TH da Freak, Coyote (Howlin’ Banana)

Je découvrais TH da Freak en février 2018, à l’occasion de la sortie de son album The Hood. J’étais vite devenue accro à ces onze titres, à ces guitares dans lesquelles je retrouvais à la fois la désinvolture slacker de Pavement et l’énergie skate punk de Mazes. Mon coup de cœur s’était confirmé en concert, où la bande de Bordelais menée par Thoineau Palis prenait pour moi tout son sens. Je décidais d’en parler dans ces pages à l’occasion d’un Sous Surveillance dans lequel Thoineau confiait : « Sur la pochette, c’est la Statue de la Liberté à dix mètres de chez moi à Bordeaux, pour dire que j’aime les States et que le disque sonne ricain ». Effectivement, tout dans le son et l’image convoquait le Seattle des nineties, et il ne m’en fallait pas plus pour être conquise. C’est aussi malheureusement là, in the hood, que j’ai laissé le garçon aux cheveux bleus : parce qu’il est si prolifique et que je le découvrais principalement sur scène, j’ai perdu le fil pendant la pandémie et retenu seulement quelques tubes de ses albums suivants, comme Peeling the Onion et Hospital (Freakenstein, 2019). J’ai donc abordé Coyote, son cinquième LP tout juste paru, comme des retrouvailles, c’est à dire avec un peu d’appréhension et de curiosité : allais-je y retrouver ce qui m’avait plu dans The Hood en 2018 ? Dans quelle direction Thoineau avait-il pu évoluer au cours des quatre dernières années ?

TH Da Freak / Photo : Pierre Martial
TH Da Freak / Photo : Pierre Martial

Le premier titre, Killing Bleach, suscite d’emblée l’interrogation : référence au premier album de Nirvana ? Volonté de « tuer » le grunge, de le mettre de côté cette fois-ci ? La suite le dira. Pour l’instant, la batterie, réglée telle un métronome, lance la marche et en évoque une autre, celle qui ouvrait The Hood en 2018, la conquérante Old Ladies of the Blocks. Les « ouh ouh » et « yeah » si caractéristiques sont toujours là ; le ton, lui, bien plus mélancolique. Mélancolie exacerbée sur la seconde piste, single incontestable de l’album, Magaly Should Run. Quelques accords de guitare acoustique et une entrée de voix en canon suffisent à convoquer Alex G, qui sera à nouveau évoqué sur No Future, avec sa boîte à rythmes et son vocoder. 

Pour la première fois, le groupe si habitué au do it yourself s’est accompagné d’un producteur, un autre Bordelais, Stephane Gillet. Cela se ressent au niveau de la qualité sonore, mais aussi – puisque le lien se devine – des arrangements, plus fournis qu’auparavant. Le college rock de Come Rescue Me In The Forest se pare d’un xylophone quand Pretty Cool et Please Don’t Cry In My Arms s’illuminent de violons, dont le faste est contrebalancé par des voix et des textes simples et toujours aussi efficaces. Sur un titre plus dépouillé comme Coyote, le soin apporté aux détails permet à une nouvelle sensibilité d’émerger : on entends le grattement du mediator sur les cordes et l’anglais impeccable du chanteur semble susurré à l’oreille. Seuls les quelques mots de français concluant le texte viennent trahir les origines des Girondins (comprenant d’ailleurs trois frères Palis : Thoineau/TH, Sylvain/SIZ et Rémi/Animalmore), qui continuent pour sûr à puiser leurs influences dans les « States » : les boucles de guitare tranchante de Notorious Man rappellent Ty Segall, on entend du Woods sur My Queen (Ola), ou du Kurt Vile en passant à The Call. Les compositions n’en perdent rien en qualité – elles sont aussi entêtantes qu’à l’accoutumée -, en identité peut-être. Alors que The Hood ressemblait à l’œuvre d’un seul homme, Coyote apparaît davantage comme un projet de groupe, ce qui peut aussi expliquer ce léger sentiment de dispersion. Et le grunge, du coup, est-il vraiment mort ? Il faut attendre Sail Away, conclusion de l’album, pour le savoir. Cela commence comme du Cure mais plus loin, ces deux phrases : « Sail away from here / Sail away from me ». Plus elles sont répétées, sous différentes intonations, et plus c’est clair : le spectre de Kurt Cobain rôde encore dans les parages. 

Quatre ans sont bien passés depuis cette première rencontre avec Th da Freak. La mélancolie est plus présente et la fougue des débuts, contenue au profit d’une réflexion et d’un travail très manifestes. Il ne fait aucun doute qu’un cap est franchi mais à la sortie de ces retrouvailles, un petit regret subsiste : le référencement inévitable de chacun ou presque des onze titres de ce Coyote ; regret toutefois apaisé par la certitude que c’est sur scène que les liens entre ces propositions se feront, que c’est là, comme d’habitude, que la « patte » TH da Freak distribuera à nouveau ses baffes.


Coyote par TH Da Freak est disponible sur le label Howlin’ Banana.
TH Da Freak sera à l’affiche ce samedi 15 octobre de la journée consacrée à l’indépendance dans le rock à La Rodia à Besançon, avec bourse aux disques, table ronde et concerts le soir. Event Ici.

Coyote by Th Da Freak

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