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Pictures On My Wall : Joe Dilworth

Joe Dilworth
Joe Dilworth

C’était à Londres, un jour de peu de soleil, à la toute fin de l’hiver ou au début du printemps. Je me rappelle d’ailleurs la promenade le long des canaux de Camden Town, le sous-sol du magasin de disques à quelques mètres du métro, le verre au Good Mixer, dont les dorures avaient déjà passé, à peine quelques mois après les premiers essoufflements de la britpop. Broadcast était sur le point de réaliser la compilation de ses trois premiers singles – deux publiés par Duophonic Super 45’s, le label de Stereolab, et le troisième par Wurlitzer Jukebox. Le disque, dont le titre mystérieux annonçait Work & Non Work, allait paraitre chez Warp – ce qui avait un peu surpris tout le monde. Comme l’écrit le photographe aujourd’hui, le groupe venait d’achever sa balance dans la petite salle emblématique du Dingwalls – le soir même, il y délivrait un concert magnétique, emmené par une Trish Keenan à la beauté diaphane (“Elle s’excuserait presque d’être là”, avais-je gribouillé encore impressionné dans l’introduction du papier écrit pour la RPM) et face à un Bobby Gillespie enthousiaste. Pendant la session, je m’étais tenu à l’écart, mais j’avais observé la façon de travailler de Joe Dilworth. Plus qu’une séance photo, cela ressemblait à une discussion entre des gens qui partagent pas mal d’amis et de passions – ce qui d’ailleurs était le cas. Je ne suis pas sûr, mais je crois qu’il utilisait un Rolleiflex. Au bout d’à peine dix minutes, il m’avait dit : « C’est bon ». Quelques semaines plus tard, quand j’ai vu le résultat, j’ai bien sûr tout de suite compris qu’il ne m’avait pas menti. Continuer “Pictures On My Wall : Joe Dilworth”

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Raoul Vignal reprend “Take Me Home (Part 2)” de Cabane

Raoul Vignal Thomas Jean Henri Cabane
Raoul Vignal et Thomas Jean Henri / Cabane

Au début, je n’ai pas voulu l’écouter. Parce que je trouve tellement parfaite la version originale de cette chanson admirable – sa douceur, sa mélancolie érigée en art de vivre, la voix feutrée de Bonnie « Prince » Billy, les chœurs qui emportent le cœur – que je me suis dit “à quoi bon” ; Et aussi, parce que je peux bien l’avouer, depuis quelque temps maintenant, je suis incapable de réécouter cette chanson, et le sublime album auquel elle appartient (Grande Est La Maison, un petit chef d’œuvre d’intimité déclinée en clair-obscur) qui ont bercé mon quotidien pendant plusieurs semaines – ces semaines de confinement dont je ne me rendais pas compte à quel point elles étaient traumatisantes. Mais ne plus pouvoir écouter un disque, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive et en général, ça m’arrive avec des disques importants – le dernier, c’était La Question de Françoise Hardy, que j’ai tenu éloigné de ma platine pendant presque deux ans

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The Apartments – Sans Domicile Fixe (1995)

The Apartments
Interview The Apartments, extrait du numéro 1 de la RPM, daté de mars-avril 1995.

On ne doit pas rencontrer ses héros ? Sans doute. Mais il y a toujours des exceptions. Lorsque j’ai rencontré Peter Milton Walsh pour la première fois, c’était dans les locaux de son label français – New Rose, peut-être – un matin de novembre, au lendemain d’une prestation électrique au festival des Inrockuptibles. Je crois qu’il avait une légère gueule de bois – et il n’a donc pas dû s’apercevoir que je tremblais légèrement et que j’avais la bouche désespérément sèche. Au moment de lancer le magnéto pour enregistrer ses propos, je ne me doutais pas qu’on parlerait de Kylie et de Dusty, je ne me doutais pas qu’il me laisserait un exemplaire de son premier 45 tours. Et je me doutais encore moins qu’un quart de siècle plus tard, j’écrirais encore à son son sujet – avec la même peur de ne pas être à la hauteur. 

À l’orée des années 90, on avait depuis longtemps rédigé l’épitaphe de Peter Walsh et de The Apartments. « Compositeur australien surdoué, contemporain de Robert Forster et de Grant McLennan, responsable d’un album essentiel – The Evening Visits… Ans Stays For Years – et d’une poignée de singles. A disparu aux environs de 1987, sans laisser d’adresse ». Et puis, l’an passé, l’homme donnait de ses nouvelles, comme si de rien n’était. Drift, disque bleuté et séduisant, confirmait un talent intact. Aujourd’hui, Peter Walsh annonce même la sortie prochaine d’un nouvel album. Une occasion rêvée pour une visite guidée inespérée. État des lieux.

Interview : Les Frères Poussière. Photos : Michelle Pavlou

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Le club du samedi soir #16 : The Apartments

Peter Milton Walsh, The Apartments
Peter Milton Walsh, The Apartments

Et alors, on écrit quoi ? On écrit quoi sur un groupe au sujet duquel on a déjà tant écrit ? On écrit quoi sur un groupe qu’on chérit – et peut-être le dernier groupe pour lequel on serait encore prêt à en venir aux mains ? On écrit quoi sur un groupe dont on pense à chaque disque qu’il a réalisé son meilleur album alors que bien évidemment, le suivant nous fout à nouveau par terre, nous laisse le souffle coupé, nous donne envie de nous servir un dernier verre ?  Alors, on écrit quoi ? Des faits, peut-être. Continuer “Le club du samedi soir #16 : The Apartments”

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Holy Shit reprend “Tomorrow” de The Durutti Column

Matt Fishbeck (Holy Shit)

Il y a quelques semaines (autant dire dans une autre vie – c’était au mois de mai je crois), j’ai déjà écrit toute ma fascination pour l’Américain Matt Fishbeck, un esthète comme on n’en croise plus aucun dans l’univers de la musique pop, taillé dans l’étoffe d’un héros d’un film de Pasolini – si tant est qu’il y ait des héros dans les films de Pasolini, mais c’est une autre histoire. Une fascination qu’est venue nourrir ce matin, presque au réveil (Matt Fishbeck est de ceux qui font attention au décalage horaire, une qualité assez rare pour être soulignée), la réception d’une reprise via un lien YouTube. Mais reprise n’est sans doute pas le mot le plus juste. Il s’agit plutôt d’une relecture.

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Nancy Sinatra : “Il me reste quelque chose à accomplir, mais je ne sais pas ce que c’est…”

Nancy Sinatra

L’icône du cool a fêté ses 80 printemps il y a tout juste quelques semaines, début juin. Celle qui n’a pas sa langue dans sa poche sur les réseaux sociaux – c’est une fervente engagée anti Trump – revenait sur ses dernières rencontres artistiques (Morrissey, avant qu’il ne sombre dans les considérations politiques douteuses, et Jarvis Cocker) à l’occasion de la sortie de son dernier album studio à l’automne 2004 auquel ont également collaboré Thurston Moore, Joey Burns de Calexico, Steven Van Zandt ou Bono. Nicolas Gabrielle l’avait interviewée. Le genre de rencontres dont on ne se remet pas tout à fait.
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Jarvis Cocker : “Il est important d’avoir dans son existence une saine dose d’ennui car elle peut procurer un élan intéressant.”

Jarvis Cocker sur la pochette de son album solo de 2006.

Quelques jours à peine avant la sortie de Beyond The Pale, le nouvel album de son projet JARV IS…, nous avons décidé de revenir sur un moment important de sa carrière, le début de ses aventures en solo. Estelle Chardac et Christophe Basterra l’avaient rencontré en 2006. Et comme souvent avec lui, ses propos sont particulièrement savoureux.

L’homme avait pourtant juré de prendre sa retraite. De se contenter d’offrir ses bons et loyaux services à des artistes en manque d’inspiration. On pensait d’ailleurs qu’il avait bel et bien joint l’acte à la parole, sa signature se retrouvant çà et là (Nancy Sinatra, The Lovers…), mais sa longiligne et légendaire carcasse demeurant invisible depuis quatre ans. Après Pulp, le groupe qui l’avait consacré en icône pop improbable au mitan des années 1990, et un bref projet récréatif – Relaxed Muscle –, Jarvis Cocker avait décidé de goûter aux plaisirs simples du mariage, de la paternité et de la vie parisienne. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Continuer “Jarvis Cocker : “Il est important d’avoir dans son existence une saine dose d’ennui car elle peut procurer un élan intéressant.””

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Twisted Wires, One Night At The Raw Deal (Italians Do It Better, 2009)

On se souvient forcément de la première fois. Surtout de la première fois où on a écouté une production Italians Do It Better. 20 rue du Sentier, dernier étage, un bureau en face de l’entrée, un bureau qui donne sur un balcon. Une personne de confiance qui tend un CD et affirme : “Je crois que ça peut te plaire”. Une boucle, une guitare, une voix et le fantasme qui devient réalité – The Cure aurait enfin découvert le XXIe siècle et embrigadé une femme… À partir de ce moment-là, on a surveillé de près toutes les productions du label américain  – et ça continue aujourd’hui. En 2009, on avait pu se procurer ce maxi. On ne savait rien ou pas grand chose. On a écrit ça, vite, parce qu’on n’a pas envie de réfléchir quand c’est un coup de foudre. On fonce, on verra après quoi. Dans le texte qui suit, il y a des erreurs. Des erreurs factuelles – le type s’appelle Richard Durham, Johnny Jewel n’est en fait pas loin (et pour la petite histoire, Twisted Wires a ensuite réalisé un deuxième maxi sept ans plus tard et les deux disques sont compilés sur le CD Half Lives, paru en 2017). Mais pour l’émotionnel, je ne changerais pas une seule virgule. Continuer “Twisted Wires, One Night At The Raw Deal (Italians Do It Better, 2009)”