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Kevin Krauter, Full Hand (Bayonet/Differ-Ant)

Sans que l’on parvienne réellement à en identifier les causes, Toss Up (2018), le premier album solo de Kevin Krauter, s’était insinué dans la densité du quotidien jusqu’à figurer en bonne place dans l’intimité arbitraire des palmarès de fin d’année. Deux ans plus tard, le bassiste de Hoops reprend le fil de son discours musical là où il l’avait provisoirement interrompu. «  It’s embedded in my brain/That things will never change/The way it is, is the way things are/So deal with it«  annonce-t-il d’emblée sur Patience. On se le tient donc pour dit : l’inertie est ici de mise. Pour l’affronter, les instruments ne constituent qu’un recours insuffisant : quelques pistes de guitares et autant de claviers archaïques suffisent à tracer les contours des chansons que surligne la métronomie robotique d’une boîte à rythmes. Ils suffisent pourtant à nourrir une série de méditations contemplatives, entre une introspection dépourvue de complaisance et immersion rêveuse dans les paysages entraperçus depuis le refuge autarcique du home studio.

Dans ce décor dépouillé, Krauter navigue en suspension, virevolte entre les fréquences d’une antique radio FM, basculant sans crier gare d’un interlude soft-rock tout droit sorti d’une station californienne mid-1970’s – Intermission – à une recomposition minimaliste et approximative de Only You (1982) de YazooPiper. Rien de bien neuf ni de très original dans cette forme de bricolage qui laisse soigneusement apparaître ses points de soudure comme autant de traces ostentatoires de sa fragilité revendiquée. L’écho des voix et des instruments y résonne trop souvent, jusqu’à remplir les fragments élégamment disposés des silences, pour que l’on puisse feindre de ne pas y reconnaître les références. Quelques semaines à peine après la réédition bienvenue du premier album des Pale Saints, il est d’autant plus aisé de remonter à la source originelle de ces accords saturés que l’on entend parfois surgir du chaos avant d’y retourner à la fin de morceaux aux conclusions effilochées. Et pourtant, il demeure ici une forme de présence substantielle qui échappe au lot commun des formations concurrentes et qui confirme que le bassiste de Hoops possède ce je-ne-sais-quoi qui  manque trop souvent aux énièmes références du catalogue Captured Tracks. En dépit des approximations assumées, la subtilité des mélodies et des arrangements laisse la place à de magnifiques Surprise. L’air de rien, ou de pas grand-chose, Krauter réaffirme ses capacités étonnantes à insuffler une forme cohérente à cette matière première vaporeuse, évitant habilement cet effet barbe-à-papa si souvent ressenti à l’écoute fugace des petits faiseurs de sa génération, lorsque le charme superficiel se dérobe au moment de la dégustation évanescente de chansons sans réelle saveur. La grâce demeure omniprésente. Elle se constate davantage qu’elle ne s’explique.

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