal, pim pam poum. Plus de places, soldaoutte, prison. Continuer la lecture de « Les Louanges, Alouette ! (Bonsound) »

Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , ,

Dagmar Zuniga, in filth your mystery is kingdom / far smile peasant in yellow music (AD 93)

Dagmar Zuniga, in filth your mystery is kingdom : far smile peasant in yellow musicC’est une boîte à musique. Une musique de fantômes.

Quelque chose apparaît — un « petit pan », pas tout à fait une voix, pas tout à fait une présence — plutôt une image trouble à travers les murs d’un palais de cristal. Dagmar Zuniga (nicaraguayenne-américaine, élevée à Miami, installée à Brooklyn) compose comme on laisse venir des revenants, une sorte de petite musique de nuit, de jour, qui insiste. Un bourdonnement. Une musique de membre fantôme — on croit la reconnaître, a-t-elle déjà eu lieu ? Enregistré entre 2019 et 2024 sur un Tascam 424 (magnétophone quatre pistes), l’album est apparu en janvier 2025 sur Bandcamp via le collectif People’s Coalition of Tandy. Attraction virale. Phil Elverum de Mount Eerie est coi, l’invite à jouer sur les routes, Internet en émoi. Quelque chose circule, mais ce n’est pas ce qu’on croit. Reprenons le fil — ou plutôt : cherchons-le.

Continuer la lecture de « Dagmar Zuniga, in filth your mystery is kingdom / far smile peasant in yellow music (AD 93) »