The Mighty Lemon Drops, Happy Head (Blue Guitar, 1986)

En France, pour la musique d’outre-Manche, nous connaissons mieux la région des Midlands de l’Ouest à travers la ville de Birmingham (Black Sabbath, The Move, Dexys Midnight Runners, Broadcast, ELO…) ou Stourbridge (et son improbable scène Grebo). Pourtant, du coté de Wolverhampton, il s’est parfois aussi passé des choses. Dans les années 70, le club The Catacombs fut à l’avant garde de la northern soul, tandis que Slade frayait dans les charts avec leur glam-rock prolétaire. Plus proche de nous, Goldie, Cornershop ou les one-hit wonders de Babylon Zoo viennent du coin. The Mighty Lemon Drops se forment également là-bas en 1985. Si le groupe figure l’année suivante sur la mythique C86 du NME, ils n’ont pas acquis le statut culte des formations comme The Pastels, Primal Scream ou The Wedding Present. Ils ne sont bien sûr pas les seuls et de nombreux autres candidats de la compilation méritent aussi votre attention (Close Lobsters, The Shop Assistants par exemple). Les Mighty Lemon Drops font en tout cas preuve d’une certaine efficacité dès leur premier single, le classique Like an Angel (1985). Sorti sur Dreamworld, le label fondé par Dean Tracy (Television Personalities) et Emily Brown (Hangman’s Beautiful Daughters), le 45 tours est un énorme succès underground avec 14 000 ventes. Le groupe signe alors avec Blue Guitar, une structure montée par Geoff Travis (Rough Trade) au sein de Chrysalis, assez typique de l’époque (Blanco Y Negro, Kitchenware). Le groupe presse le pas et publie son premier album Happy Head en 1986. Les Mighty Lemon Drops se saisissent de l’urgence et en empreignent leur musique. Le groupe anglais ne s’embarrasse pas des détails.

Frénétique, électrique, Happy Head est une rafale de chansons menée tambour battant. Comme The Dentists, leur indie-pop lorgne sur le garage-rock et les années soixante. La hargne emporte la face A tandis que les Mighty Lemon Drops varient un peu plus les ambiances dans la seconde partie. Leur musique se pare de post-punk accompagné d’une explosion de  la guitare douze cordes (une Vox Teardrop) de David Newton. La batterie de Keith Rowley martèle quand la basse de Tony Linehan s’éloigne du tropisme sixties. Souvent comparés avec Echo & The Bunnymen, le groupe pioche aussi chez The Byrds et The Doors. Dès The Other Side of You, Paul Marsh déboule avec une incantation approximant celles de Jim Morrison. Les groupes californiens forment alors un fil rouge d’Happy Head. Les faces A des trois singles sont logiquement placées dans la première moitié. En plus de The Other Side of You et une bonne relecture de Like an Angel, les auditeurs peuvent ainsi profiter de My Biggest Thrill, un des morceaux les plus emblématiques du groupe. Après cette série de bruyants brûlots indie-pop, Mighty Lemon Drops s’autorisent ensuite un peu plus de fantaisie. Behind Your Back navigue à travers des volutes psychédéliques tandis qu’On My Mind s’éprend de délicats arpèges folk-rock. Enregistré aux mythiques Rockfield Studios par un certain Stephen Street, Happy Head a l’élégance de l’économie et la fulgurance de l’énergie. L’album vieillit bien, le feu sacré l’anime toujours autant.


Happy Head par The Mighty Lemon Drops est sorti en 1986 sur le label Blue Guitar.

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