Il y a 25 ans (déjà !) sortait la compilation Wizzz!. Derrière la magnifique pochette de Guy Peellaert se dessinait une vision alternative de la musique sixties française. Loin des bluettes de Claude François ou du rock fort de Johnny Hallyday, nous découvrions que les Français eux aussi s’étaient épris de pop, de psychédélisme, à la mode anglaise ou américaine. Nous sommes en 2026, un quart de siècle plus tard, Jean Baptiste Guillot sort un cinquième volume, sur son label Born Bad (ce n’était pas le cas de la première), quatre ans après la quatrième itération. En découvrant la magnifique pochette de Rocky, une question nous brûle les lèvres: cette Wizzz! sera-t-elle à la hauteur des précédentes ? L’interrogation n’est pas si anodine. Nous sommes désormais éloignés par soixante années de 1966. Depuis les années 80, c’est-à-dire plus de quarante ans, nombreux furent ceux à compiler des disques des années 60 chinés au gré des rencontres, des brocantes et autres conventions. Au-delà de la France, chaque coin du monde (Espagne, Pérou, Angleterre, Japon, Pays-Bas…) est scruté par collectionneurs obsessionnels. Ces autistes non diagnostiqués cherchent à arracher toute la substantifique moelle. Il y a dix ans, les parutions des dernières Back from The Grave (à ce jour) ainsi qu’une pelletée des bien nommées Last Of The Garage Punk Unknowns furent un sacré évènement dans les sphères garageuses. Ce trésor estimable était à la fois une bénédiction et une mise en garde. Tim Warren semble, en effet, à travers cette salve, signer un solde de tout compte. Après cela, il n’y aura plus rien. Vraiment ?
Un village gaulois résiste ! Il y a six ans, JB Guillot réactive sa mythique série, accompagné de Barnabé Mons (The Gentlemen’s Agreements, Sheetah et les Weissmuller). Aujourd’hui, les deux compères remettent ça avec la Wizzz! Vol.5. Disons-le tout de suite : ce volume est exceptionnel et tout à fait à la hauteur de la série. Les Français ont trouvé du lourd tout en restant cohérent avec les précédents volumes. En 17 morceaux, cette compilation écrit ainsi une nouvelle page inspirée de la redécouverte du patrimoine sixties français (et aussi belge parfois). À cette bacchanale de plaisirs francophones, tout le monde est bien servi. Vous aimez la french beat et le garage-rock ? Vous allez tomber sous le charme du Chien Fidèle de Robert Pico et de la Publicité des Missiles. Le premier est originaire de Montauban et tente de faire carrière dans la musique avant de se mettre à l’écriture avec un stylo plutôt qu’un piano. Les seconds sont natifs d’Oran avant de revenir à la métropole. Ils sont surtout connus pour le tube Sacré Dollar mais le titre présent sur la Wizzz! vol. 5 ravira les esthètes de la guitare fuzz. Si Gainsbourg est absent de la fête, il ne semble jamais loin, notamment sur les magnifiques La Femme Faux Cils d’Annie Girardot ou l’étonnante Raison Légale de Bernard Jamet. L’actrice française a sorti de nombreux quarante-cinq tours dans les années 60/70. Ce titre en particulier apparaît dans le film Erotissimo (1969) de Gérard « Taxi » Pirès. Mieux, la chanson est écrite par Michel Polnareff et William Sheller. De son côté, Bernard Jamet ne sort que deux EPs dont cet étonnant morceau nous plongeant au cœur d’un procès. Vous aimez les gauloiseries, les sandwiches baguettes/chipo ? JB et Barnabé ont pensé à vous.
Régalons nous de la géniale Je suis l’état de Spauv Georges, une pantalonnade très à propos dans le contexte actuel (le vote du budget de l’état, faut-il le rappeler). Dans un registre encore plus frappadingue, parions que Décollez-les de Mamlouk (Marcel Hurten) va en étonner quelques-uns.. Mais ce n’est pas tout, chers lecteurs. La Wizzz! 2026 ose l’impensable : un titre de 1979. Maréchalement Vôtre d’Ethero-Disco est certes tardif mais fonctionne très bien dans la sélection. Nous vous invitons à découvrir cette curiosité, pas le meilleur morceau du lot mais probablement un des plus bizarres. Autre petit écart : L’Amour Nu de Mozaïque. Ce morceau de 1971 s’éprend du rock glam britannique pour un résultat fort réussi. Le groupe semble totalement inconnu, voire inexistant. Seule info donnée par les notes de pochette, Jacques Albin est l’auteur du titre et probable chanteur. Les plus mordus de sixties connaissent son immense classique C’est Du Velours, compilé sur le dernier volume d’Ils sont fous ces Gaulois, il y a vingt ans. La boucle est bouclée en somme ? Peut-être pas, en tout cas cette cinquième Wizzz! est une sacrée réussite. Oui c’est possible de faire des compilations sixties pertinentes et enthousiasmantes en 2026 !