Wizzz!, Vol. 4 (Born Bad Records)

WIZZZ! Born Bad RecordsVingt ans après ses débuts, la série de compilations Wizzz!, initiée par Jean-Baptiste Guillot se porte bien. Conçu avant même la création du label Born Bad, le premier volume avait fait découvrir à un public élargi des classiques sixties français tels que Les Filles C’est Fait de Charlotte LeslieSexologie de Danyel Gérard ou encore le salace Cuisses Nues, Bottes de Cuir de Philipe Nicaud. Elle ne fut certes pas la première compilation dédiée au genre. Dans les années quatre-vingt-dix, les amateurs avertis purent se procurer les premiers volumes des mythiques séries Ils sont fous ces Gaulois (influence revendiquée de JB) ou Swinging Mademoiselle.

Cependant, à l’inverse de ces prédécesseurs, Wizzz! a été élaborée dans les règles de l’art : les licences des morceaux ont été obtenues auprès des ayants droits. Cette démarche légaliste permet à la compilation de passer par un véritable circuit de distribution et de bénéficier d’une promotion. Le succès fut au rendez-vous. Au début des années 2000, il n’était pas rare d’entendre dans les salles de concerts, pendant les changements de plateau, des morceaux estampillés Wizzz!. Ce qui ne devait être qu’une unique tentative, a été déclinée dès 2008, puis en 2015, avec deux autres volumes tous aussi réjouissants.  L’esprit des Wizzz! s’est aussi infusé dans les autres compilations du label (Bippp, Dynam’hit, France Chébran, Voulez-Vous Cha-Cha…). Chacune tend à un équilibre subtil entre classiques des collectionneurs et découvertes totales. Pour ce quatrième épisode, Jean-Baptiste Guillot s’est fait aider par Barnabé Mons. Habitué de la scène sixties / garage (Sheetah et les Weissmuller, The Gentlemen’s Agreements), le musicien français est également un connaisseur avisé de la pop française des années soixante. Il nous confie : “Je collectionne les disques sixties depuis l’âge de 12 ans, mais j’ai vraiment commencé à défricher les 45 tours français de façon systématique il y a 5 ans. L’idée, c’est de découvrir des titres inconnus, donc il faut bien s’accrocher les oreilles et foncer dans le tas ! Je cherche surtout des lots de disques provenant de radios, c’est là qu’on trouve des disques qui n’ont pas connu la commercialisation. ” Cette sélection a donc été effectuée à quatre mains, comme nous l’explique Barnabé : “J’avais commencé à travailler en autodidacte sur une sélection de titres vraiment obscurs des sixties/early seventies francophones, mais la mise en œuvre d’un tel projet est très complexe et je me suis vite retrouvé dans une impasse juridique pour rééditer ces chansons. J’ai alors contacté JB qui a accueilli le projet avec enthousiasme. Nous avons alors commencé notre collaboration, il a proposé de nouveaux titres et nous avons avancé vers la compilation Wizzz volume 4 que vous connaissez.” Le patron de Born Bad confirme : “Nous avons mis nos meilleurs morceaux en commun, et la sélection définitive s’est faite assez naturellement. Barnabé m’a fait découvrir des morceaux et artistes que je ne connaissais pas du tout comme Boing de Matty Kemer ou Je Suis Jaloux par Doukkali.
Si le travail fut l’œuvre de deux personnes, la compilation Wizzz! 4 est remarquablement cohérente. Les chansons ont en effet en commun une approche raffinée de l’orchestration. Chaque morceau recèle de détails de production et d’arrangement dignes des meilleurs représentants de la pop hexagonale de l’époque. Moins immédiat que les trois premières, la Wizzz! Vol. 4 s’apprécie sur la longueur, comme un bon album. Chacun aura évidemment ses préférences. Les contributions d’Abdelwahab Doukkali (Je Suis Jaloux) et Gérard Gray (Le Poisson Vert) sont particulièrement mémorables. Le disque se conclut sur la seule chanson véritablement beat/garage de la sélection, la chouette La (Nouvelle) Guerre de Cent Ans des Missiles. Globalement, les amateurs de sixties français seront bluffés par le travail archéologique mené pour ce quatrième volume. D’ailleurs, on peut même affirmer qu’aucune compilation française n’avait été aussi loin dans l’obscurité sur cette période. Reste-t-il par conséquent encore à découvrir et faire connaître ? Jean-Baptiste Guillot le souhaite: “J’imagine et j’espère, même s’il est de plus en plus rare pour moi de tomber sur de nouvelles références. Nous avons tout de même le sentiment d’avoir bien éclusé le genre depuis une vingtaine d’années.” Le sentiment est partagé par Barnabé qui conclut : “Depuis 25 ans, beaucoup de choses ont refait surface sur diverses compilations, les découvertes se raréfient forcément mais je ne perds pas espoir ! Il reste forcément des choses, sur des disques oubliés quelque part… Nous continuons à chercher ! “. Avis aux amateurs : la quête continue !

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