
Rachel « Love » Bor avait bien caché son jeu. On connaissait évidemment ses qualités de guitariste, de violoncelliste et bien sûr de chanteuse au sein de Dolly Mixture, groupe de filles solaires qui en pleine ère du punk avait préfiguré la vague indie pop qui allait suivre. Rachel, Hester et Debsey avaient à leur insu fait œuvre de pionnières. A la fin du groupe, en 1984, les fans avaient heureusement pu se consoler avec les disques solos de Debsey Wykes et son groupe Birdie. Mais nous n’avions pu découvrir que très tardivement les talents de compositrice de Rachel, dont le premier disque Picture in Mind n’avait vu le jour qu’en 2021, soit presque 40 ans après la fin officielle de Dolly Mixture ! C’est à cette occasion que Section 26 a eu le privilège d’interviewer Rachel qui avait un peu éclairci le mystère de sa disparition et de sa réapparition. Continuer la lecture de « Selectorama : Rachel Love »
C’est une boîte à musique. Une musique de fantômes.

Depuis longtemps, je me demande si nous sommes nombreuses et nombreux à réagir de la sorte – mais j’oublie toujours de poser la question. Oui, je me demande si comme moi, parfois, il suffit des quelques secondes d’une intro, un simple changement d’accord, l’esquisse d’une mélodie pour que déjà, vous sachiez qu’une chanson a (entre autres) été écrite pour vous, qu’elle va tourner en boucle pendant plusieurs jours / mois / semaines / années (rayez la mention inutile si tant qu’il y en ait une) et qu’elle ouvre un album que vous allez aimer adorer (la formule “adorez aimer” fonctionne aussi)… Depuis longtemps, j’ai ce rapport à la musique – pour le meilleur, mais pour le pire aussi : l’intro de la première chanson d’un disque attendu avec une certaine impatience déçoit, et son sort en est scellé…
Je n’ai jamais trop su comment me saper, ni d’ailleurs cherché à corriger ce handicap social. Au « prime » de ma jeunesse, je me suis converti à une culture musicale idoine pour un gars dépourvu de la moindre appétence pour le vêtement (malgré un fort tropisme familial du côté du Sentier). Un uniforme succinct et finalement passe-partout. Peu de marques, ni trop de réflexion, ni trop de variables : polo
Musique instrumentale de pleins, de déliés et de vides, cette Lyonnaise des eaux troubles nous plonge dans un monde de l’attente : d’un trajet sur une route de montagne, d’une planque dans un quartier chelou, d’une salle du même nom d’un dentiste ou d’un doc, d’un rendez-vous dans un café désert, d’une journée fériée… C’est tout un univers cinétique quasi immobile qui s’ouvre dans sa lenteur et sa masse, devant nous.
Les années 2010 s’éloignent de nous. À mesure que les saisons filent, des groupes apparaissent et disparaissent des radars. Certaines formations émergent à la faveur d’une chanson bien troussée quand d’autres se faufilent plus discrètement dans notre quotidien.