The Boo Radleys : “Pour notre retour, on fuit la pression”

The Boo Radleys
The Boo Radleys / Photo : Chris Payne

Beaucoup s’interrogent sur la pertinence du retour des Boo Radleys. Est-ce un affront de reprendre le nom du groupe et de sortir un nouveau single en l’absence de leur compositeur et tête chercheuse Martin Carr ? D’autres l’ont fait avant eux, avec plus ou moins de succès. Que ce soit par nostalgie ou par nécessité. Si toutes ces questions animent la sphère indie, on ne peut pas dire qu’il en soit autant pour le groupe. Tous ont des familles et un job qu’ils ne souhaitent pas quitter. Leur seule obsession semble être de rejouer ensemble sur scène et de passer un bon moment. Ce plaisir est-il palpable à l’écoute du single du retour, A Full Syringe And Memories Of You ? Soyons honnête, si ce single n’est pas la catastrophe que beaucoup avaient annoncée, il est loin des sommets du passé. C’est un morceau honnête, ne cherchant pas à faire du Martin Carr à la place de Martin Carr. Il a pour mérite de remettre les pendules à l’heure en mettant en lumière le rôle des trois membres restant dans le processus créatif. Car oui, Martin Carr avait une vision et écrivait les morceaux, mais les albums des Boo Radleys étaient le fruit d’un travail commun en studio. Ce comeback aura également l’avantage de remettre ce groupe injustement sous-estimé sur le devant de la scène. Rares sont les artistes des 90’s à avoir continuellement évolué et expérimenté tout en restant constants dans la qualité de leur production. Certains auraient vendu un rein rien que pour pouvoir composer une face B telle Blues For George Michael. Les Boo Radleys étaient toujours en décalage, souvent avec un train d’avance. C’est en partie ce qui ne leur a pas permis d’avoir de succès sur la longueur. Sice, Tim Brown et Rob Cieka n’en sont que trop conscients. Mais ils sont suffisamment intelligents pour ne pas revenir avec l’ambition de prendre une quelconque revanche sur le passé. Ce sont juste trois amis ayant un hobby que beaucoup rêveraient de partager avec eux : jouer des chansons grandioses qui ont changé la vie de quelques indie kids, mais aussi bousculé la fourmilière d’une scène 90’s qui regardait trop souvent dans le rétroviseur. Alors plus que jamais, il est temps de reprendre le titre d’une de leur chanson (emprunté à un poème de Richard Brautigan) et de clamer haut et fort : Boo Forever !

Pourquoi avez-vous eu envie de reformer les Boo Radleys ?

Sice : Personne n’a eu l’idée de reformer le groupe. C’est quelque chose qui a évolué naturellement. J’ai invité Tim à participer à la soirée d’anniversaire de mes 50 ans. En échangeant, nous avons constaté qu’aucun de nous deux n’avait fait de la musique depuis des années. On s’est dit : pourquoi ne pas s’y remettre ensemble ? Nous avons commencé à nous envoyer des fichiers pour échanger des idées. Très rapidement, Rob s’est joint à nous. A aucun moment nous ne nous sommes retrouvés dans la même pièce. Tout s’est fait à distance. Sans réellement nous en apercevoir, nous avons cumulé un bon stock de chansons. Toutes étaient finalisées.

Avez-vous hésité avant de penser à les rendre publiques ?

Sice : Sincèrement, oui. Nous ne savions pas vraiment quoi en faire. Une seule chose était claire dans notre esprit, nous ne voulions pas les sortir sous le nom de The Boo Radleys. La première idée qui a germé a été de donner quelques concerts. Nous avons planifié des dates sous le nom de Sice Boo & The Radleys. Nous avions d’autres idées de noms tout aussi farfelues (rire). Avec le confinement, nous avons dû les annuler.

Pourquoi avoir changé d’avis pour le nom du groupe ?

Sice : Je suis allé rendre visite à Martin Carr (ancien guitariste et compositeur du groupe, ndlr)  au Pays de Galle pendant une journée. Je lui ai demandé s’il voulait rejoindre le groupe. Il a été honnête et a préféré décliner. Il a d’autres projets en tête en ce moment. Par contre, il m’a dit que ça ne servait à rien de jouer sous un autre nom. C’est lui qui m’a poussé à reprendre le nom des Boo Radleys.

Quelle est votre ambition pour cette reformation ?

Tous en même temps : Prendre du bon temps !
Sice : Ce que nous apprécions le plus à l’époque, et c’est toujours le cas, était de créer de la musique pour pouvoir la jouer en concert. Ça nous a énormément manqué. Le reste ne nous intéresse pas car ce n’est qu’une source de pression. Nous n’en voulons plus aucune. Le groupe n’est plus notre job, ni notre gagne-pain. C’est simple : soit on s’amuse, soit on arrête tout à nouveau. Idem pour les contraintes liées à la vie d’un groupe. Si nous ne voulons pas faire quelque chose, on dit non à notre manager. Nous avons gagné en maturité, en prise de recul. Depuis notre reformation, à aucun moment je ne me suis inquiété pour quoi que ce soit.

Avez-vous souffert de la pression de votre label, Creation Records, quand le groupe s’est retrouvé numéro un des ventes avec l’album Wake Up! ?

Rob : Nous avons dû jouer le jeu à contre cœur. Qui aurait imaginé qu’un groupe comme nous se serait retrouvé à la cérémonie annuelle des Smash Hits Awards ? Nous n’avions aucune envie de nous afficher à ce type d’événement.
Tim : Tu n’as pas idée du nombre de plateaux télé que nous avons fait pour des émissions pitoyables.
Sice : Creation nous disait que nous devions impérativement nous plier à leurs exigences promotionnelles. Nous avons dû faire un pacte avec le diable. Si tu te mets ta maison de disque à dos, les gens ont moins de chance d’écouter et d’aimer tes disques. Nous en avons souffert. Tout ce temps passé à faire de la promo pour les médias signifiait que nous donnions moins de concerts. On nous coupait de ce que nous aimions le plus.

Vous avez commencé à répéter ensemble. A-t-il été compliqué de redevenir The Boo Radleys ?

Tim : Avec les anciens titres, non. C’est parce que nous les avons joués des centaines de fois. Nous les connaissions déjà par cœur. Pour le nouveau répertoire, ça n’a pas été aussi simple.
Rob: J’ai apprécié chaque instant. Il y avait un super feeling.
Sice : Depuis la séparation des Boo Radleys, nous avons tous joué avec d’autres musiciens. Mais la complicité n’a jamais été la même que lorsque nous sommes tous les trois réunis dans une pièce. On se connaît depuis si longtemps. On se fait confiance. On sait ce que chacun peut faire.
Rob : Ou n’arrive pas à faire… (rire général)

The Boo Radleys
The Boo Radleys, back in the days.

Comment s’est passé l’enregistrement à distance ?

Tim : Chacun avait déjà l’habitude de travailler dans son coin par le passé. Cela ne m’a pas dérangé du tout. Au contraire, j’y ai pris un réel plaisir. Surtout parce que tout s’est fait à la maison, chacun de son côté. J’ai été ému au tout début lorsque j’ai ouvert un fichier et que j’ai entendu Sice chanter. Cela faisait si longtemps. Sans sa voix, les Boo Radleys n’existent pas.
Rob : A part pour Everything’s Alright Forever, nous n’avons jamais préparé d’album ensemble. Tout se faisait pendant les séances d’enregistrement.
Sice : Je suis convaincu que si nous nous étions donné rendez-vous pour travailler ensemble sur des chansons, il n’y aurait pas eu de reformation. Nous avons nos jobs, nos vies de famille. Le fait de pouvoir travailler sur nos morceaux quand nous avions un moment de libre nous a permis de rendre notre projet concret. Nous ne nous sommes par revus avant d’avoir terminé les chansons.

Allez-vous sortir l’album vous-même ou bien avez-vous été contactés par des maisons de disques ?

Tim : Personne ne nous a contacté. (rire)
Sice : Je ne sais pas pourquoi, mais ce n’est pas bien grave car nous voulons le sortir nous-même depuis le début. Nous voulons tout contrôler. C’est pour cette raison que nous avons créé notre label. En toute honnêteté, nous n’avons contacté aucune maison de disque.

Martin Carr ne fait plus partie du groupe. Cela a-t-il impacté le son des nouvelles chansons ?

Rob : Même sans Martin, qu’on le veuille ou non, nous sommes les Boo Radleys. Sans chercher à le provoquer, notre façon de jouer, notre alchimie et nos goûts musicaux font qu’un style musical spécifique ressortira lorsque nous apportons des idées. C’est clairement quelque chose qui sonne familier pour nous, mais qui le sera également pour les fans. Essayer de changer de style nous aurait demandé un véritable effort.
Sice : C’est étrange mais on ne peut pas s’empêcher de sonner comme avant. C’est contradictoire car si nous ne voulions pas nous appeler The Boo Radleys initialement, nos nouvelles chansons sonnaient dans cet esprit.

Retrouverons-nous la même diversité de titres ?

Sice : L’album est plutôt varié. Mais il ne faut pas s’attendre à des copies de chansons de Martin Carr. Ces nouveaux titres seront le reflet de nos trois personnalités. Il est important de le garder en tête. Les Boo Radleys tels que vous les avez connus n’existent plus. Certains éléments seront du pur Boo Radleys, d’autres partiront dans une direction différente. Par contre, comme par le passé, nous veillons à ne pas nous répéter.

Pourriez-vous nous parler du nouveau single et du choix de ce titre pour votre retour ?

Sice : Il n’y a pas eu de grosse réflexion. Les enjeux ne sont plus les mêmes.
Tim : Il y a de la trompette sur le morceau, on s’est dit que ça rappellerait des souvenirs aux fans (rire).
Sice : Il a été compliqué de nous adapter au monde et aux règles du digital. Sortir un single pour Spotify ne nous intéressait pas plus que ça. Nous aurions préféré sortir directement un album pour annoncer le retour des Boo Radleys.
Tim : Je trouve que c’est la chanson idéale. Elle ne sonne pas complètement rétro. Le titre ouvre des portes vers de nouvelles pistes et donne une bonne idée de ce que nous avons produit ces derniers temps.

Comment avez-vous vécu l’accueil de sa réception ?

Sice : On sentait que les fans avaient des appréhensions. Principalement parce que Martin ne fait plus partie du groupe. Finalement beaucoup d’entre eux nous ont dit avoir été agréablement surpris. J’espère qu’ils vont continuer à l’être car je suis convaincu de la qualité de nos nouveaux titres.
Tim : Nous allons sortir un EP en septembre avec trois inédits, ce sera le moment de le découvrir.

Comment vos influences ont-elles évolué depuis la séparation du groupe ?

Sice : Certaines sont toujours identiques. On ne pourra jamais s’empêcher de sonner un peu comme les Beatles. Comme à l’époque, nous absorbons également des éléments d’artistes récents. Principalement en écoutant la radio. Nous aimons mélanger ces deux mondes. On filtre le tout et ça devient quelque chose de très personnel. Nous ne sommes pas fans des artistes, mais de leurs chansons. Il est fréquent que nous trouvions le titre d’un groupe génial alors que nous détestons tout le reste. Je vais sortir mon téléphone et regarder mon Spotify pour te donner des exemples. J’ai en playlist des titres de Courtney Barnett, Nadine Shah, Sleaford Mods, The Staves, Richard Hawley, Nick Drake, That Petrol Emotion, Strawberry Switchblade, Sufjan Stevens, Kate Bush et beaucoup d’autres. Je n’ai pas de limite. Si c’est une bonne chanson, je me moque de savoir de qui elle est.
Rob : De mon côté, je suis à fond dans John Grant en ce moment.
Tim : Et moi je viens de replonger dans The Human League. Ce groupe est toujours incroyable sur scène. J’ai hâte de les revoir.

On a l’impression que l’importance des Boo Radleys est sous-estimée aujourd’hui. Vous avez été un groupe qui a marqué son époque, mais aujourd’hui peu vous citent en référence. En êtes-vous conscients ?

Sice : Un peu. C’est sans doute car nous étions légèrement en décalage avec les tendances du moment. Sauf pendant la période Britpop. Notre album Wake Up! se fondait bien dans le mouvement. Globalement, les maisons de disques ne savaient pas trop quoi faire de nous car nous étions compliqués à marketer. Nous avons donc appris à être sous-estimés car nous l’étions déjà dans les années 90. Ça ne nous a jamais enchantés. Certains albums n’ont pas été appréciés à leur juste valeur. C’Mon Kids par exemple est toujours pour moi un album expérimental absolument génial. A la même époque, on célébrait d’autres groupes pour leurs innovations et leurs expérimentations. J’ai du mal à expliquer pourquoi les médias et le public ont soudainement commencé à moins s’intéresser à nous. Ce disque mérite beaucoup mieux que la réception qu’il a eue. On nous a reproché d’écrire des chansons qui aliénaient nos fans. Quelle époque étrange. Avoir eu du succès avec Wake Up! nous a sûrement desservi pour la suite. Après avoir été le centre d’attention, les attentes ont été différentes et la perception que l’on avait de nous n’était plus la même. C’est dommage, mais ça ne me travaille plus depuis un bon moment. Aujourd’hui, je n’ai qu’une chose en tête : jouer nos anciens morceaux et une partie de notre nouveau répertoire sur scène.

Beaucoup réévaluent Kingsize votre dernier album comme un classique des Boo Radleys. Quelle est votre opinion sur ce disque ?

Sice : C’est un excellent album. Pourtant plus personne n’y croyait. Creation Records allait fermer, les membres du groupe voulaient fonder des familles ou trouver un travail stable. Nous n’avons pas pu défendre Kingsize sur scène. De mémoire, nous n’avons donné que deux concerts puis nous nous sommes séparés. Ce disque a longtemps été oublié. C’est dommage car on y trouve des chansons fantastiques. Nous allons enfin avoir l’opportunité de le démontrer en jouant certains extraits en live.

La chanson titre, Kingsize, était d’ailleurs un tube en puissance. C’est ce titre qui aurait dû sortir en premier.

Tous ensemble : Oui !
Tim : Je ne comprendrai jamais pourquoi le label a insisté pour sortir Free Huey en tant que premier single pour la promotion de l’album. Kingsize aurait eu plus d’impact. De toute façon, le titre aurait fait un flop car Creation ne déboursait plus un centime pour la promotion.
Sice : Le Royaume-Uni était en pleine vague Fatboy Slim. Free Huey leur paraissait plus vendeur car il était légèrement dans cet esprit. Kingsize n’existe que sous la forme d’un single promo. Une date de sortie était prévue mais Creation a tout annulé.

Avec du recul, quel est l’album des Boo Radleys dont vous êtes le plus fier et pourquoi ?

Tim : Kingsize sans hésiter. J’ai pris un réel plaisir à l’enregistrer. J’étais le seul d’ailleurs (rire). C’est le seul disque pour lequel je n’ai aucun reproche à faire au niveau du son. Certains fans sont obsédés par d’autres albums, mais j’y trouve toujours des défauts.
Rob : Je suis fier d’avoir participé à la création de Giant Steps. On y trouve beaucoup d’idées. Pour la première fois nos influences étaient digérées. A ce stade nous commencions à devenir de meilleurs musiciens. On s’est vraiment bien amusés pendant l’enregistrement. Nous étions fiers du résultat, mais je me souviens que nous avions tous peur de la réaction qu’allaient avoir les fans.
Tim : Heureusement que tu n’as pas cité Everything’s Alright Forever !
Rob : On y trouve de bonnes chansons.
Sice : (faisant la grimace) Peut-être, mais elles sont mal exécutées. Mon préféré est C’mon Kids. Après Wake Up! qui était très pop, je mourrais d’envie de sortir un disque bien plus fou et expérimental. Je pense que nous y sommes parvenus. C’est un disque que je trouve créatif.

Je me souviens de chroniques qui évoquaient le rock progressif et Queen pour décrire C’mon Kids. Etes-vous d’accord ?

Sice : Ça me va très bien. Nous sommes tous de gros fans de Queen et ce n’est pas si éloigné de la réalité. Certains titres de l’album ont quatre ou cinq sections différentes. Un peu comme Bohemian Rhapsody. Nous passions des guitares noisy à des parties purement vocales et enfin à quelque chose de très orchestral. ça s’entend sur Bullfrog Green ou Four Saints par exemple.

Comment allez-vous compenser l’absence de Martin Carr sur scène ?

Tim : Pour l’instant c’est un secret qu’on nous empêche de révéler. En fait c’est simplement un ami de Rob qui remplacera Martin. Rien de bien excitant (rire). Il est vraiment doué. Nous n’excluons pas l’ajout d’un guitariste supplémentaire à ce stade.
Rob : Il a mis du temps à nous l’avouer, mais c’est un gros fan du groupe. Un jour il nous a dit : si à l’âge de quinze ans on m’avait dit que j’allais jouer avec les Boo Radleys, je me serais fait un « Top là ! ». Je ne sais pas ce qu’en pensera Martin. Mais ça, c’est une autre histoire…


A Full Syringe And Memories Of You est disponible en téléchargement sur le site des Boo Radleys.

3 réflexions sur « The Boo Radleys : “Pour notre retour, on fuit la pression” »

  1. Sice Boo & The Radleys c’etais deja plus acceptable que d’utilisé encore le nom the boo radleys ,et je pense aussi a new order sans peter hook ce n’est plus new order ,il fallait la aussi changé de nom

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