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Jonathan Fitoussi & Clemens Hourrière, Espaces Timbrés (Versatile)

Après Five Steps (2015), album d’exploration rêveur enregistré sur un Buchla 200, ensemble modulaire mythique, lors d’une résidence en Suède, Jonathan Fitoussi & Clemens Hourrière publient leur second  album, pour l’élégante maison Versatile (Gilb’R, I:Cube, Zombie Zombie) : le bien nommé Espaces Timbrés.

Le frontispice ne ment pas, il synthétise rigoureusement le programme spatial des deux français : dix compositions abstraites aux confins de l’univers connu, déclinaisons infinies de sonorités artificielles mais ô combien organiques. Si l’œuvre précédente du duo s’attachait à un certain formalisme, ambitionnant à la manière d’un Soulages, d’inventorier le spectre des nuances d’un vénérable instrument, Jonathan Fitoussi & Clemens Hourrière ont ici pris plus de libertés et d’une certaine façon, de couleurs. Sur la forme comme sur le fond, Espaces Timbrés condense un demi-siècle de musique électronique. Water Mirrors semble ainsi prolonger la musique minimaliste de Steve Reich, quand Labyrinths nous plonge dans les méandres du cerveau d’Edgar Froese, tête pensante de Tangerine Dream. Là, un arc-en-ciel dans l’air incurvé est malmené par une rythmique rebondissante 4/4 (Lunar Leap). Ailleurs, le désert dévore inexorablement la vie provoquant des visions de Dune, le vent grattant de toute sa force les pierres brûlantes (White Sands). Si les références peuvent étonner par leur classicisme, Jonathan Fitoussi & Clemens Hourrière les concassent comme autant de gouttes de peintures jetées sur une toile vierge. De modernité, il est d’ailleurs aussi question :  Basalt Columns dessine les contours d’une ville au petit matin, accompagnant les premiers rayons du soleil d’une cadence régulière et menaçante. Espaces Timbrés forme ainsi un ensemble cohérent de modulations sculptés d’une précision inouïe. Il s’inscrit dans la lignée d’une famille éclatée mais vive, souvent à la marge de la piste de danse, de Volcan jusqu’à Pointe du Lac. Le mixage, délicat et soigné, est enfin le parfait écrin à ces songes de l’esprit.

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