Selectorama : Blackmail

Blackmail
Blackmail

Après Bones (2013) et Dur Au Mal (2015), on attendait une continuation dans la graduation de l’excellence pour les ex Bosco et Prototypes (Stéphane Bodin et François Marché) flanqués de l’ex Beat Mark Sylvain Coatleven. On s’est pourtant méchamment pris dans les dents cette Hallucination française, scan possible et affligeant (pas le disque en revanche) de l’état d’un pays psychiquement cerné par quatre années de présidence Macron et d’un an de pandémie gérée comme une problématique de grande école par la pire classe (crasse ?) de bureaucrates auto-centrés et définitivement incompétents. Si l’écoute du disque ne colle pas comme les précédents l’envie de se la mettre dans les grandes largeurs avant de dévaster un dancefloor improbable, son pari est pourtant rempli, assurant même plusieurs pistes possibles pour le futur de Blackmail, groupe trop sous-estimé à l’heure où l’on glorifie une énième fois les petits marquis d’une variété rock, un peu déviante certes, mais finalement ridicule et prévisible. Comme il disent, tu flippes ta race et ça nique tout. Pour le coup ce Selectorama pose une thématique hallucinatoire dont les prolongations n’ont rien d’un pois(s)on d’Avril.

01. Wire, Drill (1991)

La manière dont les instruments semblent se côtoyer, sans vraiment se mêler, dans ce titre est remarquable. Cela donne l’impression que l’ensemble est disloqué. Mais ça se tient, c’est sans doute ce qui en fait sa singularité. Cela prend davantage de sens à très fort volume, comme si le morceau devenait différent lorsqu’il était poussé dans ses retranchements.
02. Caterpillar, Shozin Fukui (1988)

Film fou, halluciné, d’un trentaine de minutes. 
Déambulation chaotique dans la ville attrapé par une caméra hyperactive.
03. Walter Benjamin, Thèses sur le concept d’Histoire (1940)
Extrait : Le vrai visage de l’histoire n’apparaît que le temps d’un éclair. On ne retient le passé que comme une image qui, à l’instant où elle se laisse reconnaître, jette une lueur qui jamais ne se reverra.” 

04. Flowers In The Gutter (2021)
Un mix de 6h15 concocté par Cosmo Vitelli et Ivan Smagghe, un voyage pour tripper sous champis. Il faut saluer la performance et l’incroyable cohérence de tout ça. Cela fonctionne évidemment sans prendre de psilos mais on imagine très bien une plongée de l’esprit sous influence dans ce gouffre cotonneux. Les portes sont ouvertes.

05. The Stranglers, La Folie (1981)

Un récit décousu, légèrement obscur, et une orchestration lumineuse, font de cette chanson (?) l’un des sommets des Stranglers. L’ambiance étrange qui se dégage de ce titre a quelque chose de tordu et fascinant.
06. J.G. Ballard, Trou d’homme n°69 (1957)

Nouvelle tirée du volume 1 des nouvelles complètes 1956/1962 de Ballard. Des scientifiques déconnectent les transmetteurs qui déclenchent l’envie de dormir sur des patients. Résultat, ces derniers passent des nuits entières à jouer aux échecs ou au ping-pong en écoutant J.-S. Bach dans un gymnase. 
07. My Bloody Valentine, Loveless (1991)

Un album qui fait toujours le même effet, comme à la première écoute. On adore mais on ne comprend pas très bien ce que l’on entend. Une harmonie vocale ? Une guitare ? Ou simplement une hallucination auditive déclenchée par la saturation de nos oreilles gavées d’aigus ? Et cette utilisation du vibrato pendant qu’il gratte frénétiquement les cordes de la guitare, le tout enrobé dans une réverbération inversée… Sur le papier, ça ne marche pas. A l’arrivée, c’est hallucinant de réussite. Hallucinantes aussi sont les images que font naître dans notre cerveau le son de ce disque qui nous fait apparaitre un banc de baleines perdues dans un océan de Chamallows fondus.
08. Susumo Yokota, Kinoko (1994)

Des toms de TR 606 et quelques preset de Casio SA10 pour tripper sur les pentes du Mont Fuji quand il n’est pas dans les nuages. L’album Acid Mt. Fuji dont est tiré ce titre est un chef d’œuvre de musique électronique 90’s, les reverb sont longues et la production n’a pas pris une ride. 
09. New Order, Everything’s gone green (1981)

Un son assez lofi, la guitare totalement dégueu et une séquence à peu près bien calée, tous les ingrédients sont là pour que ça ne fonctionne pas et pourtant ce titre nous a fait halluciné plus d’une fois.
Help Me Somebody Help Me
I Wonder Where I Am
I See My Future Before Me
I’ll Hurt You When I Can
It Seems Like I’ve Been Here Before
Confusion Sprung Up From Devotion
A Halo That Covers My Eyes
10. Meditative Mind

Chaîne mi-ambient, mi-ésotérique qui diffuse des boucles de nappes de synthés de 3,6,9 ou parfois 11 heures. Cela peut s’écouter parfois jusqu’à cinq heures par jour, ça vide bien la tête et on peut faire plein d’autres trucs en même temps.


Blackmail, Une Hallucination Française (Yuk-Fü Records)

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