Retour sur End Of The Middle de Richard Dawson

Richard Dawson / Photo : DR
Richard Dawson / Photo : DR

En parcourant il y a déjà un mois avec attention les diverses listes de fin d’année couronnant les disques préférés des un.e.s et des autres, j’ai été surpris de ne pas voir apparaître le dernier album de Richard Dawson, chanteur et guitariste originaire de Newcastle. Est-ce sa modestie apparente, éloignée des structures plus expérimentales de ses précédents disques, qui a désarçonné et peut-être déçu son auditoire fidèle ?

Il est vrai qu’avec End Of The Middle, Richard Dawson opère un resserrement après sa trilogie monumentale et pour le moins baroque (Peasant, 2020, The Ruby Cord, 2022), sans pour autant renoncer à l’ambition qui fait de lui, il me semble, l’un des auteurs folk les plus singuliers de son époque. Dépouillé et minimaliste à l’image du très beau et presque brut Gondola où la guitare et la voix jouent avec l’espace et les silences, et pourtant foisonnant, l’album et son auteur continuent de refuser le format prévisible et de déconstruire le folk traditionnel. End Of The Middle dessine le portrait d’une famille anglaise ordinaire à l’intérieur de laquelle les échos du passé ne cessent de résonner, une famille où les blessures, les frustrations, les schémas de domination se rejouent. Pour raconter cette famille, Richard Dawson dit s’être inspiré des films du cinéaste Yasujirō Ozu, grand observateur de la cellule familiale. Adoptant comme le maître japonais l’esthétique du less is more, Dawson dissèque le quotidien avec acuité et souvent les mots claquent. Déménagements, souvenirs et instantanés d’enfance tout au long des sept minutes tendues de Removals Van, relation parents-enfants, consumérisme absurde dans Boxing Day Sales, tout devient matière à une réflexion plus large sur le vacillement d’un monde, où les structures du passé s’effondrent, où l’avenir reste insaisissable, où la stabilité, qu’elle soit familiale, sociale, économique ou encore personnelle, demeure illusoire.

Musicalement, le disque oscille entre intimité fragile et dissonances maîtrisées— parfois les deux s’entremêlent comme sur Knot où la tendresse mélodieuse fraye avec des moments plus désordonnés—, il se situe à la lisière du folk austère digne des premiers disques de Palace et des échappées jazz dissonantes ou bruitistes. Ces oscillations cherchent sans doute à traduire cette idée d’instabilité qui parcourt tout le disque. On peut penser aux contrastes de Bullies où la clarinette de Faye MacCalman semble pleurer tout en s’accordant aux tremblements de la voix de fausset de Dawson, aux bifurcations narratives et hantées de The Question, à la pop cabossée de Boxing Day Sales avec ses percussions rythmées et sa guitare grattée avec vivacité. Dans un mélange de pudeur et de confession à vif, Richard Dawson excelle dans l’art du détail, incarne ses personnages avec empathie et rugosité et ses récits profondément personnels deviennent étrangement universels. Si l’album paraît, à la première écoute, moins immersif que ses fresques précédentes, sa dimension quelque peu réduite lui confère une puissance émotionnelle réelle et peut-être nouvelle, qui culmine dans More Than Real, conclusion lumineuse du disque. Dans ce dernier morceau, la guitare et la batterie d’Andrew Cheetham se trouvent remplacées par des synthés aériens et Dawson suggère qu’avec de la compassion, l’idée de rompre la fatalité des schémas générationnels semble possible. « Maintenant », chante-t-il en duo avec Sally Pilkington, « nous commençons à guérir. »


End Of The Middle de Richard Dawson est sorti chez Domino Recordings

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