Mélanie Pain, How & Why (Capitane Records/Modul)

 

Depuis longtemps, je me demande si nous sommes nombreuses et nombreux à réagir de la sorte – mais j’oublie toujours de poser la question. Oui, je me demande si comme moi, parfois, il suffit des quelques secondes d’une intro, un simple changement d’accord, l’esquisse d’une mélodie pour que déjà, vous sachiez qu’une chanson a (entre autres) été écrite pour vous, qu’elle va tourner en boucle pendant plusieurs jours / mois / semaines / années (rayez la mention inutile si tant qu’il y en ait une) et qu’elle ouvre un album que vous allez aimer adorer (la formule “adorez aimer” fonctionne aussi)… Depuis longtemps, j’ai ce rapport à la musique – pour le meilleur, mais pour le pire aussi : l’intro de la première chanson d’un disque attendu avec une certaine impatience déçoit, et son sort en est scellé…

Du quatrième album de Mélanie Pain, je n’avais pas d’attente particulière – d’autant que son dernier disque en solitaire remontait à il y a près de dix ans, autant dire une éternité en matière de musique plus ou moins pop. C’est vrai : elle n’avait pas chômé pour autant, en permettant à un disque posthume du regretté Olivier Libaux de voir le jour – All That Matters (2023) – ou en prenant la codirection avec son acolyte Phoebe Killdeer du projet Kill The Pain, sans oublier la scène et de nouveaux enregistrements avec le projet qui l’a révélée en 2004, Nouvelle Vague. Mais sous son seule nom, la dame était aux abonnées absentes. D’où l’émotion peut-être encore plus grande à la découverte des notes de piano qui ouvrent How And Why et la chanson au titre déjà parfait, Bluer Than Blue – parce que le bleu, c’est une couleur autre, de Klein à Miró, de Coltrane à New Order, d’Elvis Costello à (presque) Felt, de Paul Haig à The Style Council, sans oublier la pochette du Drift de The Apartments. Un titre plus que parfait et oui, une intro au diapason : la mélancolie érigée en art de vivre, les souvenirs en couleurs pastel et le désamour égréné par une voix à la douceur rassurante. De l’aube au crépuscule, cette chanson s’offre ainsi, avec une retenue étourdissante et les arrangements d’une discrétion parfaite – la flûte qui accompagne le climax du refrain, tourneboulante – et donne le la d’un disque dont on n’attendait pas qu’il nous cueille ainsi.

La suite est au diapason. D’effluves bossa nova (les rythmiques en ressac) en parfums exotiques, d’accents folk (les guitares parfois toutenbois) et en volutes jazzy (les cuivres, à discrétion), Mélanie Pain déambule avec une apparente nonchalance, comme sur l’entrainant Magnolias, bande originale rêvée d’un. polar oublié. Cette fois, la langue de Molière n’est pas au rendez vous pour laisser la part belle à celle de Shakespeare, tout juste écartée le temps d’une reprise du groupe turc Duman (dont bien sûr, on ignore tout), dont le rock marqué au fer un peu rouge (les couleurs encore) se voit métamorphosé en comptine entêtante et boucles comme lancinantes. Un peu plus tard, Mélanie Pain renoue avec l’une de ses passions, le duo féminin-masculin : après Florent Marchet ou Ed Harcourt (parmi d’autres), c’est au tour de l’Américain Brian Lopez de lui donner la réplique sur Colds Hands, qui reprend les choses – en version dénudée – là où Nick et Kylie les avaient à peu près laissées en 1995 au bord d’une rivière, alors que The Bare Truth Of Me ravive sans avoir l’air d’y toucher la beauté dévastée de Mazzy Star… Et c’est exactement ainsi qu’en dix chansons et beaucoup plus d’émotions, Mélanie Pain a signé dans les derniers soupirs de l’année 2025 un disque qui n’affiche aucune date de péremption. Un de ces disques qui a déjà pris les traits d’un parfait compagnon.


 

 

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