Selectorama : Dorian Pimpernel

Dorian Pimpernel
Dorian Pimpernel, aux temps où ils faisaient des « photos de groupe », à priori vers 2014.

Si le groupe n’avait fait que de rares apparitions ces dernières années – leur plus récent album, Allombon, sorti chez Born Bad Records, date de 2014 – ce retour sur la scène du Paris Popfest s’annonce comme un espoir pour ceux, donnt nous faisons partie, qui chérissent la pop érudite et précieuse de Dorian Pimpernel. Nous avions envie de découvrir quelques pierres blanches qui balisent leur chemin, où la beauté mélodique prime par-dessus tout. Ce sont Johan Girard et Jérémie Orsel qui ont répondu à ce Selectorama.

01. Fun Boy 3, It ain’t what you do, it’s the way that you do it (1982)

Trois Specials en sortie de ska, la mini-choucroute et l’afro naissante en lieu et place des cravates à damier, inventent l’exotica gothique où Suicide rencontre les B52’s et Joe Meek en orbite space age. Les trois Bananarama viennent poser des chœurs en Cinérama et Terry Hall pointe, menton levé, cette voix de l’Albion narquoise qui, depuis les Kinks, exhale sur le dancing des effluves de gin et de cyprine.

02. Les Zarjaz, One Charming Night (1985)

Quand un punk sous influence rockab troque ses Creepers contre la mouche, la poudre et la perruque, avec, en bagage, synthétiseurs brinquebalants et voix aux limites de la justesse, c’est un peu comme si Wendy Carlos buvardât avec Syd Barrett des exactions du divin Marquis. La vénénosité en paradigme du temps et, peut-être, d’un monde qui, progressivement, menace de s’effondrer.

03. The Beach Boys, Airplane (1977)

Lors même que, toutes dents serrées, punk rockers et déviants magnifiques des cercles discoïdes s’affrontent, The Beach Boys, toujours avec un train de retard (ou d’avance, c’est selon), restent au milieu du gué, ou plutôt de la route (précisément in the middle of it, comme qui dirait). Et pourtant, tout est beau, tout possède cette touchante naïveté que nous autres, vieux habitants du si vieux monde, ne pouvons que jalouser. Ce disque, Love You, est l’anti-Smile ou l’anti Pet Sounds : tout, ici, est décharné, réduit à l’os. Un os constitué de basses de synthétiseur Moog, de batteries approximatives, de paroles à la va-comme-je-te-pousse et de nostalgie filigrane de la chapelle sixties, sans les ambitions spectoriennes. Le summum de la pop en chambre.

04. Super Furry Animals, Chewing Chewing Gum (1999)

Super Furry Animals plus Beach Boys-iens que jamais justement, une sorte de ’till I Die miniature, avec un propos plus terre à terre mais à portée aussi universelle : ne mâchez pas de chewing-gum avant de vous endormir.

05. eden ahbez, Eden’s Cove (1960)

Toute barbe et cheveux longs dehors, dans l’Amérique puritaine du mid-century, eden ahbez (sans majuscule, volontairement), égrenait, quelques décennies avant tout le monde, toute la grammaire du hippiedom, du mysticisme oriental à la liberté sexuelle, et jamais moins de cinq fruits et légumes frais. Dormant à la fraîche sous la lettre L du panneau Hollywood, proche de Brian Wilson et auteur d’un unique album, Eden’s Island, en 1960, ahbez nous parle d’un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître (ni même, probablement, comprendre). A la croisée de l’exotica, du jazz et d’un psychédélisme qui s’ignore encore, tout ici transpire l’innocence, l’amour et la quête (vaine, peut-être) de la transcendance, sur un tamis de marimbas, de bongos et de flûtes.

06. T-Rex, Soul of My Suit (1977)

Le T-Rex has been post Tony Visconti est souvent par principe balayé d’un revers de main pailletée, alors qu’on y trouve, ni plus ni moins, le même systématisme de composition qu’on aurait aussi pu lui reprocher dès le début, et presque autant de chansons dignes d’intérêt. Retour en forme sur ses deux derniers albums, même la production de Marc Bolan y a son charme. Ici en 77 avec un super groupe de requins de studio (Herbie «Walk on the Wild Side» Flowers à la basse), tempi plus frénétiques, string machine et gimmicks bubblegum racoleurs, on y entend presque le Suede de Coming Up 20 ans plus tôt par exemple.

07. Dolly Mixture, Rainbow Valley (1981)

Trio précurseur de l’indie pop ci-définie fin 80 début 90, jugées pas assez destroy en pleine vague post punk donc privées du moindre succès, malgré de très solides arguments et le soutien des Undertones, Damned et Paul Weller.
Ce tube potentiel difficile à placer dans une époque, n’était jamais sorti avant 98 et encore, planqué sur un obscur maxi-CD japonais. Il est désormais présent sur une des 3 rééditions récentes de leurs œuvres complètes (une poignée de 45t, un album de demos auto-édité, c’est à peu près tout), dans lesquelles il n’y a rien à jeter.
On les apercevra plus tard en choristes de luxe pour Captain Sensible, Debsey Wykes à la tête de Birdie et sidekick de Saint Etienne depuis 30 ans, et enfin Rachel Love qui vient de revenir aux affaires en catimini (Bandcamp) avec de beaux morceaux dans une même veine plus apaisée.

08. Denim, Mrs Mills (1996)

Pop up rubrique Stranger Teens : une découverte fortuite, grâce au chef de rayon indé de la Fnac Toulouse, lequel avait sans doute écopé d’une retenue sur salaire pour avoir mis ce disque là en borne d’écoute. Sans le moindre à priori donc, ni le poids d’une transition depuis Felt (qui me passe encore au dessus), Denim on Ice est depuis resté un Panthéon. La porte d’entrée était cette rengaine, entre Madness et McCartney torchant un morceau pour Ringo Starr, d’une évidence mélodique qui risquerait de lasser donc. Mais pas avec la voix de Lou Reed essoufflé de Lawrence, cette ligne de basse « active » et une production lustrée ultra FM, qui paraissait prendre sciemment le contrepied de l’esthétique indie, à l’époque même où celle-ci se dilue dans le mainstream.
(Ce n’est donc pas rien de partager l’affiche – contrastée, de fait – avec Mozart Estate, qui suit les mêmes préceptes, ces jours-ci au Paris Popfest, ô combien vénérable institution).


Dorian Pimpernel jouera au Paris Popfest ce vendredi 23 septembre, aux côtés de Mozart Estate au Hasard Ludique à Paris.

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