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#25 : Stereolab, Stunning Debut Album (Duophonic Super 45’s, 1991)

Stereolab, Mispress Gloubiboulga.
Stereolab, Mispress Gloubiboulga.

Je portais un t-shirt Stereolab, orange sur fond vert, le jour où j’ai manqué me jeter dans la Seine.
C’était un 1er mai, et c’était un dimanche aussi. C’était une journée splendide, baigné d’un soleil radieux, du peu que je pouvais en voir par intermittence humide. Je travaillais en sous-sol à la réalisation d’un générique pour un programme télévisé, avec Frédéric, le monteur, aujourd’hui disparu, emporté trop tôt par une maladie qui ces derniers temps se rappelle un peu trop souvent à mon souvenir. Toutes les heures je sortais dans la rue déserte, pas pour fumer, non (à l’époque on clopait comme des cosaques dans les salles de montage) mais pour masquer ou tenter d’endiguer le flot des larmes. Je vivais alors le pic (on ne parlait pas encore de plateau) d’une grosse déprime d’origine inconnue – je n’osais alors, et n’oserai point encore, employer le terme de dépression, mais c’est bien là juste une question de vocabulaire – intervenue quelques mois auparavant. C’est Ayrton Senna qui m’a sorti de là. Continuer « #25 : Stereolab, Stunning Debut Album (Duophonic Super 45’s, 1991) »

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#21 : Material, Memories (Celluloid, 1982)

Material
Material, Skin deep.

Est-ce le fait d’avoir passé la journée d’hier juché sur une échelle, ou campé sur le toit à tenter d’anticiper les tuiles à venir, mais je sens ce matin l’esprit d’escalier qui me taraude. J’avais d’abord envisagé de vous entretenir de l’hétéronymie chez Fernando Pessoa et Will Oldham, puis de tirer sur le marabout de ficelle pour voir ce qui relie Eric & Ramzy, Richard Matheson et Diabologum, avant de redescendre d’au moins un échelon suite à la rencontre inopinée avec ce 45 tours jaune et rouge étoilé. Au-delà du symbole du pentagramme (Little Red Record ?), c’est surtout le bandeau dans le coin supérieur gauche de la pochette qui, en cette période de distanciation sociale, a fait mouche. Spécial frotti frotta ! Qu’est-ce qui leur a pris chez Celluloid ce jour là ? Coup de génie commercial de Karakos ou abus de mauvais retsina ? Continuer « #21 : Material, Memories (Celluloid, 1982) »

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#19 : Eyeless In Gaza, Others (Cherry Red, 1981)

Eyeless In Gaza, tronc commun.
Eyeless In Gaza, tronc commun.

Que deviennent les autres, proches comme ennemis, quand tu ne les vois plus ? Peut-on tendre à une certaine plénitude en se laissant socialement distancer ? L’altérité est-elle soluble dans le confinement ? Vous avez deux heures. Continuer « #19 : Eyeless In Gaza, Others (Cherry Red, 1981) »

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#18 : Orange Disaster, Something’s Got To Give (Neuter Records, 1980 / Vogue, 1981)

Orange Disaster, deux en un.
Orange Disaster, deux en un.

Le batave siffle tard.
Je ne sais plus qui de Thierry Roland ou de Jean-Mimi Larqué en est l’auteur (ou même si la citation n’est pas, qui sait, apocryphe). Encore moins de quel match il s’agissait, s’il concernait l’équipe de France ou un grand d’Europe. Qu’importe (je gage que Christophe B. saura nous éclairer). De la formule de nos duettistes, Bouvard et Pécuchet de la lucarne, de ce fragment d’un discours amoureux sur le football où, avec un sens inné du raccourci (et du tacle à la carotide), le génie le dispute à l’idiotie, on retiendra essentiellement que l’arbitre était néerlandais et avait une conception toute personnelle du temps additionnel. Mais rien ne nous empêche d’exfiltrer cet immortel aphorisme de l’aire de jeu et de le malaxer pour mieux l’appliquer à la politique de nos homologues hollandais en matière de stratégie sanitaire. D’abord partisan d’un calcul délicat, la fameuse « immunité collective » un temps chère à BoJo, le gouvernement néerlandais préconise désormais, plutôt qu’un confinement généralisé et contrôlé, un « lockdown intelligent » – une façon de jouer sur les mots ou de pointer poliment le manque de jugement du voisin. Aux pays des polders, on peut vivre comme avant, ou presque. Si les bars, les musées ou les salles de gym sont fermés, la plupart des magasins restent ouverts, ainsi que les coffee-shops (mais attention, uniquement pour la vente à emporter !). On peut donc, en relative liberté, continuer à rouler – et pas seulement à bicyclette – ou subtiliser des Van Gogh. Maintenant, reste à savoir si le batave est versatile. La barre des 1500 décès ayant été atteinte (puis allègrement dépassée après la rédaction de ce post) aux Pays-Bas, il n’est pas exclu que l’arbitre siffle rapidement la fin de la récré, laissant seule la Suède jouer les prolongations (et Virna Lindt me faire du pied sous la table pour passer sur la platine). Continuer « #18 : Orange Disaster, Something’s Got To Give (Neuter Records, 1980 / Vogue, 1981) »

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#17 : The Passage, New Love Songs (Object Music, 1978)

The Passage, carré rose.
The Passage, carré rose.

Manifestement, baisser le son n’était pas une option. Alors que j’avais repris la longue lecture, abandonnée au bord de la route quelques mois auparavant, du London Orbital de Iain Sinclair, et que cette exigeante déambulation psycho-géographique le long de la M25 – la motorway qui ceinture le Grand Londres – demandait toujours autant de concentration, un type du nom de Scarlxrd, catalogué par mon second fils comme le pape du trap metal (je ne sais pas où il va chercher des termes pareils, il n’a jamais mis les pieds au Vatican ni même dans une église) éructait des lyrics chelou sur un ton passablement agressif. Quand j’avais 12 ans, je m’enfermais dans ma chambre pour faire jouer mon électrophone ou écouter le hit-parade sur les radios périphériques. La solitude était une donnée nécessaire pour m’adonner à cette exploration, sans compter qu’ainsi je ne cassais les tympans à personne. Désormais les mômes se déplacent avec une enceinte portable en bandoulière et imposent Koba La D ou Zola à toute la maisonnée. Je réitérais mon injonction au silence, sans succès, ledit Scarlxrd se contentant de balancer un virulent Go fuck yourself till’ you bleed en retour. Continuer « #17 : The Passage, New Love Songs (Object Music, 1978) »

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I Like 2 Stay Home #16 : Sixties Garage Etc.

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

Les États-Unis offrirent dans les années soixante une quantité de groupes phénoménale. Généralement regroupés sous l’étiquette Garage-Rock, cela ne traduit pas nécessairement la richesse de cette profusion de formations souvent semi-professionnelles et avec des discographies parfois minces. Ce mix n’a pas vocation à être représentatif de quoi que ce soit, mais il donne quand même en filigrane une certaine idée du son que pouvait avoir les jeunes groupes nord américains dans cette décennie. Qu’ils soient garage (The Standells, Question Mark and the Mysterians), psyché, bubblegum (The Ohio Express), folk-rock (The Leaves), instrumentaux (The Ventures, The Arrows) ou même hard rock, rares sont ceux à avoir véritablement marqué la grande histoire de la musique, et pourtant tous offrent une plongée fascinante dans le passé autour d’excellents morceaux. Les plus connus ici seront certainement The Byrds, The Turtles ou Iron Butterfly. J’ai pris le parti pour ces groupes de choisir des titres instrumentaux qui je l’espère s’inscrivent bien dans la dynamique générale… Les amateurs de sixties reconnaîtront beaucoup de noms (Strawberry Alarm Clock, Music Machine, Paul Revere and the Raiders etc.), surtout ceux qui ont écumé les compilations Nuggets ! J’espère néanmoins aussi arriver à les surprendre sur quelques morceaux. J’ai pioché dans ma collection des disques achetés sur une période d’une douzaine d’années, certains très récemment, d’autres que j’ai été chercher dans mes boîtes dédiées. La sélection a ainsi été enregistrée en live avec des 45 tours . Ils sont majoritairement d’époque – j’ai pris juste une petite liberté pour le magnifique In The Past – ceci peut expliquer que certains sonnent un peu lo-fi mais cela fait aussi partie du charme, non ? Continuer « I Like 2 Stay Home #16 : Sixties Garage Etc. »

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#16 : Orchestre Rouge, Soon Come Violence (RCA, 1982)

Orchestre Rouge
Orchestre Rouge dans la bibliothèque.

Décidément, je n’en rate pas une. Ou plutôt si, justement. Pas plus tard qu’hier au jardin, dans la belle lumière du soleil déclinant, où je tentais de perfectionner mon petit jeu – chipping et approches levées, essentiellement. Or personne, et moi le premier, n’est à l’abri d’un coup mal dosé, d’une trajectoire non maitrisée. Insensible à la recommandation don’t try this at home – et ce n’était pourtant pas faute d’avoir réécouté récemment Accident Waiting To Happen de Billy Bragg – je courus pleine balle vers les dégâts, ceux qui à l’instar des feuilles mortes se ramassent à la pelle. La tête basse et le club entre les jambes, je rentrai avouer mon forfait à la maison. D’où on me rétorqua que ce n’était pas si grave, qu’est-ce que tu veux y faire (sinon aller me nettoyer tout ça fissa). Continuer « #16 : Orchestre Rouge, Soon Come Violence (RCA, 1982) »

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#15 : Les Ablettes, Tu verras (Réflexes, 1983)

Les Ablettes
Les Ablettes, le nez dans le gazon.

Chaque jour, réduire davantage le débit. Filtrer les images comme les prises de paroles sur les plateaux. Tenir les petits à distance de la brutalité des faits. Resserrer l’emprise sur les canaux des chaines d’infos en continu, pour que ça ne coule plus qu’au compte-gouttes. Et compter les morts – puisque même en établissant un sas de sécurité autour de la télé, on ne peut pas décemment tourner le dos aux chiffres, s’abstraire totalement des titres et des manchettes. Certains soirs, certains matins, l’entrain déraille, le moral s’en trouve tout chiffonné, et le bleu du ciel, cet indéfectible soutien quotidien, nous renvoie à des batailles qu’on peine alors à mener.
Parfois l’antidote surgit inopinément des boites. Celle-là, on lui a d’abord fait la moue. Elle nous a fait conjuguer de vilains verbes, dubiter, opiner du chef. Et puis who cares anyway, une ruade d’optimisme teenage et faussement béat ne se refuse pas, pas en ce moment. Continuer « #15 : Les Ablettes, Tu verras (Réflexes, 1983) »