03. Tant de fois

En deux jours, un texte sur chaque chanson du nouvel album de Chevalrex, “Providence” (Vietnam)

Ça te cogne comme on n’ose pas, le rythme, ça s’assouplit avec la voix qui sait, les mots qui savent, puis la guitare de science, puis déjà le refrain, à peine, sans peine. Ce n’est pas un tube, ni un rouleau, ni ce genre d’engin, c’est d’un autre genre, celui de la chanson aux contours internes plutôt qu’externes, qui tremblent en dedans plutôt qu’ils n’arrêtent en dehors, ce genre de contours.
Un camarade d’expérience – quand il chantait à 18 ans, il paraissait en avoir 100, vécus d’or, et ça ne s’est pas arrangé depuis – avait mis la puce à l’oreille : il y a une personne qui écrit des chansons en France en ce moment, c’est Chevalrex. C’était il y a quelques années. C’est toujours vrai. C’est encore plus vrai. C’est incroyable comme c’est vrai.
C’est tant de fois vrai.
Avec ça, ça tutoie, c’est toi qui écoute, c’est toi qui parle, c’est moi, nous, je, des questions, des « combien », des doutes. Des questions ?
Des questions.
Aimez-vous danser ? Aimez-vous ce qui passe ?
Aimez-vous vous perdre ?
Aimez-vous tenir entre vos mains le temps, avant de le laisser échapper, enfin ?
Aimez-vous vous jeter dans les murs en Minotaure ?
Aimez-vous Je, aimez-vous Moi ?
Aimez-vous sur le tapis de ces cordes encore votre cul ? Encore ?
Aimez-vous encore ça ?
Aimez-vous encore ce disque après cette chasse ? Creuser ? Aimez-vous creuser ?
Aimez-vous ?
Aimez.
Vous.
Le lyrisme n’est pas un gros mot.

Image : Ellsworth Kelly, choisie par Chevalrex.

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