A Flock of Seagulls, id. (Jive, 1982)

Charrier des groupes et afficher sa vertu snob sont des attitudes au moins aussi anciennes qu’acheter des disques. Le groupe A Flock of Seagulls a longtemps été une victime facile et la source de nombreuses moqueries. La coupe de douilles du chanteur Mike Score n’y est pas pour rien : avec celle de Limahl, elle représente la quintessence du style quatre-vingt. Venu de Liverpool et ne disposant pas du sceau de bon goût des collègues (Echo & The Bunnymen, The Teardrop Explodes, OMD), A Flock of Seagulls n’en a pas moins signé un premier disque vraiment très solide. Il est devenu, depuis, un classique de la new wave britannique.

A Flock of Seagulls
A Flock of Seagulls

Inspiré par une chanson des Stranglers (Toiler on the Sea) et le livre Jonathan Livingston Seagull de Richard Bach, le groupe se forme sur les rives de la Mersey en 1978. Auprès du leader à la chevelure extravagante, le line-up classique se stabilise autour de Paul Reynolds (guitare), Frank Maudsley (basse) et Ali Score (batterie). I Ran (So Far Away) , troisième single du groupe après (It’s Not Me) Talking (1981, hors album) et Telecommunication (1981, sur l’album), est par la force des choses devenu le titre le plus connu du groupe. Désormais en rotation lourde dans toutes les soirées de pubs britanniques, la chanson n’obtient, à l’époque, qu’une modeste 43ème place dans son pays d’origine. Aux États-Unis, la situation est fort différente. A Flock of Seagull rentre carrément dans le top 10 en pleine seconde british invasion. Ce revirement britannique est probablement dû en partie grâce au succès de GTA: Vice City (2002). Au-delà de ce titre mémorable, A Flock of Seagull est un excellent disque de new wave anguleuse et moderniste. Le groupe de Liverpool assume une position pop et une production dans l’ère du temps (ces caisses claires !). Nous sommes toute fois loin du funk blanc et de la sophisti-pop de certains collègues (Spandau Ballet, Duran Duran, ABC…), le groupe développe un son épique et sombre. Les envolées Reynolds évoquent d’ailleurs celles de The Edge de U2. Elles sont contrebalancées par des claviers  menaçants. Ces derniers semblent bourdonner au-dessus de nous. A Flock of Seagulls est un cousin, un peu plus sage certes, de From the Lion’s Mouth (The Sound, 1981) et Waiting for a Miracle (1980, The Comsat Angels). Le disque a donc tout pour plaire ou être détesté, selon les points de vue. Il a cependant pour lui une qualité d’écriture impeccable. Si I Ran (So Far Away) fait figure d’intemporel émissaire, les autres singles sont également excellents. Space Age Love Song scintille d’une énergie cristalline. Romantique sans être nunuche, la chanson s’estompe dans l’espace. Telecommunication ouvre la face B sur un rythme hostile et répétitif, non sans quelques instants de répit. Outre les trois titres sortis en 45 tours, A Flock of Seagulls offre une expérience dense. Inquiétant (Modern Love is Automatic, You Can Run) puis rassurant (Don’t Ask Me), le voyage se termine sur la magnifique Man Made,  parfaite conclusion d’un disque intense et maîtrisé.


L’album éponyme de Flock of Seagulls est sorti sur Jive en 1982.

2 réflexions sur « A Flock of Seagulls, id. (Jive, 1982) »

    1. No shite, just magic dude… Fetch a nurse a.s.a.p., mate !
      This article just got the point. Pierre (diamant dis-je) incontournable de la new wave 80.

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