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Stuart Moxham & Louis Philippe, The Devil Laughs (Tiny Global Productions)

« I did what doubt allowed. » L’affaire est entendue. On aimerait presque dérober l’épitaphe puisqu’il n’y en a pas de plus belle. C’est ainsi que Stuart Moxham (autrefois dans les Young Marble Giants) évoquait en 2010 les affres de la dépression, ses répercussions sur le rythme pour le moins chaotique de sa production discographique depuis le milieu des années 1990. Depuis toujours, en fait. Et il parlait déjà, dans cette même interview, de son prochain album en préparation, The Devil Laughs.

Depuis, le doute semble bien s’en être mêlé. C’est peu de l’écrire. À contempler la pochette – magnifique au demeurant – on peut aisément lire entre les lignes et les dates le fil tortueux de la procrastination décennale, le poids accablant de chacune des micro-étapes d’une interminable gestation, les failles du quotidien dans lesquelles se sont engouffrées longtemps ces chansons rescapées, l’envie qui se dérobe, l’énergie si difficile à déployer pour commencer, continuer, et surtout conclure. Continuer « Stuart Moxham & Louis Philippe, The Devil Laughs (Tiny Global Productions) »

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Fontaines DC, A Hero’s Death (Partisan/Pias)

I Wasn’t Born
Into This World

Nous serions plusieurs dans ce cas, et eux viennent tout juste de le comprendre.
Fontaines D.C., le groupe à la mode de l’an dernier.
Tellement las du cirque qu’ils n’arrivent même pas à leur concert à la Villette Sonique, panique du marketing, le produit est faillible, on était pourtant sur la crête, sortez moi ces jean-foutre. LOL.
Dix jours avant, nous les voyons en concert, et je n’ai pas l’impression qu’ils jouent le jeu non plus. Grosse pression, trop de hype. Je raconterai ça une autre fois, mais il y a cette sensation que tous les facteurs extérieurs poussent au maximum là où justement le groupe tire son épingle du jeu, comme une poupée vaudou réfractaire. Genre, très bien, mais on n’est pas là pour ça. Nous sommes jeunes, nous sommes fiers, cassez-vous, foutez-nous la paix. Et surtout, nous faisons de la musique. Et pour une fois, c’est le seul truc important et c’est pas souvent le cas. Et vous, vous faites du commerce, et nous avons bien conscience de ça, mais nous sommes plus forts que vous, car nous savons déjà bien la différence. Continuer « Fontaines DC, A Hero’s Death (Partisan/Pias) »

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Kate NV, Room for the Moon (Rvng Intl.)

Pochette de Room for the Moon, par Kate NV

Le songwriting de Kate NV est une sorte de grand baromètre. À l’extrémité gauche, on y trouve l’indication « Tempête pop », à l’extrémité droite, « Ambient très sec ». Ne jamais choisir clairement entre l’un ou l’autre de ces climats est désormais devenu une passionnante marque de fabrique pour la compositrice russe, nous laissant sans cesse dans l’hésitation entre le pas de danse et pas de danse du tout. En 2016, c’est au milieu du catalogue ésotérique et surréaliste de l’excellent label Orange Milk Records que l’on avait eu la surprise de tomber sur son premier album, Binasu. Un disque merveilleux où se succédaient échos VHS d’une synthpop nostalgique du japon des 80’s et vagabondages plus abstraits dans d’autres mondes verts à la Brian Eno.

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Joe Pernice, Richard (Ashmont Records)

Il y a quelques mois à peine, Spread The Feeling (2019) mettait un terme bienvenu à une décennie de disette. Avec cette classe si particulière qui n’appartient qu’aux Immenses, Joe Pernice y renouait les fils de cette écriture aigre-douce – les textes pleins de mordant habilement dissimulés derrière un voile mélodique délicieusement molletonné – qui, à l’exception d’une brève collaboration avec son voisin Norman Blake au sein de The New Mendicants en 2015, n’avait plus brillé que par son absence depuis trop longtemps. Quiconque serait passé à côté de cet album scandaleusement mal distribué en dehors du continent nord-américain pourra s’y reporter d’urgence pour s’émerveiller rétrospectivement en contemplant le versant le plus solaire et le plus pop du génie de Pernice. Et découvrir, au passage, le meilleur titre de New Order depuis des lustres, Throw Me To The Lions. Continuer « Joe Pernice, Richard (Ashmont Records) »

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The Coral, Lockdown Sessions (Not On Label)

McDo a déjà donné le ton : tout est foutu.  Les espaces publics étaient encore clos que cette réclame entrevue hier au soir devait avoir été tournée trop promptement, en prévision calculée des jours meilleurs. On y aperçoit une famille et leurs quelques amis célébrer leurs retrouvailles en se réjouissant ostensiblement de pouvoir à nouveau se goberger en coprésence de frites trop sèches et de steaks décongelés sur le tard. A peine est-il advenu dans le réel que le déconfinement est déjà à vendre. Quant aux quelques mois qui l’ont précédé, autant dire qu’il n’en reste déjà plus que les simulacres résiduels. Il ne nous reste qu’à nous raccrocher, une fois encore, aux traces musicales qui étaient seules la certitude rétrospective d’avoir vécu quelque chose de substantiel et, peut-être, de mémorable. Au premier rang d’entre elles figurent donc ces enregistrements, réunis depuis quelques jours, des sessions acoustiques diffusées par The Coral. Continuer « The Coral, Lockdown Sessions (Not On Label) »

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Niandra Lades, You Drive my Mind (Cut Cut Records – RMA Records)

Ne pas glisser : comment évite-t-on l’écueil du publirédactionnel quand on connaît depuis longtemps les auteurs d’un disque ? On demande à l’éthique, qui grogne – ce disque fait-il du bien ? oui. Écris-tu pour partager de bons disques ? oui. Tu n’oublieras rien ? oui. Vas-y.

Depuis que le groupe Niandra Lades existe dans la hometown Clermont-Ferrand, j’ai des réserves – poids des influences, travail toujours trop appliqué, toujours trop un travail. De supers pintes en concert, deux albums sympas à découvrir, mais voilà – sympathiques. Continuer « Niandra Lades, You Drive my Mind (Cut Cut Records – RMA Records) »

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anneemall, Hello ! (auto production)

Figure discrète de l’internationale pop underground, branche tricolore, Anne Bacheley est de retour. Après avoir passé plusieurs années éloignée du jeu, dont elle tenait l’une des boutiques les plus sensibles, à situer tout près de l’école de Limoges (Doggy, Caramel…), saluée régulièrement par le parrain de Glasgow, Stephen Pastel lui-même (en VO : « Anne’s voice is perfect and imperfect, her playing primitive and gallant, her melodies true. »), ou ponctuellement remarquée par d’autres personnes de confiance (James McNew...), la pictavienne revient. Si elle nous avait quittés il y a plus de dix ans sur un album tout en chansons à guitares anglophiles, Headquarters (dont je n’ai jamais oublié l’énergie, CLIN D’OEIL), elle endosse la cape de son double, anneemall, spécialisé pour cet EP dans l’électronique microscopique : à peine ¼ d’heure de miniatures qui oscillent entre galipettes de sauterelles et atmosphères de fourmilières. Continuer « anneemall, Hello ! (auto production) »

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Brigid Mae Power, Head Above The Water (Fire Records)

C’est par la voix que se livre ici l’essentiel. Cette subtile incarnation celtique de l’art du décrochage qui suggère à merveille toutes les petites fêlures indicibles qui se nichent encore à la surface du squelette. Tout le reste n’est qu’accessoire et, d’ailleurs, tout le reste a presque disparu. Sur son deuxième album, The Two Worlds (2018), Brigid Mae Power se confrontait directement à la violence d’une relation amoureuse destructrice et aux abus de la domination patriarcale. Deux ans plus tard, elle semble avoir franchi les étapes de la résilience à grands pas et cherche désormais la sérénité de la survie dans un cadre intime et familier, où les blessures se soignent en s’exposant à la bienveillance des personnes choisies. I Had To Keep My Circle Small, chanson-clef, livre ainsi la formule de la reconstruction confiante : exiger davantage de ceux qui vous entourent, à commencer par l’écoute stable et apaisée.  » Neutrality, I just could not afford/I needed a team/I needed you to favour me/That is not a bad thing at all. »
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