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The Creation, les EP français (Cameleon Records)

The Creation

Les années soixante furent une période très compétitive pour les groupes de rock britannique. Peu nombreux furent les élus, ceux capables d’atteindre les cimes du classement. Vingt ans plus tard, les passionnés redécouvrirent de nombreuses et valeureuses formations, à l’ombre des têtes d’affiche de l’époque (The Beatles, Kinks, Who, Stones, Small Faces…). The Creation fit incontestablement partie des plus belles trouvailles des archéologues du rock sixties outre-Manche, aux cotés de The Smoke, The Sorrows ou The Action. Leur musique influença ainsi rétrospectivement de nombreux groupes et labels parmi lesquels Ride (ils ont repris How Does It Feel to Feel), Oh Sees (cover de If I Stay Too Long) et bien sûr Creation Records.

The Creation
The Creation

Les deux EPs français du groupe, tout juste réédités par l’excellent label spécialisé Cameleon (Les Homards Violets, Le Bain Didonc, Adam’s Recital etc.), témoignent de l’évolution particulièrement rapide du rock anglais dans la seconde moitié de la décennie, avec un certain panache. Making Time sort en 1966. La chanson titre est une véritable déclaration d’intention de la part de The Creation : une pure déflagration pop art de feedback dans la grande tradition des Who avec un riff de guitare dévastateur. Shel Talmy, producteur des Kinks, Easybeats ou des Who, leur concocte un son freakbeat dément. Eddie Phillips, le soliste du groupe, s’acharne sur son archet et amène la guitare électrique dans des contrées alors inédites. Jimmy Page saura d’ailleurs s’en souvenir avec Led Zeppelin.

Les trois autres chansons de l’EP confirment que The Creation aurait pu jouer les trouble-fête dans l’aristocratie du rock anglais. Try and Stop Me, la face B du single anglais (et ici second morceau de la face A) est presque aussi accrocheuse que Making Time. Dans une veine pop sautillante, elle préfigure les obsessions de la powerpop. Biff Bang Pow! (mais ne serait-ce pas le nom du groupe d’Alan McGee ?) déroule une cavalcade moderniste fameuse. Sylvette, enfin, est (à notre connaissance) le seul titre instrumental du groupe, et il est spécifique au pressage français. Il conclut honorablement l’EP mais reste plutôt un filler de fin de session d’enregistrement pour compléter un disque. Après des débuts prometteurs (Making Time, puis Painterman, ici absente), le groupe peine à se faire une place en Angleterre. La formation, comme de nombreux autres ensembles britanniques, trouve refuge dans les classements d’Europe continentale et particulièrement en Allemagne.

Un an plus tard, en pleine révolution psychédélique, le groupe publie ainsi son unique album dans le pays de Goethe, constitué de morceaux tirés des premiers singles, quelques covers et de nouveaux titres originaux. La France a alors le droit à un second EP compilant certaines de ces chansons. Tom Tom, choisi comme titre fort, ne paraît même pas en Angleterre. La chanson a pourtant de sérieuses qualités. Plus pop que le premier EP du groupe, elle évoque astucieusement le riff de She Said She Said des Beatles. If I Stay Too Long complète dignement la face A, nous plongeant dans un crescendo de volutes psychédéliques. The Creation retrouve leurs obsessions modernistes avec la très cool Can I Join Your Band, pas leur meilleure, mais somme toute un excellent titre nerveux propulsé grâce à un superbe passage rave-up de feedback. Nightmares parachève la discographie de The Creation en France. La chanson saisit l’esprit taquin de The Move et se fend d’un super refrain ; une belle conclusion pour un groupe qui aurait certainement mérité (un peu) mieux. Les deux EPs français du groupe sont, en tout cas, une excellente introduction à The Creation, et forment quasiment un best of auquel il manquerait deux ou trois autres titres emblématiques comme Painterman ou How Does it Feel to Feel.

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