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Biga*Ranx, Sunset Cassette (Brigante)

Le reggae, au sens large, est une musique historiquement liée à un mouvement messianique et c’est peu dire que ce genre musical d’origine jamaïcaine aime les prophètes, les miracles, les révélations. A ma microscopique échelle, je n’en avais pas connues de réelles vis-à-vis de ce genre musical, si ce n’est une inclinaison pour les esthétiques floues et protéiformes du dub, ou les sonorités actuelles fat qui infusent les genres croisés au hip hop britannique (du grime à la drill) et qui en descendent lointainement… En gros, sorti des encyclopédies Blood & Fire et des épais dictionnaires Soul Jazz, bien pratiques, je n’y connais pas grand chose, et j’ai manqué, sans doute, de bien épiques épisodes.

Et voilà que descend, du ciel nuageux de Tours, l’archange Gabriel (Gabriel > Gabi > Biga) qui vient me glisser à l’oreille son interprétation toute personnelle des sons jamaïcains. Continuer « Biga*Ranx, Sunset Cassette (Brigante) »

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Diabologum : La jeunesse est un art

Entretiens avec Anne Tournerie, Pierre Capot et Michel Cloup

Diabologum / Photo : Valéry Lorenzo

Quand j’ai entrepris, il y a déjà deux ans, Les années Lithium, un numéro spécial de mon fanzine Langue Pendue, Diabologum était évidemment l’une de mes obsessions les plus vivaces. D’abord parce que je n’avais cessé d’écouter et de réécouter le #3 depuis sa sortie, mais aussi parce que leurs deux premiers albums, et surtout quelques faces B, Tannis Root, ici, De tels actes de renoncement, là, laissées à l’abandon sur le bas de quelques maxi CD, continuaient de me hanter, par leur nature même, indomptable, chaotique, approximative, comme un miroir d’une post adolescence en pleine ébullition, inconsciente de ses propres limites. Ces disques étaient finalement autant une invitation à vivre différemment que de simples modes d’emplois musicaux, et c’est en ça qu’ils ont eu une importance primordiale. Oui, ici, on pouvait faire quelque chose qui dépassait le stade de l’imitation, oui, on pouvait dire des choses, et les dire bien, avec des mots à eux, à nous. Tout pouvait changer, à un niveau intime, peut-être, mais pour nous en ces années 90, c’était déjà beaucoup. Si notre jeunesse était un art, seul Diabologum en avait trouvé la formule, une formule qui les conduirait doucement, en perdant des plumes en chemin, vers le #3, chef-d’œuvre générationnel. Clair. Continuer « Diabologum : La jeunesse est un art »

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anneemall, Hello ! (auto production)

Figure discrète de l’internationale pop underground, branche tricolore, Anne Bacheley est de retour. Après avoir passé plusieurs années éloignée du jeu, dont elle tenait l’une des boutiques les plus sensibles, à situer tout près de l’école de Limoges (Doggy, Caramel…), saluée régulièrement par le parrain de Glasgow, Stephen Pastel lui-même (en VO : « Anne’s voice is perfect and imperfect, her playing primitive and gallant, her melodies true. »), ou ponctuellement remarquée par d’autres personnes de confiance (James McNew...), la pictavienne revient. Si elle nous avait quittés il y a plus de dix ans sur un album tout en chansons à guitares anglophiles, Headquarters (dont je n’ai jamais oublié l’énergie, CLIN D’OEIL), elle endosse la cape de son double, anneemall, spécialisé pour cet EP dans l’électronique microscopique : à peine ¼ d’heure de miniatures qui oscillent entre galipettes de sauterelles et atmosphères de fourmilières. Continuer « anneemall, Hello ! (auto production) »

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Thousand, Au paradis (Talitres)

« Condamnés par Dieu à manger de l’or, et une fois remplis, en manger encore, qu’ils voient dans l’immense pauvreté de la mort, que la faim est un trésor »

Le retour de Thousand m’a pris par surprise. Loin d’avoir épuisé Le tunnel végétal, que je m’étais habitué à explorer plus que régulièrement, en m’attachant tour à tour à des titres aussi marquants que Le nombre de la bête et La nuit des plus beaux jours de ta vie, je ne pensais être prêt ni à passer à la suite, ni à les négliger. Persuadé intimement que ce « premier » disque – dans le sens où c’était le premier en français de leur auteur – était la somme d’une maturation très longue et qu’en donner une suite dans la foulée serait impossible, je profitais toujours avec délectation du meilleur disque de 2018, le mien, sans conteste. Continuer « Thousand, Au paradis (Talitres) »

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Julien Gasc, Serpentes EP (auto production)

 » Il existe d’autres corps, qu’ils soient vivants ou morts, entre toi et moi « 

Pour quelqu’un qui aime l’émotion et l’urgence avant toutes autres choses, j’avais tout à craindre de l’émergence de groupes cultivés, éduqués, voire virtuoses. A la faculté, un ami, né punk, avait une expression d’alerte qui nous faisait marrer, dès que selon lui, nous accostions des rivages inamicaux peuplés de chevelus empêtrés dans leurs instruments compliqués et leurs influences savantes :  » ATTENTION JAZZ ROCK ! « , hurlait-il. Il aurait sans doute agité son safeword musical s’il était tombé sur Aquaserge. Continuer « Julien Gasc, Serpentes EP (auto production) »

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Ich Bin, Obéis ! (Replica)

Il y a plusieurs mois, j’ai partagé un très bon repas, relativement bien arrosé, avec deux anciens membres de Ich Bin, Laurent B. et Julien V. Lors de cette soirée tranquille, dans un appartement mansardé et chaleureux du Faubourg National à Strasbourg, je leur ai fait part de mon rêve de rééditer leur classique, Obéis ! en cassette, pour mon fanzine naissant Langue Pendue. Bien sûr, je les interrogeai sur ce qu’ils avaient gardé comme souvenirs de leur aventure au sein de cette étrange formation aux exploits sporadiques, que j’avais suivis à l’époque, de très près (cf. Papivole #5). J’ai évidemment, dès le lendemain, regretté de ne pas avoir enregistré la conversation, les anecdotes toutes plus hilarantes les unes que les autres se succédant à une allure échevelée : concerts précipités ou à moitié foirés dans des lieux improbables, fans extrêmes, vidéos perdues, tensions internes, idées farfelues, agitations, rixes, tout un concentré de la vie d’un groupe, surpris par l’ampleur des retours, sur un projet qui n’était à la base que parallèle, une passade imprévue. Continuer « Ich Bin, Obéis ! (Replica) »

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Sous surveillance : Simili Gum

Simili Gum
Simili Gum

Qui ?

Simili Gum, l’alias d’un jeune homme de 26 ans (« j’ai eu 11 ans, et d’un coup 26 »)

Où ?

Dans l’ordre Lyon, puis Marseille, puis Paris bientôt. Continuer « Sous surveillance : Simili Gum »

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I Like 2 Stay Home #39 : It’s Up To You, Vol. 2 / Independent & English Speaking Bands From France (1990 – 1999)

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Coincées entre l’avènement du CD et l’émergence d’internet, les années 90 en France voient la naissance de mille groupes d’une scène liée par sa façon de communiquer (les cassettes, les vinyles, les fanzines et quelques labels) et par un esprit indépendant, traduction approximative et romantique du concept anglo-saxon. Le point commun de ces jeunes groupes est aussi un usage – parfois approximatif – de la langue anglaise, comme symbole de liberté et d’alternative à la Chanson Française, canonisée et protégée par le Ministère de la Culture. Avant de devenir définitivement la langue globale avec internet, l’anglais permet alors aux adolescents et jeunes adultes anglophiles (ou américanophiles) de s’évader, et, moins que de rêver d’une carrière internationale, de s’identifier (im)parfaitement à ses idoles si proches et si lointaines à la fois en ajoutant les paroles à la musique. Le titre It’s Up To You fait référence à une méthode d’anglais que nombre de collégiens et lycéens ont éprouvée dans les années 1970 et 80. Voici les enfants inventifs, maladroits, touchants, parfois géniaux, de cette méthode, réunis dans ce second mix. Cette touche française nécessite (et mérite) dès maintenant d’autres nombreuses compilations de ces fabuleuses pépites (nuggets), incongrus cailloux (pebbles), ou inconnues décombres (rubbles). PS : Petit clin d’œil avec Gamine, qui faisait le lien générationnel avec les années 80. Continuer « I Like 2 Stay Home #39 : It’s Up To You, Vol. 2 / Independent & English Speaking Bands From France (1990 – 1999) »