« au petit matin blême, nous flottons quand même, noyés sous les problèmes, nous flottons quand même »
Le dimanche, des gens se pressent dans des stades voir des clubs amateurs se défoncer sur des terrains stabilisés ou des gazons décatis. L’ouvrier fauche le prof de sport qui a juste le temps de décaler l’employé pour un superbe assist’ que le portier, boulanger du coin, ira chercher au fond des filets. C’est pas la Coupe d’Europe, ni la Coupe du monde. Personne, accoudé au rambardes blanches qui entourent le terrain, ne fait semblant d’être devant Bein Sport, et pourtant, personne ne manquerait le match de la semaine suivante… Je me suis toujours demandé ce que foutaient ces gens, qu’est-ce qu’ils attendaient au fond, de ces joutes amateures. Continuer la lecture de « Walter & Lavergne (autoproduit) »
Après Le Gospel dont j’évoquais la naissance avec Adrien Durand, son fondateur, dans Papivole #3, je m’attarde aujourd’hui sur Fond de caisse. Comme le monde est petit, j’en avais appris la gestation en m’entretenant avec Mili & dYmanche pour Langue Pendue, drôle de duo, alors installé à Lyon et qui fréquentait les jeunes gens impliqués dans le projet qui n’avait alors pas encore de nom. Rien ne m’excite plus que de m’incruster devant un média dont je ne parle pas le langage, avec ses références et ses codes, que je mets du temps à maîtriser (ou pas). Avec Fond de caisse, je suis servi. Avec ses pseudos imagés, ses entretiens au coin du feu, ses fausses petites annonces, sa rubrique Cap ou pas cap (ma préférée), le fanzine, aux couleurs chatoyantes, m’a fait pénétrer un monde étrange avec des textes pleins d’humour et des groupes aux noms de société secrètes (plutôt celles qu’on découvrirait dans un téléfilm de Franju) : Golem Mécanique, Terrine, Begayer… Mais point de folie littéraire, Fond de caisse évoque scènes et musiciens de ce sous-sol qui irrigue le territoire, de squats en salles autogérées, et d’où émergent régulièrement de fortes têtes qui prennent un peu de lumière au mainstream : électroniques détournées, folklore renaissant, chansons de traverse, à fond ici, à fond maintenant, à fond la caisse. Continuer la lecture de « Papivole#4, Mon histoire avec la presse musicale, 1978-2018 : Le fanzine Fond de caisse »
Dans les années 80, le rêve de beaucoup de parents était que leurs enfants embrassent la carrière d’ingénieur en informatique. C’était le cas des miens. Du coup, j’ai eu droit à mon ordinateur personnel, un Commodore Vic 20 suivi de son grand frère le Commodore 128, avec son lecteur cassette (pour la disquette, c’était trop cher). J’apprenais donc des rudiments de langage basic, je me mettais à saisir du code, en reprenant notamment celui livré avec Hebdogiciel. Tous les samedis, mon père me ramenait même un fascicule de l’encyclopédie à assembler soi-même,ABC Informatique.
Il y a deux automnes, au fin fond d’une vallée des Vosges du nord, dans une petite maison ouverte au quatre vents, le grand frère avait organisé un festival, à quelques mètres de vaches, les mammifères les plus pacifiques de la terre, qui paissaient, en silence… Il y avait aussi des saucisses qui grillaient dans un coin bar, tenu par les vieux parents, des enfants qui partaient en exploration, et quelques groupes (celui du grand frère donc, celui du cousin), un DJ qui vidait sans le vouloir la piste de danse et même une projection de film d’horreur à une heure du matin, devant laquelle tout le monde s’endormait. Une histoire de famille. Continuer la lecture de « Hicks & Figuri, Navaja (Herzfeld) »
Ils sont une infime partie de ma collection de disques, ceux qui ont le privilège d’accompagner mes siestes, rares mais précieuses, quand le sommeil me gagne en début d’après-midi, qu’il fait soleil et que je peux m’allonger sur le lit, les portes du balcon grandes ouvertes sur les arbres qui bordent le parc en face de la chambre. Je m’assoupis dans un semi sommeil, tandis qu’ils deviennent la bande-son de mes errements chimériques, tandis que je flotte entre deux mondes. Continuer la lecture de « Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, Victoire Chose (Teenage Menopause) »
Il ne faudrait pas trop me pousser pour me laisser sombrer dans une confortable mélancolie liée à mes innombrables lectures passées. Sûr. En réalité, mon inclinaison spleenétique a l’avantage d’être contrebalancée par une curiosité insatiable, vorace et chronophage (et jalouse, évidemment). Depuis que j’écris à nouveau un fanzine, et que je publie Langue Pendue, je m’intéresse au milieu dans lequel je baigne, avec cet effet loupe qui me fait croire à une nouvelle effervescence autour de ce type d’imprimés (en fait elle est constante depuis bien longtemps). Bref, c’est en travaillant sur Langue Pendue n°6 avec Franck Vergeade que ce dernier me mit sur la piste du numéro un du fanzine Le Gospel, écrit par Adrien Durand, installé depuis peu à Bordeaux. Sans le savoir, je connaissais son écriture puisque je fréquentais le webzine musical pointu The Drone (devenu plus tard Le Drone) auquel il participait, je l’apprendrai plus tard. En lui demandant un entretien par correspondance, j’avais surtout envie de rencontrer un acteur actuel, né à l’écriture dans les années numériques et attiré vers le papier et l’objet physique, pour lequel, pour le coup, il ne pouvait être soupçonné d’appétence nostalgique. J’allais découvrir aussi une personnalité moderne, transversale, à la fois née du net, rompue à la pige de large diffusion (Les Inrockuptibles) et aux métiers de la musique (tourneur, programmateur…), tout en cultivant ses goûts uniques et multiples dans son pré carré personnel : Le Gospel. Un goût du présent.
Où cette histoire nous mènera ? C’est la question que j’aurais dû poser à Thomas Pradier quand je l’ai croisé le mois dernier à Strasbourg, alors qu’il fumait tranquillement une cigarette après un concert où il œuvrait à la basse (une réédition de la fameuse Höfner Violin en bandoulière, les détails ont une importance) dans un backing band tranquille. Tout de vert vêtu, dans une belle veste aux motifs mexicains brodés, l’élégant jeune homme, mèche blonde et yeux bleu-clair, porte avec modestie une classe certaine, et parle de peu de mots, avec douceur. Continuer la lecture de « Thomas Pradier, Où cette histoire nous mènera (Lunadelia Records) »