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Traiter du désespoir – Roberto Bolaño, The Flaming Lips et François Truffaut

Collage sauvage et de mauvaise foi de l’actualité culturelle de la semaine

Fanny Ardant
Fanny Ardant chez François Truffaut

On peut pendant, longtemps, mal recevoir et mal traduire une livre, un film ou un disque. Un malentendu, comme l’on dit souvent. Notre époque n’en manque pas. C’était l’une des obsessions de Roberto Bolaño, régler son compte à toutes formes de langage « mauvais », ce langage articulé pour désinformer, pour créer le vide. L’auteur de 2666 s’est souvent amusé à reproduire une scène littéraire – celle que l’on peut discerner à chaque automne, ici, en France avec toujours les mêmes noms et visages – en y montrant toute la vanité de ces éternels ambitieux du moindre prix. Pour Bolaño, le seul prix à payer en littérature, c’est celui d’une vie. Les Éditions de l’Olivier ont eu l’excellente idée de publier l’œuvre complète de l’auteur Chilien. La mise en forme des ouvrages et l’absence d’un appareil critique digne de ce nom, cela laisse à désirer un peu… mais ce sera le seul grief de pareille proposition. Dans ce troisième tome, qui parait en ce mois d’octobre, on retrouve un récit génial sur la stratégie en littérature – Le Troisième Reich. Un titre de nouvelle qui n’a pas manqué de susciter le malentendu. Autre malentendu – c’est The Flaming Lips. Leur dernier album, American Head, pourrait passer pour leur énième sucrerie psychédélique. Pourtant ce disque est plutôt un aboutissement. Wayne Coyne et son groupe ont forgé, depuis The Soft Bulletin (1999), une réelle réflexion sur la disparition, la mort et l’avènement d’un nouvel ordre. C’était l’une des thématiques principales de Yoshimi Battles the Pink Robots (2002), un monde qui surgit, nouveau et à la technique oppressante. The Flaming Lips dresse avec son dernier disque, un panorama sublime et vicié, fignolant des superbes mélodies pour cadenasser l’angoisse. Une œuvre tragique. Arte, pour sa part, a souvent de bonnes idées et proposer une rediffusion de Truffaut en est une. Il faut revoir Truffaut pour saisir qu’il n’est pas seulement ce fou de cinéma, cet élégant et ce soucieux du scénario parfait. Même dans une comédie comme La Sirène du Mississipi (1969), une infinie tristesse fait parfois chavirer le rire. Cinéaste de l’anxiété, il demeure fascinant et insaisissable. Lui non plus n’a pas manqué les malentendus, surtout lorsqu’il débuta comme critique dans la revue Arts. Ces articles, récemment republié chez Gallimard, sont de prodigieux trésors de mauvaises foi. On a souvent mal traduit par Traité du Désespoir, un concept du Philosophe danois Kierkegaard, qui porte le nom de maladie à la mort. C’est cette maladie sublime qui réunit cette semaine Bolaño, The Flaming Lips et François Truffaut.

Roberto Bolaño, Oeuvres Complètes III (Editions de l’Olivier)

 

 

The Flaming Lips, American Head (Warner Records)

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