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Double Negative de Low, par Jonathan Caouette

Jonathan Caouette

Il aura fallu attendre vingt-cinq ans de carrière pour en arriver là. Avec Low, le couple Alan Sparhawk et Mimi Parker ont posé les bases d’un genre à eux, comme une évocation lente et triste d’une intensité sans pareil. Double Negative (PIAS), leur nouvel album, est pourtant le plus radical de tous, comme s’ils avaient débarrassé d’un brutal revers de main sur la table la méthode qu’ils avaient créée. Avec leur producteur BJ Burton (Bon Iver, Lizzo, et Francis and the Lights), ils ont concentré leur propos à l’os, dans leur forme la plus brute, la plus nue, la plus puissante. J’ai découvert Low il y a 14 ans, alors que le groupe avait déjà quelques-uns de leurs plus beaux albums derrière eux, au détour d’un documentaire bouleversant, de ceux que l’on n’oublie jamais : Tarnation de Jonathan Caouette (2004). Pour son premier film en forme d’autofiction réalisée chez lui sur imovie, il avait mis en scène l’intime, le tragique : toute sa vie par le prisme de l’évolution psychiatrique de sa mère et la quête de son identité sexuelle, dans un tourbillon hypnotique de photos et de vidéos super 8 parfois tournées lorsqu’il était encore enfant. Ces images d’une force indélébile étaient accompagnées d’une bande son magnifique (Lisa Germano, Cocteau Twins, Mavis Staples, Marianne Faithfull, The Magnetic Fields…), et comportaient également trois titres de Low (Laser Beam, Embrace et Back Home Again), présents symboliquement au début, au milieu et à la fin de son film. Lorsque j’ai écouté Double Negative, j’ai immédiatement pensé à Jonathan Caouette, me demandant ce qu’il aurait pensé d’un tel disque. Voici sa réponse.

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Lauren Auder

Lauren Auder / Illustration : Pauline Nunez

Le regard est vague, l’expression lunaire, l’apparence indéfinissable, qui semble hésiter au fil des jours entre street et néo-romantique. Urbain et gothique. Une allure hybride, un genre qui n’a plus d’importance. Des ongles rouges et des cheveux longs, pour un garçon, on appelait ça androgyne, mais ça, c’était avant. “Maintenant, tout est dit, tout est ouvert. Il y a la musique, il y a moi, et le reste c’est un peu superflu… Tu me vois tel que je suis, et ce que j’ai envie de dire, je le dirai à travers mon art.” Si quelques traces d’adolescence filtrent encore à 19 ans, la pose est certaine mais la maturité est là, sans doute arrivée à très grande vitesse par les voies profanes de l’internet. Débarqué de nulle part en ce début de printemps, Lauren Auder a lancé The Baptist à la face du monde, le genre de chanson dont on ne se remet pas tout à fait. Continuer « Lauren Auder »

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Musique Chienne, La maison de Billy (Cheptel Records)

Musique chienne La Maison de BillyOn l’a vu poser en photo sur les réseaux, l’air plutôt fier, avec ses vinyles tout frais pressés sous le bras. Fin mars, Flavien Berger passait rendre visite aux amis disquaires de Ground Zero à Paris pour déposer le premier album de Musique Chienne. Ce petit non-événement illustre plutôt bien ce qui se dégage de La Maison de Billy.

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Boucles hantées

Bibio

Un léger souffle, comme le reliquat poussiéreux d’un enregistrement effectué sur une machine antédiluvienne, comme la brise perçue à travers les feuilles des arbres, parcourt la plupart des longues plages instrumentales de Phantom Brickworks. L’écho d’une présence, ou d’une absence, selon ce que notre imagination voudra bien percevoir. Le souvenir dématérialisé est un élément central de l’album : ce que l’on retient de quelque chose qui a disparu, et la trace imperceptible de son passage. L’abstraction de l’ambient était sans doute la façon la plus profonde, et la plus inspirante d’exprimer ces choses pour Stephen James Wilkinson, alias Bibio.
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The Other People Place, Lifestyles Of The Laptop Cafe (Warp)

Plus de quinze ans après l’arrêt de leur carrière, Drexciya reste l’un des secrets les mieux gardés de Detroit, et en même temps, une des figures les plus importantes de la scène locale, celle qui a vu émerger ses pères fondateurs : les Belleville Three (Kevin Saunderson, Juan Atkins et Derrick May), Mad Mike et le collectif Underground Resistance, ou Jeff Mills, pour faire court. En dix ans (1992-2002), Gerald Donald et James Stinson, producteurs techno issus de la seconde génération, ont posé les bases d’une musique électronique subtile, hypnotique et incroyablement riche, sous une pléthore d’avatars, dont le plus fameux reste Drexciya.

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John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino)

Dès les premières notes de Screen memories, quatrième album de John Maus, le synthétiseur analogique prend une fois encore toute sa place, et ce n’est pas anodin. Crée de toutes pièces par Maus, de la gravure du circuit à l’assemblage des pièces, il définit en grande partie son esthétique. Pour l’ancien clavier d’Animal Collective ou Panda Bear, et proche d’Ariel Pink avec qui il a longtemps collaboré, les sonorités de ces instruments hâtivement estampillées eighties vont plutôt chercher les bases de leurs harmonies au milieu de la renaissance, dans certaines pièces de musique médiévale qu’il a longtemps étudiées. Continuer « John Maus, Screen Memories (Ribbon Music / Domino) »

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The Field, Cupid’s Head (Kompakt/Modulor)

Le risque, avec un groupe comme The Field, c’est d’avoir un peu le sentiment d’écouter le même disque à chaque nouvelle sortie, tellement le choix esthétique défendu par le Suédois Axel Willner est précis et pointu. Des titres longs, instrumentaux, et progressifs qui puisent dans le dénominateur commun entre shoegaze, krautrock et techno.

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