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All you need is (Simon) Love

Simon Love
Simon Love / Photo : Rose Stone

Simon Love devrait être une pop star millionnaire. Il a les tubes, il a l’attitude, il a la personnalité, il porte des costumes bien taillés et de belles chemises. Pourquoi alors n’entend-on pas en boucle à la radio une chanson comme The New Adam and Eve ? Pourquoi Love is a Dirty Word n’est-elle pas devenue le titre phare de la BO d’une comédie romantique avec Hugh Grant ? Pourquoi Xs and Os, de son premier groupe The Loves, n’a-t-elle pas atteint 1 millions de vues sur Youtube ? Pourquoi Motherfuckers n’a t-elle pas acquis le statut d’hymne de fin de soirée, qu’on chante allégrement en chœur après avoir ingurgité un nombre conséquent de pintes ? Pourquoi Joey Ramone et son clip désopilant n’a-t-elle pas fait un buzz viral sur les réseaux sociaux ? Pourquoi Not If I See You First n’a-t-elle pas été acclamée avec plus d’enthousiasme ? La musique de Simon Love est pourtant facile d’accès et même parfaitement compatible avec le succès de masse. Continuer la lecture de « All you need is (Simon) Love »

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David Byrne, Qu’est-ce que la musique ? (Philharmonie de Paris)

David Byrne, Qu'est-ce que la musique ?La figure du musicien-théoricien a toujours été singulière dans le domaine des musiques populaires : de Brian Eno à David Grubbs ou David Toop, elle a le plus souvent concerné ce lieu plutôt marginal qui a assumé un certain dialogue avec les musiques expérimentales et autres gestes avant-gardistes. Tout se passant comme si l’impératif de réflexivité ne pouvait concerner que cette figure du créateur fréquentant le bord le plus « savant » des pratiques musicales contemporaines : Eno, dans la préface qu’il consacre au classique Experimental Music de Michael Nyman, parle en effet d’une « musique hautement intellectuelle », d’une « expérience spirituelle qui, dans les faits, était un terrain où nous pouvions exercer, mettre des propositions philosophiques en pratique ou nous approprier des procédés fascinants et ludiques. » (p. 10.) L’élaboration de concepts, la mise en œuvre d’hypothèses théoriques, allant ici de pair avec cet archétype de l’artiste chercheur et inventeur de formes. Et à ce titre, la figure de David Byrne ne nous semble pas déroger à la règle. Continuer la lecture de « David Byrne, Qu’est-ce que la musique ? (Philharmonie de Paris) »

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David Pajo, 1968 (Drag City, 2006)

David Pajo, 1968Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Peut-être pour les quelques souvenirs qu’il m’avait laissés ou bien parce que ce soir, je n’(en) attendais pas grand-chose si ce n’est des moments de beauté qui viendraient se glisser entre les silences. Pourquoi l’avoir acheté à l’époque d’ailleurs ? Sûrement la pochette et les quelques histoires que j’avais lu sur lui. Ou peut-être ces mots lus récemment – « ….simplicité qui donne de la profondeur. » – ces mots qui m’ont fait penser à Bark PsychosisHex (1994)- , SlintSpiderland (1991)-, puis qui m’ont donné envie de. Tout ça, ce ne sont que des questions qui ne méritent pas de réponses. Continuer la lecture de « David Pajo, 1968 (Drag City, 2006) »

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Kcidy, Kcidy a dit (Another Record, Le Confort Moderne, Le Pop Club Records)

Kcidy, Kcidy a ditLe disque de commande, ou plus précisément de résidence pourrait devenir un genre à part entière dans les prochaines années. Plutôt réservée aux arts plastiques, aux vidéastes ou aux écrivains, la résidence est devenue en effet un moyen pour les musiciens de préparer des concerts ou de futurs enregistrements dans de bonnes conditions. Ce glissement témoigne, d’un côté, de la nécessité pour les groupes de trouver des moyens de subsistance complémentaires aux concerts et à la vente de disque et de l’autre, de la nécessité pour les institutions (les fameuses SMAC notamment) de se diversifier et de rendre visible leurs actions auprès de leurs tutelles, communales ou régionales. Voilà pour la tambouille. Continuer la lecture de « Kcidy, Kcidy a dit (Another Record, Le Confort Moderne, Le Pop Club Records) »

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Papivole #9, Mon histoire avec la presse musicale, 1978-2018 : Emmanuelle Debaussart et Best

Emmaunelle Debaussart / Photo : Richard Bellia
Emmaunelle Debaussart / Photo : Richard Bellia

Dans les années 80, mon grand frère, Eric, conservait dans sa chambre tous les périodiques, achetés par mon père, mois après mois. Il y avait des piles de magazines pour adultes (et adolescents) sur ses étagères : de la bande-dessinée (beaucoup : (À suivre), Métal Hurlant, Pilote, Charlie Mensuel, Fluide Glacial…), de la photo (Photo, La revue de la photo), des trucs érotiques (Lui surtout, quelques Absolu) et de la musique évidemment : Rock’n’Folk depuis la fin des années 70 et son grand rival, Best. Pour la presse musicale, il y avait un rituel destructeur, chaque fin d’année. Afin de gagner de la place (nous vivions dans un appartement à la surface limitée, déjà mangée par les milliers de livres de mon père), mon frère entreprenait de ne conserver que les pages qui l’intéressaient et il entamait chaque mois de décembre un grand découpage, arrachage, déchirage des revues « rock ». Continuer la lecture de « Papivole #9, Mon histoire avec la presse musicale, 1978-2018 : Emmanuelle Debaussart et Best »

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Moon Duo : Révolution disco

Sanae Yamada Ripley Johnson Moon Duo
Sanae Yamada et Ripley Johnson, Moon Duo

Deux ans après le remarquable Occult Architecture, diptyque aussi fascinant que bizarrement clivant, Sanae Yamada et Ripley Johnson, les deux cerveaux de Moon Duo, reviennent aujourd’hui avec Stars Are the Light, un sixième album très réussi qui, tout en faisant tourner les boules à facettes d’une disco universelle largement fantasmée, élargit spectaculairement le champ du nouveau rock psychédélique que le duo façonne patiemment depuis 2010. Pour cela, Moon Duo a choisi de prendre un surprenant virage électro-pop, délaissant d’un coup les références appuyées à Suicide et Spacemen 3 pour mieux se rapprocher de sonorités discoïdes qui tranchent singulièrement avec tout ce que le groupe a pu produire jusque-là. Continuer la lecture de « Moon Duo : Révolution disco »

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I Love You (Miss Robot) – The Buggles

17 secondes qui ont changé ma vie

« Ex Machina » d’Alex Garland (2014) / Photo : UPI

Il avait hésité. C’est ce qu’était encore la vie de mon père, à 40 ans : une hésitation. C’était avant le chômage, et la certitude d’avoir définitivement perdu. Il avait hésité puis laissé sa main choisir : ce ne serait pas le disque de Madness qu’il ramènerait à la maison, également sur les rayonnages du supermarché où il avait fait halte en quittant le bureau, mais The Age of Plastic, le premier album d’un duo britannique, The Buggles, dont le premier single Video Killed The Radio Star allait bientôt faire pivoter l’axe de rotation de la Terre, et dont la pochette graphique semblait tendre des passerelles de fils colorés vers ses Rotring et sa planche à dessin, ses outils d’ouvrier. Continuer la lecture de « I Love You (Miss Robot) – The Buggles »

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Selectorama : Stephen Duffy

Stephen Duffy
Stephen Duffy et son petit gilet léopard Paul Smith en 1985 / Photo : Chris Duffy

Cet été, tandis que BMG annonçait la venue d’un nouvel album de The Lilac Time (Return To Us, sorti il y a un mois à peine), je me suis replongé comme tous les deux ou trois ans dans la discographie éclatée de Stephen Duffy, songwriter britannique à l’ancienne, un peu perdu dans le monde contemporain. C’est pourtant en s’accrochant à la modernité pop synthétique qu’il toucha du doigt le succès que beau nombre de ses contemporains n’ont fait que fantasmer au final. Sans doute pour mieux retourner à un terroir qu’il fantasmait à son tour (mais pas tant que ça, héritage familial, tout ça) : instruments acoustiques, maison perdue dans la campagne, veste de tweed et Clarks aux pieds… C’est ensuite en yo-yo qu’il bâtit sa carrière, entre voyages initiatiques aux États-Unis ou contrat d’homme de l’ombre pour chanteur à succès (Robbie Williams) pour toujours revenir à sa famille originelle, près de son frère Nick Duffy, fondateur des Lilac Time. Continuer la lecture de « Selectorama : Stephen Duffy »