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Messieurs-dames, on ferme !

Trois lieux emblématiques d’une scène indé parisienne fragilisée ferment leurs portes ce printemps.

Le Motel à Paris, hier soir vers 3 heures du matin. / Photo : TS
Le Motel à Paris, hier soir vers 3 heures du matin. / Photo : TS

Hier soir, il y avait foule devant Le Motel, à deux encablures de Bastille. Le cœur des indie heads était réuni passage Josseret pour boire une dernière pinte avant fermeture définitive, avec quelques pincements ici et là à l’évocation des souvenirs. Une chorale d’habitués chantait Common People à tue-tête à l’intérieur, une foule compacte frissonnait sur le trottoir, et Tali et ses comparses transformaient les dernières gouttes de bière en petites larmes à l’œil. La dernière soirée de ce lieu symbolique où tant de musicien.nes sont passé.es et où tant de groupes se sont formés, avec 18 ans au compteur, tourne une page de l’histoire de la pop et de l’indie parisienne. Continuer la lecture de « Messieurs-dames, on ferme ! »

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Avant-gardes folk

Ce week-end, le festival Rage Sacrée à Petit Bain explore la puissance immersive des musiques expérimentales associées aux instruments folk et traditionnels.

Malicorne
Malicorne / Photo : DR

Il peut au premier abord paraître paradoxal d’associer musiques expérimentales et musiques folks ou traditionnelles. Le plus souvent, la posture avant-gardiste semble exclure tout rapport aux formes sur le long terme, pour lui substituer une logique de la table rase − la projection futuriste comme seule option défendue. Pourtant, une filiation minoritaire semble pouvoir être repérée : sans remonter jusqu’à Bartók et son intérêt pour les musiques folkloriques d’Europe centrale, la séquence psyché aura été particulièrement féconde en croisements acid et folk – Incredible String Band, Tim Buckley, Robert Wyatt, et pour la France Malicorne ou Alan Stivell. Continuer la lecture de « Avant-gardes folk »

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je ferme les yeux

À propos d’Hypnogram de Thurston Moore, extrait de Flow Critical Lucidity (Daydream Library)

Porquerolles / Photo : Sébastien Berlendis
Porquerolles / Photo : Sébastien Berlendis

J’avance le départ d’une journée, je quitte à la hâte la maison du Radar à côté du sémaphore dans les hauteurs de l’île de Porquerolles. Depuis le Cap d’Arme, je prends le temps de saluer, comme chaque matin, l’étendue bleue qui s’allonge et scintille —sans doute jusqu’aux côtes africaines. Malgré la lourdeur du sac, je descends en courant les premiers lacets, coupe à travers les champs d’oliviers. Continuer la lecture de « je ferme les yeux »

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Jouir pour lutter

La Philharmonie de Paris consacre une exposition au Disco, mouvement au cœur des revendications d’alors jusqu’à aujourd’hui.

Paradise Garage, 1979 (détail) / Photo : Bill Bernstein
Paradise Garage, 1979 (détail) / Photo : Bill Bernstein

Le disco recèle un étrange paradoxe. Ce style, assis chronologiquement entre l’épanouissement grand public de la soul afro-américaine et l’explosion de la House, s’avère toujours autant apprécié, surtout les soirs de nouvel an, que totalement méconnu. C’est d’ailleurs sur cette étrange réalité que les maitres d’œuvres de l’exposition (les commissaires Jean-Yves Leloup, Patrick Thévenin et Marion Challier, accompagnés de Dimitri from Paris pour le décorum vinylesque et l’expertise discographique) ont insisté lors de la présentation auprès de la presse. Sa signification politique et sociale, son hédonisme militant, notamment chez les minorités afro-américaines et LGBTQIA+, se confond avec un certain doute, voire dédain, envers sa signification et sa profondeur artistique. Continuer la lecture de « Jouir pour lutter »

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Photos ratées, bourbon à température et sécessionnisme poussiéreux

Ce bon vieux « Good Old Boys » par Randy Newman est sorti il y a 50 ans, en 1974.

Randy Newman, Good Old BoysRetour sur le quatrième album de Randy Newman au sommet d’une carrière qui en a connu d’autres mais dont l’actualité éphéméridaire (on « fête » ses 50 ans) et politique (son analyse des rapports de force au sein de la société américaine) reste d’une incroyable pertinence tout en étalant une richesse esthétique (savante convocation de Scott Joplin, Nino Rota, Irving Berling, Ry Cooder, Don Henley et les auteurs William Faulkner, John Steinbeck, Flannery O’Connor) qui ne cesse de laisser bouche bée malgré les années. Continuer la lecture de « Photos ratées, bourbon à température et sécessionnisme poussiéreux »

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good-sad-happy-bad, musique d’aujourd’hui et de demain

good sad happy bad

good – sad – happy – bad

C’est n’importe quel type de jour

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Être en P.L.S. avec « H.M.S. Fable » de Shack

Pour tout être à fait honnête, nous n’avions pas vraiment prévu de parler de Shack et des rééditions de H.M.S. Fable (1999) et de … Here’s Tom With The Weather (2003). Tout a été écrit sur la carrière des frères Head, ex-Pale Fountains. Une photographie de Mick et de son frère John tenant le vinyle de H.M.S. Fable dans leurs mains a changé irrémédiablement la donne. Et si… Et si… John pouvait revenir aux affaires. Écrasé par la figure de son frère aîné, John Head a tout encaissé et a claqué la porte laissant à son frère le rôle du héros à la carrière solo au final assez heureuse. Ce billet d’humeur ne doit son existence qu’à une envie. À savoir celle de voir John Head publier son premier disque solo. Continuer la lecture de « Être en P.L.S. avec « H.M.S. Fable » de Shack »

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« Avez-vous peur ? »

Time Is Away, "Turn On Arabic Radio Oscura" (Knekelhuis)
Time Is Away, « Turn On Arabic Radio Oscura » (Knekelhuis)

Dans ces moments tragiques, d’apocalypse pour le pays de ma naissance et ses habitants, la seule chose que je sache faire depuis le lieu où je suis c’est continuer à travailler, et écrire ici, en disant les sentiments et les réflexions et les fragments de pensée : car la pensée n’est plus, à propos du Liban et ce que la guerre infinie fait de nous, que fragmentée, irrésolue, indicible dans sa totalité. Car la totalité n’existe plus vraiment : lorsque la réalité, là-bas, est celle des bombardements et des combats, il ne reste rien à quoi se raccrocher. Ce qui m’a toujours extirpé de la violence, ce sont les lectures, enfant, les disques, ensuite. J’essaie de le dire ici. Et parfois certains résonnent avec le monde comme celui-ci : un seul morceau, emprunté à Muslimgauze et à Ssiege, mixant les deux via le duo Time is Away. Que reste-t-il ? Continuer la lecture de « « Avez-vous peur ? » »