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#unknownpleasures40

Joy Division Unknown Pleasures
« Unknown Pleasures » sur la platine de Christophe Basterra, ce matin.

Août 1987, sur le marché de Pise, les pièges à touristes s’accumulent et la tour penche vraiment. Sur les étals, je suis proprement sidéré par le culte voué par les transalpins à Jim Morrison. Badges, drapeaux, ticheurtes, bobs et n’importe quoi, le mausolée érigé aux Doors et à leur chanteur pouet-pouet disparu est partout.

Alors je dis à mon oncle :

— Tu verras dans 10 ou 20 ou 30 ans, ce sera Ian Curtis et Joy Division.

J’ai quinze ans, bientôt seize. Et ma prédiction un peu bravache se révèlera tout à fait juste.

Septembre 1986, j’achète Unknown Pleasures à la Fnac, c’est un mercredi après-midi et je n’oublierai jamais la première sensation quand l’aiguille se pose sur les premiers coups de boutoirs de la caisse claire de Stephen Morris, puis la basse propulsive de Peter Hook. Et ce morceau, Disorder. Tube absolu. Impression de flotter, d’une élévation, d’une lumière éblouissante, d’être à présent au cœur du sujet. Que cette structure souterraine enfouie au cœur de la ville est d’une force colossale. Car cela peut être n’importe quelle ville, mais ce n’est pas n’importe quelle ville, c’est Manchester en 1979. Quoi qu’il en soit, six ans plus tard, je sais qu’on peut y mettre ce que l’on veut. Ce n’est pas n’importe quel disque, on le regarde depuis un certain temps. Mais ça n’est pas encore le classique qu’il va devenir, juste un disque important de la new wave. Et pourtant c’est bien mieux que tout ce que j’ai écouté jusqu’à présent. J’étais un peu perdu dans le rock, Metallica m’avait fait passer aux Stooges et aux Sex Pistols en quelques mois. The Cure était le groupe du moment et j’y sautais à pied joints (en Nike, comme le gros). J’aimais beaucoup les Cramps aussi. Mais je découvrais maintenant des Stooges infristes, des sons jamais entendus, une tension rentrée qui ne me lâcherait plus jamais. L’espoir et l’angoisse au même niveau, enfin. Et comme dans les paroles, une force motrice qui me prendrait par la main.

Maintenant, je sais. Je sais très bien qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, à peine conscients qu’ils étaient pris dans l’étau d’un destin impérieux, dont un ne se relèverait pas. Que c’est Martin Hannett qui a fait d’un groupe punk, obsédé par Low de Bowie/Eno et par l’inventivité butée du Krautrock, avec en sus la force de frappe de Black Sabbath, ce qu’il devient sans conditions. Au delà du référent culturel qu’il est devenu, mon groupe préféré de tous les temps, celui que j’écoute toujours avec le même plaisir et qui m’a accompagné à tous les âges. De la morbidité choisie de l’adolescence aux tourments du divorce, pour le pire. De l’hédonisme du dancefloor à la célébration de la complexité de la vie, pour le meilleur. Merci Joy Division, merci New Order.

Unknown Pleasures et sorti le 15 Juin 1979, il y a quarante ans. Et ce n’est peut être même pas le meilleur disque de Joy Division.

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