Colombey, Les yeux fermés (Jelodanti)

« Connais-tu un produit chimique pour me détacher de toi ? »

L’histoire, c’est que j’ai vu Colombey fin du printemps début de l’été, j’avais été invité pour une plancha chez un copain, c’était super bon, un truc un peu fantasmatique de nourriture hybride cajun créole. Et puis, c’était la première fois que je venais seul à un repas, depuis plus de 20 ans que ça m’était pas arrivé, ça faisait bizarre. En fin d’aprèm, j’étais finalement soulagé de partir de cet endroit pourtant accueillant, où tout le monde était si heureux et que j’étais triste à mourir. Le prétexte, c’était d’aller à un concert dans la rue à côté de chez moi. Rebecca Bonté (qu’on retrouve sur Les yeux fermés d’ailleurs) ouvrait le bal et puis Colombey fermait le ban. Autant la jeune femme me perdait – et ça faisait du bien – avec son électro abstraite et sa chanson destructurée, autant le gars m’a ramené dans un état proche de l’Ohio, j’ai le moral à zéro, comme disait Isabelle.

Colombey / Photo : DR
Colombey / Photo : DR

Toutes ses chansons tournaient plus ou moins autour de l’absence, du départ, du temps qui s’écoule depuis la séparation et de la façon de chanter tout ça. C’est simple, au moment de La fenêtre sombre, bien blotti contre le mur du fond, les larmes ont coulé, comme un robinet en proie à une fuite massive, c’était tellement fort comme sensation, concentrée en trois minutes. Et puis il a bien fallu rentrer à la maison après le concert, en baissant un peu la visière de la casquette sur les yeux rougis, en essayant de ne croiser trop personne du regard.

Je suis incapable de te dire, lecteur, si Colombey a chanté des morceaux de ce nouvel album, je pense, mais disons que je suis très content qu’un album sorte aujourd’hui et documente cette histoire de crooner du froid, de cœurs glacés, de souvenirs qui s’effacent de la disquette. Comme tu peux te douter, ce disque fait à la fois du bien, et du mal, parce qu’il est tellement intense,  à la fois en mettant à distance ce qui t’arrive, en l’extirpant de ton intimité pour l’étaler au grand jour, en te faisant comprendre les mécanismes des choses qui t’arrivent :  aucun retour en arrière ne sera possible.

Sur des motifs synthétiques simples aux résonances étonnamment asiatiques parfois, des boites à rythmes sommaires, Thiloude pose ses mots tristes, désespérés, de sa voix presque blanche : les mélodies sont quasi les mêmes d’une chanson à l’autre, mais c’est cette régularité dans le propos qui fait l’attachement à ce disque qui freeze les moments les plus tristes d’une romance, à en devenir saoul, à en devenir fou, mais à en sortir plus lucide aussi. Un des disques les plus sombres de l’époque, qui ne servira donc à rien, puisque c’est bien connu : aucune ancienne amoureuse, aucun ancien amoureux ne gâchera de son temps précieux à t’écouter chanter et pleurer, et donc à me lire. On a capté, c’est pas grave, et c’est pas pour ça qu’on arrêtera de le faire, chanter, écrire, car c’est à peu près tout ce qui nous reste. Car de toute façon : « Personne ne se souviendra de nous ».


Les Yeux Fermés par Colombey est sorti chez Jelodanti

 

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